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Wall Street serait en passe de devenir la place financière la plus performante du monde.
Wall Street serait en passe de devenir la place financière la plus performante du monde.
©Reuters

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London falling : comment Wall Street est en train de déclasser la City comme première place financière mondiale

Selon le Global Financial Centres Index, Wall Street égalerait, voire dépasserait légèrement Londres comme place financière la plus performante. Qu'est-ce qui peut expliquer la renaissance de Wall Street, que l'on pensait moribonde ?

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez, 33 ans, diplômé de l'ESCE (Paris/La Défense) en 2003 a d'abord évolué plusieurs années chez BNPPARIBAS puis la Banque ROBECO en gestion privée avant de rejoindre SAXO BANQUE en 2009 en tant que Sales Trader. Son expérience des marchés financiers et plus particulièrement du marché des devises lui confère rapidement le rôle d’Analyste Marchés. Interlocuteur privilégié des médias français, il délivre quotidiennement des analyses sur les marchés financiers, tendances, risques macro-économiques et participe régulièrement à des conférences dédiées aux investisseurs. En novembre 2013, il rejoint le groupe IG, leader mondial des CFD, côté à Londres au FTSE 250, en tant que Chief Market Analyst.

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Atlantico : Selon la dernière publication du Global Financial Centres Index, Wall Street égalerait, voire dépasserait légèrement Londres comme place financière la plus performante (voir ici). Qu'est-ce qui peut expliquer la renaissance de Wall Street que l'on pensait moribonde ces dernières années ?

Alexandre Baradez : La bonne santé de Wall Street, retrouvée notamment après la crise des subprimes de 2007 et 2008 s’explique par plusieurs facteurs, mais un des principaux reste l’intervention rapide et massive de la Réserve Fédérale (FED). Pour éviter une paralysie de l’économie et des banques, la banque centrale américaine a lancé successivement plusieurs plans de relance (Quantitative Easing) tout en abaissant fortement les taux directeurs, les faisant tomber à un niveau proche de 0%.

Ces mesures d’assouplissement visant notamment à maintenir les taux bas (bons du trésor et MBS) ont permis à l’économie US de rapidement se stabiliser en raison de l’abondance de liquidités bon marché, favorisant la diffusion du crédit et la relance de l’économie réelle mais également celle des marchés financiers. Une partie de ces liquidités s’est retrouvée sur les marchés, favorisant les volumes d’échanges et faisant grimper le prix des actifs. Les banques d’investissement, les intermédiaires financiers, et les autres acteurs de Wall Street ont bénéficié massivement de cette accélération de l’économie américaine.

Les raisons de l'ascension de Wall Street sont-elles durables, où sont-elles liées à une conjoncture économique aux Etats-Unis qui laisse beaucoup d'observateurs perplexes quant à sa soutenabilité ?

Certaines raisons de l’ascension sont durables, d’autres moins. Un évènement qui explique en grande partie la nouvelle montée en puissance de Wall Street ces dernières années est la crise de la dette en zone euro. L’Europe a rapidement subi le contrecoup de la crise des subprimes qui s’est propagée hors des Etats-Unis. Lors de cette crise, de nombreux Etats européens ont dû soutenir leur économie en prenant des mesures de relance, ce qui a eu pour conséquence d’accroitre le ratio dette/PIB entraînant le déclenchement d’une crise majeure de nature systémique, mélange de tensions extrêmes sur le marché de la dette avec l’envolée des taux d’emprunt de plusieurs pays de la zone euro dont l’Italie et l’Espagne (3ème et 4ème économies de la zone euro), de dégradations des notes souveraines de la part des agences et d’entrée en récession sévère de nombreux pays.

Cette défiance envers la zone euro s’est traduite par une fuite des capitaux dont une partie a migré vers les Etats-Unis dont l’économie et les marchés commençaient déjà à bénéficier des premiers effets de la politique monétaire ultra-accommodante de la FED. Toutefois le retour à une certaine stabilité et à une croissance, certes faible, de la zone euro laisse penser que cet épisode ne durera pas dans le temps.

Les tensions observées sur les émergents ces derniers mois ont en revanche provoqué le rapatriement de flux de capitaux vers les Etats-Unis, mouvement catalysé par l’annonce du ralentissement de la politique monétaire accommodante de la FED (perspective de relèvement des taux US fin 2014/début 2015 et baisse des achats d’actifs de 85 milliards de $ à 55 milliards $)

Le ralentissement de la City s'expliquerait par le faible dynamisme de l'Union européenne. Pourtant, le Royaume-Uni ne fait pas partie de la zone euro et avance des prévisions économiques flatteuses. Comment expliquer ce paradoxe ?

Une partie du ralentissement de la City s’explique par le ralentissement de l’activité économique et des flux de crédit en Europe, trouvant leurs origines dans le déclenchement de la crise de la dette, certains flux financiers irriguant la City provenant de l’étranger et notamment de pays européens.

L’autre raison du ralentissement est liée à l’accroissement de la régulation bancaire, des questions se posant sur la nécessité potentielle de séparer des activités bancaires (détail et investissement) avec la mise en place parallèle de mécanismes de renflouement des banques en cas de crise, obligeant les banques à accroître leurs charges et à améliorer leurs ratios prudentiels, ce qui pourrait peser sur leur compétitivité par rapport à d’autres places financières.

Enfin, le projet d’instauration d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen fait craindre une perte de compétitivité de la City avec une délocalisation des flux financiers en Asie et aux Etats-Unis.

Wall Street et Londres sont au coude-à-coude mais loin devant de leurs poursuivants (Hong-Kong, Singapour, Zurich ou Tokyo). Comment cette domination partagée entre deux géants de forces équivalentes pourrait-elle influencer les bourses mondiales dans les mois à venir ?

La domination de Londres et New-York ne saurait cacher la montée en puissance des places financières asiatiques, notamment Singapour et Hong-Kong. La forte croissance de la Chine ces dernières années, même si elle ralentit, a porté la croissance de plusieurs de ces voisins créant un cercle vertueux de création de richesses et d’augmentation des flux financiers.

Il est peu probable de voir cette tendance s’inverser même si des craintes pèsent depuis quelques mois sur les pays émergents et sur la Chine, dont les chiffres témoignent d’un ralentissement de l’activité économique. Les tensions en 2013 sur le marché interbancaire chinois, les inquiétudes récentes sur la solidité financière d’importants acteurs immobiliers, et plus globalement la question du « shadow banking », laissent penser que d’autres turbulences sont à prévoir en Chine, pouvant impacter négativement les marchés financiers mondiaux.

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