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Manuel Valls est en baisse dans les sondages.
Manuel Valls est en baisse dans les sondages.
©Reuters

Virage virage

Manuel Valls contraint de remixer sa stratégie de communication

En mauvaise posture dans les sondages et mis en difficulté par les chiffres de la délinquance pour 2013, Manuel Valls a essayé de se montrer volontaire annonçant au 20 heures de France 2 qu'il s'engagerait "sur des résultats" et refusant "toute polémique avec l'opposition".

Laurent Borredon

Laurent Borredon

Laurent Borredon est journaliste au Monde chargé des questions de sécurité et de délinquance, ainsi que l'actualité de la police, de la gendarmerie et du ministère de l'Intérieur. Il est le co-auteur avec David Revault d'Allonnes de Valls, à l'intérieur aux éditions Robert Laffont

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Atlantico : En baisse dans les sondages, Manuel Valls semble être aujourd'hui dans une mauvaise passe dont la hausse de la délinquance en 2013 (lire ici) semble être l'illustration. D'une manière générale, quel message le ministre de l'Intérieur doit-il faire passer désormais ?

Laurent Borredon : Manuel Valls est dans une mauvaise passe en effet. Il est à la fois confronté à une baisse de sa popularité et une insuffisance des résultats. Il a déjà connu une baisse de la popularité, notamment au printemps 2013 notamment au sein de l'électorat de droite, lié à sa gestion contestée des événements liés à la Manif pour tous et aux accidents lors de la remise du trophée de titre de champion de France aux joueurs du PSG. Mais, on était dans quelque chose de circonstanciel qui a été immédiatement corrigé dès que ces événements se sont arrêtés et, dès juillet 2013, il est remonté dans les sondages.

Aujourd'hui, la situation est un peu plus inquiétante pour lui. D'une part sa popularité baisse, notamment auprès des jeunes, car il a beaucoup clivé lors de l'affaire Dieudonné. D'autre part, les chiffres de la délinquance pour 2013 ne sont pas forcément bons. Or, il s'agit du premier bilan de Manuel Valls sur une année pleine : même s'il y a de gros problèmes sur les chiffres, il ne peut plus se cacher derrière le fait qu'il venait d'arriver au pouvoir. Il est face à la première épine des résultats et il n'est pas parvenu à infléchir la tendance dans un type de délinquance qui est le plus ennuyeux pour les Français, à savoir les cambriolages.

Jeudi, il a voulu faire passer un message volontariste. Les policiers et les gendarmes sont au travail. Il a ainsi cité plusieurs indicateurs comme la hausse des interpellations concernant les trafics de stupéfiants. Il a également assuré aux forces de l'ordre que les Français leur font confiance. En ce qui le concerne, vis-à-vis de l'opinion, il va poursuivre un activisme de terrain forcené avec un grand nombre de déplacements. Dans les semaines et les mois qui viennent, on va le voir plus que jamais sur le terrain à la recherche de la bonne histoire policière à vendre.

Son message est volontariste. Il commence même à faire ce qu'il ne faisait pas jusque-là en fixant des objectifs aux policiers et aux gendarmes d'ici la fin de l'année. On n'est pas encore au niveau de la fixation d'un retournement de la courbe du chômage voulu par Hollande mais on n'en est pas loin. Manuel Valls n'a pas le choix: nous sommes dans une année électorale et lui-même peut avoir des échéances personnelles, notamment Matignon, en cas d'un éventuel remaniement. Il a déjà failli y aller en décembre.

L'affaire Dieudonné, au moins à court terme, a bouleversé l'image du ministre de l'Intérieur. Sur ces thèmes précis de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, comment doit-il se placer ?

Sur ce sujet-là, on rejoint vraiment le cœur de ses convictions. La question ne se pose donc pas uniquement en matière de stratégie et de communication politique. Il est donc très peu probable qu'il se fasse discret sur ce dossier. Au contraire, il en a déjà remis une couche, mercredi, lors d'une rencontre sur la laïcité organisée par le groupe PS de l'Assemblée nationale. Valls a appelé la gauche à combattre avec "la même vigueur" tous les intégrismes et les revendications religieuses dans les banlieues. Sur ce sujet-là au moins, il va donc continuer à être très interventionniste. C'est un sujet sur lequel il ne fera d'ailleurs jamais profil bas.

Par ailleurs, même s'il faut toujours prendre ce type de baisse dans les sondages avec précautions, sa chute se note essentiellement auprès des jeunes. Il est donc peu probable qu'il change de stratégie par rapport à ça.

Le virage pris par François Hollande à l'occasion de ses vœux aux Français, le 31 décembre 2013, confirmé lors de sa conférence de presse du 14 janvier, semble mettre Manuel Valls dans l'embarras. Il n'est plus le "champion" du réalisme au sein du gouvernement. Comment doit-il se positionner sur ce thème ?

Depuis qu'il est ministre de l'Intérieur, Manuel Valls s'interdit de s'exprimer sur un autre sujet que le sien et notamment sur le domaine économique, d'autant plus que ses thèses qu'il défend depuis longtemps sont assez iconoclastes et auraient pu embarrasser François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Mais la question ne se pose pas puisqu'il ne donnait pas son avis personnel qui aurait pu être critique, y compris en "off". Il refuse constamment de parler d'autres choses que de ses prérogatives. En l'état actuel des choses, à court terme, le virage social-démocrate opéré par Hollande ne change donc rien pour lui.

A moyen ou long terme, en revanche, cela pose la question de son positionnement et de l'apport qu'il pourrait représenter pour François Hollande à Matignon ou même pour la gauche comme candidat potentiel à l'élection présidentielle. Dans un cas totalement hypothétique où il souhaiterait se positionner comme un candidat de rupture en 2017 par rapport à François Hollande qui aurait échoué, cela serait évidemment plus compliqué si, depuis trois ans, on mène très exactement la politique qu'il défend en matière économique.

Est-il à un tournant de sa carrière politique ?

Ce n'est pas du quitte ou double mais on est vraiment dans un tournant. D'une part, le ministère de l'Intérieur est bien pour exister dans les médias. Manuel Valls lui-même l'appelle "le ministère de l'Actualité". D'autre part, ce poste est idéal pour afficher une posture d'autorité qui aujourd'hui correspond à une aspiration des Français. La grande majorité des études d'opinion sont convergentes sur ce sujet.

Le problème est que ce ministère touche directement aux préoccupations des Français et que ceux-ci ne pardonneraient pas un échec. Après un an et demi à Beauvau, Manuel Valls est donc à un tournant. Il pourrait y avoir un remaniement cette année ou l'année prochaine et quand il va quitter le ministère de l'Intérieur, il faudra qu'il affiche un bon bilan pour pouvoir espérer aller plus haut et plus loin. La notoriété et l'autorité, il les a ;  maintenant, il lui faut les résultats. 

Propos recueillis par Sylvain Chazot

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