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Mais quel impact la folle valse des milliards (souvent inutilement) dépensés laissera-t-elle pour le monde d’après le Covid ?
Mais quel impact la folle valse des milliards (souvent inutilement) dépensés laissera-t-elle pour le monde d’après le Covid ?
©LUDOVIC MARIN / AFP

L'argent magique du "quoi qu'il en coûte"

Mais quel impact la folle valse des milliards (souvent inutilement) dépensés laissera-t-elle pour le monde d’après le Covid ?

Face à l'impact économique de la crise sanitaire, Emmanuel Macron a privilégié la stratégie du "quoi qu’il en coûte". Les sommes investies semblent être trop souvent allouées pour des décisions ou des mesures sans effets sanitaires réels. Le coût total des aides et indemnisations aux entreprises va s'élever désormais à 11 milliards d'euros par mois, selon les précisions du ministère de l'Economie cette semaine.

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico : Au cours de ses interventions, à maintes reprises Emmanuel Macron a pu répéter l’expression "quoi quil en coûte". Si lintention est louable dans la lutte contre la crise sanitaire, dans les faits largent nest-il pas trop souvent alloué à assumer des décisions sans effets sanitaires réels

Pierre Bentata : Au-delà de la formule du « quoi qu’il en coûte », nous devons poser la question d’une vraie analyse coût/bénéfice de nos politiques. Avant même qu’il existe, nous avons clos le débat. Aujourd’hui, nous n’avons eu aucune analyse sur la meilleure manière d’allouer nos dépenses et des conséquences de nos différentes stratégies. Nous avons alors un déficit qui s’est très fortement creusé et des dépenses publiques qui se poursuivent sans connaissance de l’efficacité de la stratégie. Et surtout, nous ne connaissons pas le montant de l’addition.

Le « quoi qu’il en coûte » se traduit en réalité par des coûts. Les dernières analyses de l’OFCE montrent que partout où ce type de stratégies a été mis en place cela s’accompagne de faillites et d’une augmentation du chômage. Surtout, il va devenir maintenant très difficile, voire impossible d’expliquer que l’État ne peut pas dépenser afin de satisfaire tous les différents besoins de la population.

Lors des précédentes campagnes politiques, la plupart des candidats ont savamment pris le soin de dire que l’argent magique n’existait pas, qu’il fallait bien dépenser l’argent. À l’heure actuelle, nous envoyons le message inverse. Pour arriver à faire comprendre à la population que ces mesures étaient d’exception et affirmer que l’on ne peut pas creuser indéfiniment les déficits par la suite, cela va devenir complexe. Les faits ont donné raison à ceux qui disaient que l’argent magique existe. Demain, quand quelqu’un dira que l’on manque d’argent, ce sera très difficile de donner une explication pour le convaincre que dépenser l’argent que nous n’avons pas est une mauvaise idée.

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Toutes les estimations du coût de la crise sont dans des fourchettes « monstrueuses ». Il y a les coûts directs : la prise en charge de l’économie à travers le PGE (Prêt Garanti par l’État) et le chômage partiel, mais il y aussi toutes les dépenses indirectes. Mettre l’économie à l’arrêt, cela induit l’acceptation de la destruction de milliers d’emplois, ce qui amène donc moins de cotisations mais plus de dépenses publiques. Certaines de nos entreprises sont en faillite et nous avons une économie en récession, les estimations les plus optimistes montrent que nous ne récupérerons pas le niveau de PIB avant crise d’ici deux ans. Le problème de cette formule est donc de laisser penser que la situation n’est pas grave. Il faut savoir et affirmer qu’aucune économie ne sait vivre au-deçà de ses moyens de façon durable.

Sur le plan politique, puisque le robinet de la dépense semble actuellement ouvert pour tout type de demandes dès lors quelle est prioritaire, comment le gouvernement pourrait-il continuer dutiliser largument quil ny a pas d'"argent magique"

Tout le monde était d’accord pour dire qu’il fallait sortir de cette crise, mais il y a un désaccord sur le fond. Le problème étant qu’une fois que nous serons sortis, il va y avoir un piège politique. Quand vous êtes dans le système démocratique dans lequel on vit aujourd’hui, avec une population en permanence en demande d’intervention, de plan, de projet de la part de l’État cela pose certaines problématiques. La demande est tellement forte qu’il est difficile pour les politiques de faire de la pédagogie. Comment expliquer que certaines revendications ne sont pas assez légitimes car elles concernent moins d’individus et qu’une hiérarchie arbitraire impliquerait qu’elles n’ont pas assez de valeur ?

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Demain, si l’on dit qu’il faudra le même plan pour rénover les hôpitaux, cela paraitra légitime. Mais si l’on utilise le plan pour rénover l’habitat cela paraîtra aussi légitime, si ce sera les transports publics ce sera la même chose… Le problème étant que si dans un sytème démocratique toutes les revendications ont la même valeur, que si l’argent n’a pas de limite, il n’y a aucune acceptabilité politique pour à un moment fermer le robinet. C’est la vraie difficulté des prochains gouvernements. Comment avoir un programme politique et expliquer qu’il va falloir limiter la dépense à un moment ? Cela semble un projet perdu d’avance.

Cet "argent magique" pourrait-il néanmoins enfin décider lÉtat à investir dans les secteurs davenir sans compter ? Ou à l’inverse linciter à dépenser des fortunes dans des secteurs jugés, à tort, essentiels ? Entre ces deux tendances, laquelle est susceptible de lemporter

Il faut d’abord que l’offre politique soit sérieuse. Que nos hommes politiques soient courageux. Mais cela ne suffira pas si les citoyens eux-mêmes n’acceptent pas que la monnaie que nous utilisons là soit illusoire et qu’elle ne reflète pas la richesse du pays car il est plus pauvre qu’avant. Nous ne pouvons pas mettre en place n’importe quel projet. C’est un moment très compliqué, les instants de sortie de crise sont importants car ce sont des espaces d’innovation intense. Pourtant, il y a une chance car le grand secteur de l’innovation des années à venir est la santé. Nous savons qu’il y a une forte acceptabilité politique pour se lancer dans ce genre de projet. Sur le reste, être capable d’avoir une vraie hiérarchie des secteurs et investir là où cela parait nécessaire est compliqué. C’était tout le risque d’avoir voulu sauver la totalité de l’économie avec des nationalisations.

Si l’on veut mettre en place des vrais investissements structurants, les effets apparaissent à long terme. Pour les politiques, il est donc très compliqué de les mettre en place car ils n’en bénéficieront pas en terme d’image. De surcroît, cela nécessite des arbitrages. Nous avons décidé de mettre en place une solution de facilité dans laquelle nous sommes capables de tout faire en même temps avec des lignes de crédits. On risque d’entrer dans une économie de surendettement, si les hommes politiques ne sont pas capables de convaincre la population que ce phénomène est très coûteux à long terme. 

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