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Loi sur les génocides : Hollande l'a proposée, Sarkozy l'a faite
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Promesse de campagne

Loi sur les génocides : Hollande l'a proposée, Sarkozy l'a faite

Les députés ont adopté ce jeudi la proposition de loi qui entend punir les individus niant les génocides. Au-delà de la controverse suscitée, la question est aussi politique : droite et gauche se disputent la paternité de l'initiative.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Contrairement aux apparences, Nicolas Sarkozy n’oublie pas (toutes)ses promesses. Il y a trois jours, il s’est rendu, sans caméra, dans un hôpital d’Argenteuil pour se rendre compte personnellement de la situation des services d’urgence : c’était pour honorer un engagement pris devant une infirmière qui l’avait interpellé dans une émission de télé.

En attendant qu’il fasse un sort définitif aux 35 heures, qu’il instaure un service minimum dans les transports aériens, voire maritimes, qu’il fasse des propositions pour améliorer la situation de l’emploi en temps de crise, c’est une autre promesse présidentielle qui est honorée : la répression de la négation du génocide arménien. Non parce que les Français ne pensent qu’à ça, en cette période de péril sur le triple A et de grève des personnels de la sûreté aéroportuaire !

Si la question se devait d’être réglée au plus tôt, en tous cas avant les élections, c’est parce que droite et gauche se disputent la paternité de l’initiative. François Hollande l’a proposée, Nicolas Sarkozy l’a faite, ou plutôt faite faire. C’est la gauche qui avait fait voter la reconnaissance du génocide arménien en 2001. Lors de son voyage en Arménie en octobre dernier, le président de la République avait pris l’engagement de faire réprimer cette négation.

La manœuvre est subtile : c’est par le biais d’une proposition de loi que ce vote aura été acquis. Des propositions de loi, il y en a des dizaines; leur choix est donc une affaire politique. La proposition qui a mis le feu aux poudres entre Paris et Ankara est signée Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône, où une forte communauté arménienne est implantée. Ce texte aurait pu rester lettre morte si l’Elysée n’avait fortement pesé pour qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour. Au grand dam du Ministère des Affaires Etrangères, du président de l’Assemblée lui-même, et de nombreux élus qui s’accordent avec les historiens pour dire qu’il n’appartient pas aux politiques d’écrire l’Histoire. Les élus en question ont toujours la possibilité de ne pas être en séance ou de quitter l’hémicycle au moment du scrutin. C’est que dans la majorité, l’heure n’est pas à la rébellion : on ne bronche pas. Pas question de faire obstacle aux souhaits présidentiels en cette période d’investiture en vue des législatives. Alors que le PS peine à se mettre en ordre de bataille pour la présidentielle, la droite entend garder l’initiative. Tout le monde espère que l’épisode sera vite oublié et que la trêve des confiseurs y contribuera.

Nicolas Sarkozy devrait marquer une petite pause entre Noël et le 31 décembre, jour des vœux aux Français, mais dès le 1er janvier, il sera en province, à Metz, pour honorer ceux qui ont travaillé au réveillon. Deux jours plus tard, le 3, il sera à Brest pour les vœux aux Armées. Après la série des vœux présidentiels, il faudra attendre encore quelques semaines avant que le Président endosse officiellement ses habits de candidat. Le timing dépendra en partie de la situation de ses adversaires. Pour l’heure, Nicolas Sarkozy profite du flottement du PS. Mais la réaction se prépare : les équipes s’activent afin que les relations entre le parti et le candidat deviennent plus harmonieuses. Paradoxalement, alors que c’est l’accord électoral entre le PS et les Verts qui avait mis le feu aux poudres entre aubrystes et hollandais, c’est peut être grâce aux Verts que les choses vont s’arranger : le fameux accord est en train de voler en éclats, parce que les Verts multiplient les investitures. Du coup, les circonscriptions "gelées" sont discrètement pourvues de prétendants socialistes qui n’attendent qu’un signal pour se lancer. Dans l’entourage de François Hollande, on espère que l’attention se portera alors sur ses propositions : "Il en fait tous les jours", plaident ses porte-paroles, un peu à la peine face au "buzz" selon lequel le candidat socialiste "ne dit rien". Prière de dresser l’oreille. 

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