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Make America Great Biden : le plan du nouveau président américain pour continuer sur la lancée de son prédécesseur.
Make America Great Biden : le plan du nouveau président américain pour continuer sur la lancée de son prédécesseur.
©Mandel NGAN

Bras de fer avec la Chine

Make America Great Biden : le plan du nouveau président américain pour continuer sur la lancée de son prédécesseur

Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a l'intention de mettre en œuvre sa politique économique et ses projets de réforme. Il devrait néanmoins poursuivre la stratégie de Donald Trump face à la Chine.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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La stratégie américaine fondamentale ne change pas : contrer la Chine. Certes Joe Biden est moins twitteur et plus soucieux de mettre en place une stratégie de croissance américaine, économique et sociale, plus acceptable en interne et surtout en externe que son prédécesseur. Une autre stratégie certes, « plus acceptable » autrement dit qui diffère plus dans les moyens et les formes que celle de Donald Trump dans son fond : un nationalisme isolationniste. Joe Biden et Donald Trump veulent tous deux freiner, au moins, la croissance chinoise. Ceci, a été rendu évidemment plus difficile par le COVID-19, mais buttait avant sans doute sur les limites mêmes de la stratégie Trump. Pour avancer plus vite et freiner la Chine, les États-Unis doivent accélérer, mais ils ne peuvent le faire seuls.

1 – D’abord gagner le Congrès, tout au moins le conserver. Le point de départ de la tactique de Joe Biden est clair, ce qui ne veut pas dire sans embûches : au moins conserver l’équilibre des voix qu’il a au Congrès (50-50), au mieux y gagner un ou deux postes. A l’inverse, une perte d’un ou de deux sièges arrêterait son programme de puissant soutien à l’économie, où l’unité de mesure est le trillion de dollars. Tout est donc actuellement fait pour forcer la reprise économique : plus de vaccinations pour ouvrir plus vite les industries et surtout les services, ce qui donnera rapidement plus de croissance cette année pour avoir plus d’emplois, avec des bas salaires plus élevés, en attendant les programmes de soutien aux infrastructures, qui ne peuvent aller aussi vite, d’autant qu’ils ne sont pas encore votés ! La réactivité si souvent célébrée aux États-Unis, les fameuses « reprises Champagne », se manifestera donc dans… les restaurants, les hôtels et les vacances. Ceci devrait être décisif pour les élections de fin 2022 au Congrès.

2 – Ensuite, faire monter encore les bourses US, pourtant au plus haut, en se fondant sur ses programmes de relance et leurs effets multiplicateurs sur la croissance et l’emploi. Ceci sera fait en expliquant que la hausse des taux à long terme qui se met en place est la conséquence positive de la montée des prix, un peu, et des profits, surtout. C’est donc un bon signe : l’épargne veut être mieux payée, d’autant que cette hausse des taux longs sera contrôlée par Jerome Powell, grand acheteur de bons du trésor. Les bourses américaines qui montent, avec le Dow Jones vers 34 000 et le S&P vers 4200, entretiennent ainsi un effet richesse qui soutient la reprise par la demande, sachant que le taux de chômage rejoindra atteindra vite  4% ou moins, le niveau atteint avant le COVID-19, que la Fed n’est pas prête à acheter moins de bons du trésor et, moins encore, à monter ses taux, même si l’inflation s’éveille.

3 – Montrer à la Chine qu’elle est tributaire de la reprise américaine, pour faire évoluer les « discussions » avec elle : les violents et brefs accès de colère trumpiens ne sont plus de saison, la concurrence-complémentarité s’inscrit dans la durée. Evidemment, la Chine a eu la plus forte reprise sur un an au quatrième trimestre 2020 : 7%, pas -6% comme en Italie, -5% en France et -4% en Allemagne et mieux que -3% aux États-Unis. Mais c’est bien parce que les États-Unis ont relativement peu baissé, du fait de leurs programmes de soutien à la consommation, en attendant ceux à l’investissement, que la Chine a tant crû, leur ayant tant exporté. Le Président Xi Jinping a beau développer son modèle de double circuit de la demande, la demande interne devant équilibrer la demande externe, autrement dit des exportations vers les États-Unis et l’Europe, il reste que c’est bel et bien la demande américaine, soutenue par les milliards de dollars du Trésor, qui a aidé la Chine. Les États-Unis font repartir le monde, dont la Chine. Elle produit, ils achètent : attention au gros client.

4 – Remonter les taux d’imposition des entreprises américaines, partout dans le monde : une idée bonne pour le Trésor américain, puis pour les alliés, s’ils s’entendent. Il s’agit pour Joe Biden de faire monter les recettes budgétaires américaines en arrêtant la concurrence à la baisse mondiale des taux d’impôt (en attendant leur hausse) et les merveilles de l’ingénierie fiscale. Cest là une nouveauté ! Méconnaissable Amérique diront certains, qui limite les concurrences fiscales et l’alimentation des paradis fiscaux ! C’est cette annonce de Joe Biden, précisée par Janet Yellen et qui reprend les projets de l’OCDE et du FMI, qui va changer la donne. En effet, il ne s’agit pas seulement de faire remonter de 21 à 28% le taux de taxation des entreprises américaines (contre 35% avec Barak Obama, ne l’oublions pas), mais de l’appliquer aussi aux entreprises installées à l’étranger. Ainsi, une entreprise américaine (une GAFAM par exemple), installée en Irlande et qui y paye 10% d’impôt environ (par exemple), sur des profits réalisées en France ou en Allemagne (par exemple), devra payer la différence… aux États-Unis ! On comprend que les entreprises américaines vont lancer des hordes de lobbyistes contre l’idée, que l’Irlande ne sera pas ravie d’être une boîte aux lettres, en attendant que la bonne idée naisse enfin d’un taux minimal en Europe et plus tard dans le monde. Donc, en attendant cette belle « mondialisation » et en dépit des calculs qui annoncent une baisse de 3% par action du S&P… l’indice monte. Ces taux d’impôts qui augmentent vont surtout consolider la reprise américaine, aux « autres » de s’entendre s’ils veulent en profiter, en montant leurs taux.

5 – L’inflation américaine au-dessus de 2% mais les taux d’intérêt toujours au-dessous de 1,7%, c’est montrer la force du couple Yellen (au Trésor) – Powell (à la Banque centrale), mais ce couple qui fait repartir l’économie mondiale montre aussi l’exemple  à suivre, politique et démocratique. C’est la différence avec Trump. Powell achète sans barguigner les bons du trésor nés du déficit budgétaire que Janet Yellen crée, mais attention à ce qui se passe ailleurs. Le rendement de l’emprunt brésilien à 10 ans atteint ainsi 9,6% pour une inflation à 6% avec une monnaie qui s’effondre, et les chiffres sont 17% et 16% pour la Turquie. Ce qui se passe aux États-Unis impacte la zone euro, qui a les moyens de réagir, mais d’autres grandes économies, plus instables dans les domaines financiers et géopolitiques souffrent davantage.

Biden poursuit en fait la stratégie de Trump : contrer la Chine, mais dans une géopolitique complexe qui lui était étrangère, ce qui fait d’ailleurs qu’il a perdu. Ce ne sera pas plus simple, avec lui, sans un multilatéralisme renforcé.

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