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La rumeur qui s’amplifie... Les marchés vont-ils attaquer la France au lendemain du second tour ?
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1981, 1983, 2012

La rumeur qui s’amplifie... Les marchés vont-ils attaquer la France au lendemain du second tour ?

La rumeur bruisse sur la place de Paris : les banques américaines s’apprêteraient à vendre massivement des obligations convertibles du Trésor français le 7 mai prochain. Et si c'était vrai, que se passerait-il ?

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Sur la place de Paris, les initiés ne parlent plus que de cela: une méchante rumeur dit que la dette française serait attaquée sur les marchés financiers au lendemain de l’élection présidentielle. En particulier, il semblerait que des banques américaines s’apprêteraient à vendre massivement des obligations convertibles du Trésor français pour déstabiliser les spreads, c’est-à-dire l’écart de taux avec l’Allemagne.

Intox ou rumeur fondée ? Personne ne peut le dire. Mais il est à peu près sûr que l’état de grâce dans lequel la campagne présidentielle s’est déroulé, en mettant la poussière de la dette publique sous le tapis des promesses électorales, ne pourra durer plus longtemps que le scrutin lui-même. La réalité va nous rejoindre au galop.

Très vite donc, c’est-à-dire dès le lendemain de son élection, le nouveau président, quel qu’il soit, devra s’attaquer, dans le dur, et sans session parlementaire pour agir par la loi, aux mesures impopulaires. Selon  toute vraisemblance, les marchés auront soif, non seulement d’équilibre budgétaire, mais aussi de réduction des dépenses publiques.

Dans l’hypothèse où un président de gauche serait élu, de quelle marge de manoeuvre disposera-t-il pour mettre en place une politique économique éloignée des objectifs fixés par les marchés ? La question reste ouverte. Et risque de poser un véritable problème en termes démocratiques : comment réagir si les places financières dictent aux Français des choix contre lesquels ils se seront exprimés par la voix de l’élection?

L’exercice, dans ce cas de figure, ne manquera pas d’intérêt. Car, si les sondages se vérifient, il est plausible que François Hollande remporte les élections avec un soutien majeur provenant du Front de Gauche dont les principes affichés sont assez éloignés des diktats boursiers. Le mouvement de pédalo ne manquera pas de piquant, avec, à babord Jean-Luc Mélenchon appelant à la confiscation des biens des émigrés, et à tribord des marchés avides de spéculation sur la dette française.

Contrairement à l’expérience de 1981, la gauche ne disposera donc d’aucun état de grâce pour gouverner, et sera très vite confrontée aux circonstances économiques qui l’avaient conduite au grand tournant de la rigueur en 1983. Une belle revanche de l’histoire, puisque François Hollande appartient à cette gauche moderne qui, à l’époque, fit le choix précurseur de libéraliser les marchés financiers à outrance, de déréguler l’industrie bancaire, et de rejeter dans la ringardise tous les idéaux dont le Front de Gauche a fait aujourd’hui son fonds de commerce.

L’ironie de l’histoire sera peut-être là : ceux qui, en 1984, ont adopté la loi bancaire grâce à laquelle la France a pris, avec la Grande-Bretagne, la première place mondiale dans l’indu strie de la finance, pourraient très bien aussi être ceux qui devront gérer les conséquences de leur engouement d’il y a trente ans. Puisque la France a réussi l’exploit de ne pratiquement pas renouveler son personnel politique pendant cette période. 

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