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Des militants du Vegan Impact manifestent à Paris, le 30 juillet 2020.
Des militants du Vegan Impact manifestent à Paris, le 30 juillet 2020.
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Idéologie

Les végans à l’assaut du débat public

Le véganisme ne saurait être réduit à un mouvement de consommation dont la particularité résiderait dans le refus de consommer des produits d’origine animale. Il s'agit avant tout d'une vision du monde et d'un projet de transformation de notre société.

Adrien Dubrasquet

Adrien Dubrasquet

Ancien élève de l'ENS, directeur du cabinet du maire de Sens.

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L’actualité internationale met tragiquement en lumière la géopolitique des États, les rivalités et les tensions entre les nations. L’actualité nationale révèle quant à elle la géopolitique des idées, les oppositions et les conflits idéologique à l’œuvre dans notre société. Deux évènements inédits révèlent l’importance des évolutions sociétales qui travaillent notre pays.

Le premier est l’échec d’Hélène Thouy, la candidate du Parti Animaliste à obtenir ses 500 signatures. À la suite des élections européennes où il a réuni 2,2 % des suffrages et mobilisé près de 500 000 électeurs, le Parti animaliste présentait pour la première fois une candidature à l’élection présidentielle. Si cette « offensive politique » a été stoppée nette par les grands électeurs qui n’ont accordé que 139 parrainages, elle révèle l’intention de ce mouvement de jouer un rôle structurant dans le débat public. « Une victoire ne se résume pas à un chiffre, elle se mesure à son impact. (…) La question animale a désormais acquis le rang de véritable question politique, préalable indispensable à toute avancée majeure », a réagi Hélène Thouy, par ailleurs avocate de L214, promettant que le combat animaliste se poursuivrait à l’occasion des élections législatives.

Le second événement marquant de l’actualité intérieure nous entraîne au cœur du Salon de l’Agriculture. Cette 58e édition a accueilli pour la première fois des marques véganes. Voisinant veaux vaches et cochons, jouxtant les acteurs et défenseurs de la culture bouchère et se présentant comme les « successeurs de la viande », les start-up Heura et La Vie Foods, qui commercialisent de la viande végétale, ont fait découvrir leurs produits aux visiteurs pendant plus d’une semaine. Du côté des fromagers et des crémiers, les Nouveaux Affineurs ont quant à eux fait déguster leurs « fauxmages », des fromages 100% végétaux. Cette opération « derrière les lignes ennemies », pour ainsi dire, révèle les ambitions de ces entrepreneurs qui cherchent à s’affirmer comme une alternative crédible et durable aux produits d’origine animale.

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Ces deux évènements, en apparence fort éloignés et sans relation entre eux, sont un indice fort de la progression de l’idéologie végane dans notre société.

En effet, le véganisme ne saurait être réduit à un mouvement de consommation dont la particularité résiderait dans le refus de consommer des produits d’origine animale : c’est avant tout une vision du monde et un projet de transformation de notre société. L’idéologie végane s’appuie en effet sur la philosophie antispéciste, qui refuse d’établir une hiérarchie entre les espèces animales (dont l’espèce humaine) et par voie de conséquence s’oppose à toutes les formes de domination de l’homme à l’égard des animaux, au premier rang desquelles l’élevage. L’idéologie végane s’offre également comme une solution au réchauffement climatique : parce que l’élevage animal et la production de viande sont tenus pour responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre, l’abolition de l’élevage et la consommation de protéines végétales apparaissent comme une réponse radicale aux enjeux de la transition écologique. Avec une candidature (avortée) à l’élection présidentielle et une présence (embryonnaire) au Salon de l’Agriculture, le véganisme cherche à s’afficher comme porteur d’un projet politique et de solutions pratiques.

Surtout, ces deux évènements illustrent le changement de stratégie opéré par les végans. Il y a quelques années encore, ils se cantonnaient à une stratégie d’interpellation et de provocation, multipliant vidéo chocs, happenings ou actions coups de poings. Jusqu’à il y a peu, le répertoire d’intervention des végans se résumait à la diffusion d’images volées, aux manifestations sur la voie publique, aux intrusions dans des élevages ou à la dégradation d’abattoirs. Désormais, ce mouvement s’est engagé dans une vaste entreprise de légitimation dont l’objectif est d’apparaître comme une solution alternative crédible, comme une alternance politique possible. Tel est le sens de cette première candidature à l’élection présidentielle qui contribue à institutionnaliser le véganisme. Tel est le sens de cette première participation au Salon de l’Agriculture qui vise à positionner les entrepreneurs végans comme de nouveaux acteurs de l’alimentation française.

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Assurément, le large mouvement de recomposition de la vie politique française se poursuit, en marge de l’actualité internationale. De nouveaux clivages, succédant au traditionnel clivage droite-gauche, semblent désormais bien installés, opposant les populistes aux progressistes, les enracinés aux cosmopolites, ceux qui se préoccupent de la fin du mois contre ceux qui se soucient d’abord de la fin du monde. D’autres apparaissent, opposant les végans aux omnivores, les « nouveaux agriculteurs » développant des ersatz et autres solutions alternatives aux défenseurs de l’élevage, de la consommation de viande et de la tradition gastronomique française.

Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, Adrien Dubrasquet est aujourd'hui directeur conseil au sein de l'agence de communication en influence Comfluence. Il fait paraître Le véganisme, une idéologie du XXIe siècle (éditions de l'Aube, mars 2022).

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