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Mali : un putsch mystérieux... et amateur
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Coup d'Etat pour les nuls

Mali : un putsch mystérieux... et amateur

Le président malien Amadou Toumani Touré a été renversé ce jeudi par un coup d'Etat militaire. Les putschistes ont semble-t-il agi à cause du manque d’armement pour lutter contre les rebelles et les islamistes armés. A quoi peuvent s’attendre les Maliens ?

Alain Antil

Alain Antil

Alain Antil est chercheur et responsable du programme Afrique subsaharienne à l’IFRI.

Il enseigne à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille et à l'Institut Supérieur Technique Outre-Mer (ISTOM).

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Atlantico : Le président malien Amadou Toumani Touré a été renversé ce jeudi par un coup d'Etat militaire. Les putschistes ont semble-t-il agit à cause du manque d’armement pour lutter contre les rebelles et les islamistes armés. Que connait-on de leurs intentions ?

Alain Antil : Les mutins n’ont pas beaucoup communiqué pour l’instant. Ils ont expliqué les raisons de leur démarche dans un communiqué ce jeudi matin. Depuis lors, la situation est confuse. Il y a des arrestations de personnalités, de ministres, et de certains officiers supérieurs. Mais nous ne sommes pas non plus certains que le putsch soit réussi à 100%. Le Président se trouverait apparemment dans une caserne avec des éléments loyalistes.

Qualifieriez-vous cette opération de putsch d’ « amateurs » ?

C’est un putsch qui intervient à quatre semaines avant la fin du mandat du Président qui est renversé. Cela ne ressemble pas vraiment à quelque chose de très élaboré. Les mutins aperçus sur les différentes images sont des gens assez jeunes, des hommes de troupes accompagnés  de quelques officiers. Celui qui se présente comme leur chef n’est que lieutenant…  Aucun officier supérieur de l’armée malienne n’a pour l’instant rejoint ces putschistes.

Le mot « amateurisme » semble tout à fait juste pour qualifier ce qu’il se passe actuellement. Ils ont tout d’abord essayé d’instaurer un couvre-feu, sans pouvoir y arriver. Certains, parmi les mutins, se sont adonnés au pillage. On en a vu sortir du palais présidentiel avec des frigidaires et des télévisions… Certains militaires ont semble-t-il pillé des commerces dans les rues de Bamako sans que l’on sache s’il s’agissait de putschistes ou simplement d’opportunistes profitant de la confusion.

Nous n’avons pas l’impression que le chef des mutins ait le contrôle de ses troupes. Il est d’ailleurs difficile de définir avec exactitude la nature de ces troupes. De quels bataillons en particulier parle-t-on ? Ces bataillons les soutiennent-ils intégralement ? Il y a ici une réelle confusion.

La phase de négociation est donc loin d‘être entamée ?

Pour l’instant, nous n’avons aucune information  sur ce sujet. Est-ce qu’il y a des négociations ? Avec qui négocient les mutins ? J’imagine qu’ils sont en train de tenter de convaincre les leaders politiques et certains hauts gradés de l’armée. Mais il ne faut pas oublier que ce pays connait actuellement une guerre intérieure contre une rébellion au nord. Une partie importante de l’armée lutte toujours contre  le MLNA dans le nord du pays.

Du coté politique, pour l’instant, il n’y a qu’un politicien, et d’un parti extrêmement secondaire, qui a affirmé soutenir les mutins. La plupart des grands partis ne les soutiennent toujours pas.

Où se situe l’opinion publique dans tout cela ?

Une partie de la population soutient les putschistes car il est vrai que le régime d’Amadou Toumani Touré commençait à être fortement contesté, notamment en raison de sa gestion du dossier de la rébellion et de son laxisme vis-à-vis d’Aqmi. Il y avait déjà eu des émeutes début février, à Bamako, qui avaient montré l’exaspération d’une partie de la population.

De là à dire qu’il existe un engouement pour les mutins, je ne le crois pas. Il faut savoir qu’il y a beaucoup de Maliens qui sont indifférents à ce qui se passe politiquement à Bamako, ils sont dans des logiques de survies, à mille lieux des préoccupations politiques de la capitale et d’une classe politique dont ils n’attendent pas grand-chose.

Ensuite, même si une partie de la population se réjouit  de l’action des putschistes, les Maliens se posent la question du sérieux de ces mutins.

 

Les putschistes pourront-ils agrandir leurs rangs dans les jours qui viennent ?

Le seul atout des putschistes est que la base de l’armée malienne, les hommes de troupes, était très remontée contre la hiérarchie de l’armée. D’abord, elle l’estime arrogante et corrompue. Ensuite, ces militaires de base estimaient  également que l’armée ne donnait pas les moyens aux soldats pour pouvoir lutter contre les rebelles du MNLA. Il n’est donc pas exclu que certains officiers supérieurs, sous la pressions de leur base, décident de rallier les putschistes. Mais cela reste hypothétique.

Evidemment, il ne faut pas non plus exclure un coup de force de la part des bataillons loyalistes. On parle beaucoup de la garde présidentielle qui a opposé peu de résistance à la prise de la Présidence. Il n’est pas impossible qu’elle se soit repliée sur un autre endroit pour préparer une riposte.

Qu’avez-vous pensé des réactions politiques françaises depuis ce coup d’Etat ?

La France a condamné le putsch, comme d’ailleurs la totalité de la communauté internationale. Cependant, la déclaration d’Alain Juppé ce jeudi a été diversement appréciée. Le ministre des Affaire étrangères a condamné le putsch avec vigueur. Il a également insisté sur l’importance du respect du  calendrier des élections et du retour à la légalité institutionnelle, mais pas un mot n’a été prononcé sur le Président Touré.

Il est clair que la France n’éprouve pas un grand chagrin vis-à-vis de la destitution du Président malien. Il n’est un secret pour personnes que les relations entre le président Touré et Paris, les relations étaient difficiles.

Les élections pourront-elles être tenues, comme convenu, le 29 avril prochain ?

Les putschistes se sont engagés à rendre le pouvoir après avoir assuré l’intégrité nationale, en d’autres termes après avoir vaincu la rébellion. Sauf un retour exceptionnel du président élu, appuyé par une partie de l’armée, les élections devraient être reportées sine die.

 

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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