Luc Bretones : L’analyse offerte par le Big Data monte en puissance dans tous les secteurs économiques. Certains spécialistes expliquent que ce phénomène représente une rupture similaire à l’apparition du télescope ou du microscope. Le Big Data explique que, plutôt que de s’intéresser au "pourquoi", on peut regarder seulement le "quoi". On peut trouver des choses beaucoup plus puissantes et beaucoup plus exploitables immédiatement. Dans le transport on va optimiser la circulation pour proposer le meilleur trajet et éviter les embouteillages, dans la santé on va pouvoir détecter des fraudes, supprimer des consultations inutiles, développer la prévention des maladies ou de leur propagation. Les données disponibles sont comme un tableau impressionniste : quand on regarde de près, on ne voit rien. Mais quand on prend du recul, on est capable d’analyser énormément de données. Le cabinet McKinsey a chiffré entre 100 et 190 milliards de dollars d’économies potentielles sur le marché américain uniquement dans la santé. On arrive assez bien à voir toujours dans la santé ce que cela pourrait donner en Europe. Une autre étude parle de 300 milliards par an sur la santé sur la prochaine décennie. Toutes les entreprises ont la possibilité de se mettre au Big Data et il est urgent de le faire parce que l’exploitation des données va générer assez rapidement des différences très fortes de compétitivité entre les entreprises quelque soit le secteur. L’important, c’est d’avoir un régulateur qui protège le citoyen-consommateur. Sinon, les citoyens vont s’organiser eux-mêmes en un contre-pouvoir. En France, la CNIL fait un travail nécessaire qui ne doit pas être non plus excessif pour s’assurer que les données sont utilisées à bon escient. Il est clair que si vous devez analyser des CGV qui font 25 pages, vous ne les lisez pas. Le plus souvent, le consommateur français est piégé par certains grands acteurs, souvent Américains. Ils fournissent certes des services gratuits mais ils abusent, dans un certains nombre de cas, du client. Par exemple, des constructeurs de téléphone n’expliquent pas que l’on récupère beaucoup d’informations sur les appels, sur les carnets d’adresse, sur les SMS… Mais chez nous, c’est l’Europe qui doit agir. Il faut développer un système de régulation bien plus transverse que ce patchwork de régulations par pays qu'on connait dans l'Union. Cela pénalise pour l’instant les acteurs économiques qui ne profitent pas d’un marché unifié. Nos politiques devraient travailler à acter un grand espace européen régulé correctement avec, bien entendu, des enjeux de souveraineté économique et nationale et européenne, puisque ces données véhiculent de la confidentialité des échanges des entreprises.