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Photo prise le 20 juillet 1969 de l'astronaute Buzz Aldrin marchant sur la surface de la lune lors de l'activité extravéhiculaire d'Apollo 11. Neil Armstrong a pris cette photo.
Photo prise le 20 juillet 1969 de l'astronaute Buzz Aldrin marchant sur la surface de la lune lors de l'activité extravéhiculaire d'Apollo 11. Neil Armstrong a pris cette photo.
©NASA/AFP

Bonnes feuilles

Les traces de notre passage sur la Lune

Théo Drieu a publié « 34 petits et grands secrets de l’univers » aux éditions Belin. Quand le monde a-t-il commencé ? D'où venons-nous ? A quelle vitesse vont nos pensées ? Comment fonctionne l'intérieur de nos têtes, des étoiles ou des planètes ? Théo Drieu lève le voile sur les mystères du cosmos, sur les lois qui gouvernent la matière, sur la vie ou sur le temps qui passe. Extrait 1/2.

Théo Drieu

Théo Drieu

Médiateur scientifique, Théo Drieu est le co-créateur de la chaine YouTube "Balade mentale" qui offre des balades parsemées de références audacieuses et d'anecdotes surprenantes (500 000 abonnés).

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Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong sort du module lunaire d’Apollo 11, prononce sa phrase devenue légendaire sur les petits pas de l’humanité puis, dans la foulée, réalise la toute première photo prise depuis le sol lunaire et sur laquelle se trouve un sac poubelle! Un sac poubelle, qui est encore aujourd'hui sur notre satellite, et qui est bien plus présent sur les images extravéhiculaire de la mission Apollo 11 que ne l'est Armstrong lui-même! Ce sac contenait tous les déchets accumulés lors de l’expédition et fut comme beaucoup d’autre chose laissé sur place afin de repartir plus légers et ainsi économiser la quantité de carburant nécessaire pour le voyage.

De la fin des années soixante jusqu’au début des années soixante-dix, au cours des six missions habitées qui allèrent se poser sur notre satellite, les astronautes rapportèrent un paquet de souvenirs, près de 8000 photos, des rêves par milliers pour l’humanité, et quelques échantillons lunaires. Mais en réalité du point de vue des quantités, les membres de ces expéditions y ont laissé plus de choses qu’ils n’en ont ramené. Et tous ces témoins de notre passage y sont encore aujourd’hui. En prenant en compte les étages des fusées des missions Apollo et les 80 sondes américaines, russes, chinoises, japonaises ou indiennes qui sont, elles aussi, allées se poser sur la Lune, on pense que l’humanité y a laissé en tout près de 180 tonnes de matières d’origine terrestre. Alors qu’au total seuls 382 kilogrammes de roche provenant de notre satellite ont fait le chemin inverse. On y trouve pêle-mêle bon nombre de modules et de jeeps lunaires, des sacs de déchets, des caméras et même des paires de bottes conçues pour pouvoir y déambuler. Et si la grande majorité de ce qui s’y trouve encore est de l’ordre de l’équipement technique ou scientifique, on y trouve aussi une petite partie d’objets ou de traces qui sont peut-être plus symboliques. Là, maintenant, au moment où vous me lisez, il y a sur la Lune une plume de faucon! Elle y a été emmenée lors de la mission Apollo 15, pour démontrer par l’expérience, qu’en l’absence d’atmosphère, sans la résistance de l’air, une plume d’oiseau tombe aussi vite qu’un marteau.

Actuellement se trouve sur le sol grisâtre de notre satellite une statuette en aluminium d’une dizaine de centimètres posée en hommage à ceux qui ont laissé leur vie dans la conquête des cieux, ainsi que deux balles de golf apportées par l’astronaute Alan Shepard qui s’essaya là-haut, après avoir bricolé un club de fortune, au golf lunaire. Il y a même sur notre satellite une photo de famille de l’astronaute Charles Duke qui la déposa sur le sol lunaire, lors de la mission Apollo 16. Et après avoir passé un demi-siècle à la surface de la Lune, cette photographie est très certainement devenue – tout comme les six drapeaux américains plantés lors de chacune des missions – totalement décolorée par la puissance des rayonnements ultraviolets provenant du Soleil. Mais au-delà des objets techniques, scientifiques voire symboliques, ce qu’on y retrouve peut-être en plus grande quantité encore est quelque chose qui ne peut pas se peser. Ce sont les empreintes, les traces de notre passage. Car au cours des six missions Apollo, les 12 astronautes (à chaque mission l’un des trois astronautes restait en orbite lunaire pendant que ces deux collègues descendaient alunir) qui sont allés s’y poser ont passé au total 80 heures à l’extérieur de leurs modules, 300 heures en comptant le temps passé dans l’habitacle. 80 heures durant lesquelles ils ont souvent marché, sautillé et parfois roulé à la surface de la Lune. Au total, ils ont parcouru près d’une centaine de kilomètres à la surface de notre satellite. Toutes ces empreintes, de pas ou de pneu, existent encore aujourd’hui. Elles sont toujours là-haut, à 384 000 kilomètres de nous.

Depuis 2009, on peut même en voir les traces grâce à la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter qui, dotée de puissants moyens d’imagerie, nous offre des vues hyper détaillées de la surface de notre satellite. Parmi tous les clichés réalisés par cette sonde, certains sont saisissants car on peut y voir, autour des sites d’alunissage, imprimés dans la poussière lunaire, comme consignés, les souvenirs figés des mouvements des premiers humains dans l’espace.

On peut notamment y observer, près de 50 ans après, les sillons laissés par le mouvement des astronautes et les traces parallèles inscrites dans le sol par leur Rover qui, au même titre que leur module, est resté sur place et s’y trouve toujours abandonné. Quelque part autour du site d'alunissage d'Apollo 17, Eugene Cernan – le dernier humain à avoir marché sur la Lune – s’agenouilla et traça du doigt, les initiales de sa fille, dans la poussière lunaire. Des initiales que le temps prendra plus de temps à effacer que si elles étaient inscrites dans le marbre, sur notre planète. Car la Lune offre dans un sens des conditions de conservation exceptionnelles. Bien qu’un demi-siècle se soit écoulé depuis que la dernière des missions en est partie, c’est comme si rien n’avait bougé. Sur ces clichés, tout semble être resté comme à l’identique. Ainsi, si sur notre satellite rien ne semble avoir pris une ride, c’est que là-haut, dans l’espace, toutes les chutes, les piétinements, chaque mouvement imprime sa trace et laisse son sceau dans le sol poussiéreux sans jamais se voir menacé par l’érosion, les mouvements d’air, l’humidité, l’activité microbienne ou les mouvements tectoniques. C’est pourquoi les traces laissées par le passage des astronautes devraient y demeurer comme figées encore quelques millions d’années. De ce fait, un très bon moyen pour préserver ce livre des micro-organismes qui risquent de lui mener la vie dure au cours des décennies à venir serait donc de le déposer à la surface de la Lune. Pensez tout de même à l’y mettre en position fermée, ou alors sur la face cachée, car toute page exposée au rayonnement ultraviolet provenant du Soleil subira le même sort que la photo déposée par Charles Duke ou les drapeaux.

En réalité, même si la moindre des empreintes de pas qui s’y trouvent toujours est plus résistante au passage du temps que la plus imposante de nos forteresses; une étrange dégradation y est à l’œuvre sur le long terme: celle de l’érosion spatiale causée par des rayons cosmiques de haute énergie et le vent solaire qui occasionnellement viennent frapper la surface lunaire. On estime ainsi qu’un à cinq millions d’années seront nécessaires pour que les initiales inscrites dans le sol lunaire par Eugene Cernan finissent par devenir illisibles du fait de l’agression continue de ces rayons; et jusqu’à 25 millions d’années avant qu’elles ne finissent par s’effacer complètement. À moins évidemment qu’une météorite ne vienne s’écraser sur l’un des sites d’ici là.

De toute façon, les premières comme les dernières traces de pas des 12 humains ayant posé leurs pieds sur notre satellite ont toutes déjà disparu. Se trouvant à chaque fois en bas de l’échelle du module lunaire, elles ont été effacées à jamais par le souffle produit par les moteurs de remontée lorsque les modules se sont arrachés à l’attraction lunaire afin d’entreprendre le voyage retour en direction de la Terre. Et tout ça s’est passé là, sur ce petit point qui reste, à l’heure actuelle, l’endroit le plus éloigné de notre monde où un être humain s’est un jour aventuré:

Depuis, aucun être humain vivant n’est allé aussi loin. Mais mort oui! Car, en 1999, la sonde spatiale Lunar Prospector, après 22 mois passés à étudier notre satellite depuis l’orbite, s’est écrasée volontairement sur la surface avec à son bord un peu des cendres du planétologue Eugene Shoemaker. Qui est donc, en partie, le premier humain à avoir été enluné! En 2006, Eugene a perdu son titre de défunt le plus éloigné de la Terre suite au lancement de la sonde spatiale New Horizons qui est partie étudier Pluton et la ceinture de Kuiper avec à son bord une micro-urne funéraire contenant quelques gramme des cendres de Clyde Tombaugh, l’astronome à l’origine de la découverte de Pluton. Au moment où j’écris ces lignes, en juillet 2020, ces quelques grammes de cendre se trouvent à une distance de 47 unités astronomiques, soit quarante-sept fois la distance Terre/Soleil de nous. Non contents d’être les restes d’humain les plus éloignés de la Terre, ils sont également les plus rapides car la sonde New Horizons se déplace à la vitesse ahurissante de 45 kilomètres par seconde, soit 162 000 kilomètres par heure.

«Tandis que nous nous éloignons, la Terre diminuait pour finalement ne plus avoir que la taille d’une bille. La plus belle bille que vous puissiez imaginer. Contempler ceci change un homme.»

James Irwin, huitième homme à avoir posé le pied sur le sol lunaire.

Extrait du livre de Théo Drieu, « 34 petits et grands secrets de l’univers », publié aux éditions Belin

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