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L'UMP a déclaré que Manuel Valls devait engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale.
L'UMP a déclaré que Manuel Valls devait engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale.
©Reuters

Au fait...

Mais qui mènerait la campagne pour la droite en cas de dissolution de l’Assemblée nationale ?

En réaction au gouvernement Valls ll, les principales figures de l'UMP n'ont pas hésité à exiger une dissolution de l'Assemblée nationale, seul moyen selon eux de rétablir la "grave crise politique" qui traverse le pays. Pourtant, si des élections législatives anticipées étaient décidées, le groupe UMP aurait bien du mal à mener sa campagne.

Pascal Perrineau

Pascal Perrineau

Pascal Perrineau est professeur des Universités à Sciences Po. Il est l'auteur de Cette France de gauche qui vote FN (Paris, Le Seuil, 2017), à paraître le 1er juin. 

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Atlantico : En réaction à la "grave crise politique" que traverse le pays, l'UMP a réuni mercredi 27 août un bureau politique à l'issue duquel il a été déclaré que le renouvellement de l'équipe gouvernementale n'était pas une solution à la sortie de crise, et que Manuel Valls devait engager sa responsabilité devant l'Assemblée nationale. Au regard de la situation interne à l'UMP, un leader du parti pourrait-il vraiment s'imposer et susciter l'adhésion du parti si une campagne législative anticipée se présentait ?

Pascal Perrineau : Il est inévitable dans une démocratie bipolarisée comme la nôtre que le principal parti d'opposition réclame un engagement de la responsabilité du gouvernement dans les plus brefs délais. En cela l'opposition fait son travail. Cependant, le premier Ministre a déjà laissé savoir qu'il comptait bien dans les prochaines semaines engager la responsabilité de son gouvernement. Il n'est pas sûr d'ailleurs que ce gouvernement soit renversé par des "frondeurs" du PS qui associeraient leurs voix à des députés de droite et du centre. De toute façon, dans l'état de convalescence à peine entamé dans lequel est l'UMP, il n'est pas évident que celle-ci soit en bonne position pour affronter des élections législatives qui viendraient après une dissolution de l'Assemblée nationale. Qui mènerait la campagne? Sur quelle ligne? Avec quelle stratégie? Toutes ces questions n'ont que des ébauches fragiles de réponse.

François Fillon milite actuellement pour que le futur chef du parti ne soit pas candidat à la primaire dans le but de tenir Nicolas Sarkozy à distance, et certaines rumeurs rapportées dans le Canard enchaîné font état d'un manque d'ambition de la part d'Alain Juppé au sein de l'UMP. Quelles dissensions pourraient être attisées si l'UMP était confronté à une dissolution de l'Assemblée ?

Traditionnellement, la campagne des élections législatives est emmenée, pour le parti d'opposition, par son chef.  Or, jusqu'à nouvel ordre l'UMP n'a pas de chef mais une direction collective de transition. On comprend donc que la question du futur chef de l'UMP devienne une question brûlante car celui qui pourrait se prévaloir, à la suite d'une dissolution de l'Assemblée nationale, d'une victoire législative prendrait un avantage certain dans la course à la présidentielle. Cependant, on sait aussi qu'une expérience de cohabitation (Chirac de 1986 à 1988, Balladur de 1993 à 1995, Jospin de 1997 à 2002) n'est pas une assurance tous risques pour la suite.

Au-delà des hommes, l'appareil UMP est aussi confronté à la nécessité de reconstruire son cadre idéologique. Un parti en reconstruction, tant au niveau de ses dirigeants que de sa ligne pourrait-il vraiment incarner l'opposition que demandent les électeurs ?

Pour l'instant, l'UMP se refait une unité de façade en dénonçant avec vigueur la gauche de gouvernement et ses replâtrages successifs. Cela reste mince pour animer et gagner des élections à venir. L'UMP a besoin de temps, de règles et surtout d'un peu de sérénité pour régler ses différends, se remettre en ordre de bataille et gagner le combat de légitimité qu'est toute élection. Pour cela, au delà de la question des hommes, il faut que l'UMP retrouve un message à délivrer, des propositions qui emportent la conviction et laissent deviner un avenir plus désirable avec elle qu'avec la gauche.

Finalement, cette déclaration ne s'apparente-t-elle pas davantage à une posture obligée du fait de l'actualité ? 

La politique est beaucoup faite de postures. Celles-ci pour être efficaces doivent renvoyer à de vrais débats, aux questions et aux inquiétudes des électeurs. Si tel n'est pas le cas, la politique apparaît de plus en plus comme un théâtre d'ombres qui suscite au mieux l'indifférence (et l'abstention), au pire la protestation et la colère. Sur ce dernier créneau, le Front national est très "performant". De la part d'un grand parti de gouvernement, la pure posture oppositionnelle, la dénonciation virulente des turpitudes de l'adversaire ne sont pas suffisantes pour emporter la conviction. Il faut qu'elles s'accompagnent de la proposition, de l'imagination, de la crédibilité et de la personnalité capable d'incarner et de faire vivre ces vertus politiques. C'est tout le travail qui reste à faire pour l'UMP dans les mois qui viennent.

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