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Comment j'ai découvert que mon mari était un pervers narcissique
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Témoignage

Comment j'ai découvert que mon mari était un pervers narcissique

Mathilde, Carole et Amélie se sont retrouvées dans le cabinet d'une même thérapeute. Toutes les trois ont subi pendant de nombreuses années l'emprise de conjoints manipulateurs pervers. Elles nous livrent leurs histoires dans "J'ai aimé un pervers" : la rencontre et la phase de séduction avec leurs futurs maris, l'assujettissement progressif, l'intolérable vécu au quotidien... Le récit d'Amélie (Extrait 1/2).

Amélie Rousset

Amélie Rousset

Mathilde, Carole et Amélie se sont retrouvées dans le cabinet d'une même thérapeute. Toutes les trois ont subi pendant de nombreuses années l'emprise de conjoints manipulateurs pervers. Elles nous livrent leurs histoires dans "J'ai aimé un pervers"

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Du linge. Encore et toujours du linge. Ça n’en finit pas. Ce jour-là plus encore qu’un autre. Penchée au-dessus du lit, je trie, je plie, j’empile. L’éternelle montagne de linge… Ou est-ce une mer de linge ? Lui, la mer, il est dessus. Comme toujours, comme tous les week-ends, il a rejoint son club de voile bien-aimé et cela fait des années que cela dure. Il file sur les vagues, les pieds ancrés sur sa planche, il savoure le soleil sur sa peau, il se laisse griser par les grands espaces et la vitesse. Moi, je coule et je croule sous les contraintes du quotidien qui reposent uniquement sur mes épaules.

J’ai tout juste la quarantaine, mais mon dos se plaint. Je m’assieds au bord du lit. Ma tête bourdonne. Je me laisse glisser à terre, je me recroqueville, je pose mon front sur les genoux, je ferme les yeux, ça y est elle revient. Je l’entends, je l’écoute, la sourde angoisse qui monte et remonte. Je ne peux pas l’endiguer, elle s’impose, cette sale angoisse. Je me sens très seule, prise au piège. Comment ai-je pu me retrouver enfermée dans cette vie de servitude qui m’échappe totalement, tandis que lui parvient toujours à satisfaire ses propres désirs ?

J’ai besoin d’une voix amie, de voir quelqu’un, de parler et je me décide à aller voir Corinne, une amie française. Je m’assieds dans sa cuisine. Ma main s’enroule autour de la tasse chaude. Je parle, je sirote de petites gorgées de thé chaud, je réponds aux questions, je lui confie petit à petit le malaise confus mais intolérable que je vis au sein de mon couple. Elle s’exclame : « Mais dis donc, l’autre jour, tu n’as pas entendu l’émission à la radio ? Ils ont passé une émission sur les manipulateurs. Il faut que tu écoutes ça à tout prix ! Je t’assure. »

Rentrée chez moi, je réussis à trouver deux heures calmes. Un exploit. Installée devant l’ordinateur, je clique sur une touche.

L’émission de radio, en différé, démarre. Je suis seule, j’écoute.

Je suis subjuguée. Je sursaute, même. J’ai l’impression que l’on parle de mon histoire… Mon cœur bat plus vite, je me redresse, non, ce n’est pas possible. Je retiens mon souffle.

Dans ma tête tout se bouscule. J’attrape un stylo, je note furieusement, je m’exclame : « Ça alors ? ! Mais oui ! C’est tout à fait ça !! Incroyable… » Je me tape même sur la cuisse.

L’émission prend fin. Je suis abasourdie. Les morceaux du puzzle viennent tous de se mettre en place, la lumière s’est faite, aveuglante. Je reste figée par le choc.

De cette émission à la radio, je retiens quatre points importants : mon mari est peut-être ce que l’on appelle un pervers narcissique. Les personnes comme lui ont un rapport déstructuré et faussé aux autres. Cependant on n’en guérit pas, elles ne peuvent pas changer et ne changeront jamais car elles sont incapables de se remettre en question. Même les thérapies ne marchent pas. Ensuite, on ne peut jamais gagner contre eux. Impossible. Perte de temps et d’énergie. De plus ces personnes sont particulièrement destructrices pour leur entourage. C’est ce qui les nourrit, elles ont besoin de réduire l’autre pour exister, et tous les moyens sont bons, le charme, la violence – et surtout la parole. Et enfin il n’y a qu’une seule chose à faire : s’éloigner d’elles au grand galop.

S’éloigner… Voilà bien ce à quoi mon être entier aspirait sans relâche toutes ces années durant ! Je repasse mentalement tous ces moments de vie où j’ai attendu qu’il change, où j’ai espéré qu’il prenne conscience de mon mal-être et qu’il me soutienne.

Je revois en pensée les conseils de la thérapeute de couple, et les tentatives d’intimidation de Dorian. Alors c’est bien cela ?

Il n’y avait en fait rien à faire ?

Je sens le sentiment de culpabilité qui me tenait et me minait depuis toutes ces années s’envoler d’un coup. C’est une surprise. Et une belle. Un grand poids s’est enlevé en moi. Je n’avais même pas réalisé à quel point je vivais dévorée et aveuglée par cette culpabilité que j’avais accumulée au fil des années. Je me sens mieux, je me sens plus forte. Je sais ce qu’il me reste à faire. C’est très clair : si je veux sauver ma peau, je vais devoir partir.

Malgré tout, j’ai encore besoin de preuves, d’éléments pour revoir mon histoire autrement. En cherchant sur Internet des informations sur ce que je suppose être la problématique de mon mari, je trouve des livres sur le sujet. Je lis avidement les articles trouvés, ainsi que les résumés et je passe ma commande sur une librairie en ligne. Je me sens galvanisée par cette découverte, j’ai besoin de tout ce qui pourra confirmer ce que je ressens à présent : mon mari est malade, je ne suis pas seule en cause.

A lire aussi : Face aux pervers narcissiques... "Je me rends compte que, lorsque mon mari s’absente, tout va tellement mieux"

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Extrait de J'ai aimé un perversEyrolles (20 avril 2012)


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