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La bourse de New York a atteint un record historique trois jours avant la publication des chiffres de l'emploi décevants des États-Unis.
La bourse de New York a atteint un record historique trois jours avant la publication des chiffres de l'emploi décevants des États-Unis.
©Reuters

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Les uns s’envolent, l’autre plonge : comment expliquer la déconnexion grandissante entre marchés financiers et marché du travail ?

Les États-Unis ont publié des chiffres sur les créations d'emplois plutôt décevants - 88 000 emplois seulement créés au cours du mois de mars. Pourtant, trois jours plus tôt, la bourse de New York avait atteint un record historique.

Claire Diaz

Claire Diaz

Diplômée en économie internationale et géopolitique, Claire Diaz est rédactrice à
Protection & Rendements chez les
Publication Agora.

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Atlantico :  Alors que les États-Unis ont publié des chiffres sur les créations d'emplois plutôt décevants - 88 000 emplois créés au cours du mois de mars - la bourse de New York avait atteint un record historique trois jours plus tôt, après avoir baissé suite à l'annonce, puisque les marchés s'attendaient à plus de 200 000 créations. Existe-t-il une décorrélation entre l'évolution des cours boursiers et celle du marché du travail, pourtant lié à l'économie réelle ?

Claire Diaz : Simone Wapler analysait récemment : "l’économie américaine s’améliore juste ce qu’il faut... suffisamment pour dire qu’elle s’améliore, mais pas trop pour éviter de dire qu’on va arrêter d’imprimer 85 Mds$ par mois"

Notre interprétation est la suivante : pour le moment, les marchés tolèrent l’illusion statistique. Mais la réalité finit toujours par terrasser l’illusion. La seule incertitude est quand : demain, dans un an ? Les signes contraires à la grande illusion se font de plus en plus fréquents et de plus en plus nombreux.

Voici un tableau de la vraie vie. Déjà, il s’agit d’individus, pas de choses évaluées en monnaie, il s’agit de la population et de l’emploi américain depuis 2008. En principe, plus il y a de gens qui gagnent de l’argent en travaillant plus il y a de croissance. Que constatons-nous ? Plus de 20 millions de personnes sous aide alimentaire de plus qu’en 2008 et plus de 4,5 millions de chômeurs supplémentaires.


Source : Mish’s Global Economic Trend Analysis & L’Investisseur Or & Matières

Que traduit cette décorrélation sur l'état de l'économie mondiale ? Faut-il s'en inquiéter, ou la reprise du secteur financier, avant le reste de l'économie réelle, peut impacter positivement l'ensemble de l'économie par la suite ? 

Il y a un facteur particulier à prendre en compte pour comprendre que cette décorrélation fait peser de lourds risques sur l’économie américaine. Les États-Unis contrairement à bien des pays en Europe n’ont pas encore mis en place de réelles politiques de rigueur. Ainsi après cinq années d’impression monétaire massive pour une croissance moribonde (pour le pays), la dette atteint un niveau record. Mais les marchés en feront fi tant que les rotatives de la Réserve centrale tourneront à plein régime.

Si comme on le murmure depuis quelques jours, elles venaient à s’arrêter, les marchés seront bien obligés de voir par delà l’océan de billets verts. Et le retour à la réalité serait extrêmement violent. Il faut donc s’en inquiéter et surtout s’en protéger.

Le secteur financier est-il capable de vivre déconnecté du reste de l'économie ? Ou est-ce que l'évolution, les perspectives économiques et les anticipations des marchés - qui les poussent à de tels records - sont, tôt ou tard, rattrapées par la réalité ?

La réalité finit toujours par reprendre ses droits. Quand ? Personne ne saurait le dire. Le problème est simple : plus l’illusion dure, et plus la chute est brutale. A grand coup d’assouplissement quantitatif, les États-Unis ont choisi la solution qui leur permettait de repousser la confrontation avec la réalité (c’est à dire leur niveau d’endettement stratosphérique.).

Mais le "quantitative easing" a ses limites. Et au fur et à mesure que son arrêt se fait plus pressant, l’illusion vacille. C’est Nouriel Roubini - l’économiste qui avait prédit la crise du crédit subprime - qui expliquait en juillet dernier qu’une correction boursière significative pourrait faire basculer en 2013 l'économe américaine dans une contraction brutale. Et comme en 2007, si la première économie mondiale recommence à trembler, elle entraînera avec une zone euro de plus en plus chancelante.

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