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Dominique Mataillet publie « On n'a pas fini d'en parler ! - Dictionnaire savoureux des subtilités, ambiguïtés et incongruités de la langue française » aux éditions Favre.
Dominique Mataillet publie « On n'a pas fini d'en parler ! - Dictionnaire savoureux des subtilités, ambiguïtés et incongruités de la langue française » aux éditions Favre.
©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Bonnes feuilles

Les subtilités de la langue française se marient à ravir avec la gastronomie et la cuisine

Dominique Mataillet publie « On n'a pas fini d'en parler ! - Dictionnaire savoureux des subtilités, ambiguïtés et incongruités de la langue française » aux éditions Favre. Sens caché des expressions populaires, étymologies étonnantes, figures de style, jeux de mots, fautes courantes à éviter... Au fil des pages de cet ouvrage aussi documenté qu'amusant à lire, la langue française n'en finit pas de livrer ses secrets. Extrait 1/2.

Dominique  Mataillet

Dominique Mataillet

Dominique Mataillet a fait carrière dans l'édition et le journalisme. Après une vingtaine d'années à la rédaction en chef de Jeune Afrique, il collabore aujourd'hui à plusieurs magazines dont France-Amérique. D'une fonction à une autre, il a toujours eu pour mission – et pour passion – de veiller au bon usage du français.

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C’est peu dire que la cuisine et la bonne chère tiennent une place importante chez les Français. Et que ces derniers en tirent fierté. Surtout depuis qu’en 2010 leur « repas gastronomique » a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Force est de constater l’omniprésence, dans leur parler quotidien, de tout ce qui touche à la nourriture. Certaines expressions et locutions telles que «mettre son grain de sel », « en faire tout un fromage » (ou « tout un plat »), « avoir du pain sur la planche », « rouler dans la farine », « être dans la purée », « couper la poire en deux », «dur à cuire », «mi-figue, mi-raisin», «des vertes et des pas mûres » reviennent régulièrement dans les conversations.

Autour du simple fait de se nourrir, les expressions abondent. On «met les bouchées doubles », on «ne mâche pas ses mots ». On peut «mettre l’eau à la bouche » et « faire la fine bouche ». «Manger avec les chevaux de bois » équivaut à ne rien avoir à se mettre sous la dent et «manger de la vache enragée » être soumis à de dures privations. «Manger à tous les râteliers », c’est-à-dire profiter, sans scrupules, de toutes les situations ne vaut guère mieux que «manger le  morceau» (ou « se mettre à table »), synonyme d’avouer ou dénoncer (pour un truand).

De la «pêche » que vous flanquez à quelqu’un dont la tête ne vous revient pas à la «prune » que vous trouvez sur votre pare-brise, en passant par « la cerise sur le gâteau» et la «pomme de discorde », toutes les variétés de fruits et de légumes sont de la partie. «Ne pas avoir un radis » signifie être à court d’argent. «Avoir du blé », ne pas en manquer. À quelqu’un qui se mêle de vos affaires, surtout s’il vous « raconte des salades », vous demandez qu’il « s’occupe de ses oignons ». À moins que vous ne lui « glissiez une peau de banane » en lui posant un piège pour l’empêcher d’arriver au but qu’il s’est fixé.

On peut un jour « avoir la pêche » (ou « la patate », ou encore « la frite ») et, le lendemain, « tomber dans les pommes ». «Sucrer les fraises », c’est être pris de tremblements, aux mains en particulier; ne pas être loin de la mort, en vérité.

Mention particulière au chou, qui a longtemps joué un rôle essentiel dans la nourriture des Français, et des Européens plus largement. Quelle plus belle formule de tendresse que «mon chou» ? «Ménager la chèvre et le chou», c’est réussir à satisfaire des exigences contradictoires, alors que « faire chou blanc », c’est échouer et que « rentrer dans le chou» de quelqu’un, c’est lui donner des coups. On peut « faire ses choux gras » de quelque chose, c’est-à-dire en tirer profit, ou « aller planter ses choux », ce qui revient à se retirer à la campagne.

Après les produits du potager et du verger, les préparations culinaires elles-mêmes. «On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs » : pour arriver à un résultat, il faut accepter des sacrifices. Quand « les carottes sont cuites », la partie est jouée, il n’y a plus d’espoir. «La mayonnaise prend» veut dire que les choses se mettent en place. «Faute de grives, on mange des merles » : si on ne peut accéder à ses désirs, on se contente de ce que l’on a. «Donner de la confiture à un cochon» consiste à gâcher quelque chose.

On vit « comme un coq en pâte » lorsqu’on mène une existence confortable et douillette. D’un homme ou d’une femme qui demeure immobile, affichant un regard étonné, on dit qu’il ou elle « fait des yeux de merlan frit ». Quand « la moutarde vous monte au nez », c’est que vous commencez à vous fâcher. Par « dindon de la farce », on entend la victime d’une tromperie qui fait l’objet de la risée de tout le monde.

«Refiler la patate chaude » signifie se décharger sur quelqu’un d’une affaire embarrassante. Comme chacun sait, «une tarte à la crème » est un lieu commun et « la daube » un objet ou un spectacle de piètre qualité. La soupe, elle, se prête à de nombreuses métaphores. Si « cracher dans la soupe » revient à mépriser voire critiquer ce dont on tire avantage, « aller à la soupe » signifie profiter d’une source d’argent sans se soucier de sa provenance tandis que « servir la soupe » à quelqu’un, c’est agir en sa faveur, par complaisance ou par maladresse. Par ailleurs, comme se disent les personnes qui prennent de l’âge, « c’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe » : l’expérience est garantie de qualité…

Dans cette famille des idiotismes gastronomiques, le beurre, associé au raffinement et à l’opulence, occupe une place de choix. «Faire son beurre » de quelque chose, c’est en tirer le meilleur profit. «Mettre du beurre dans les épinards », c’est améliorer son quotidien – parce que, consommé tel quel, l’épinard n’enchante guère les papilles. Dans le cas où vous désirez jouir à la fois d’un bien et du profit de sa vente, on dira que vous voulez « le beurre et l’argent du beurre ». «L’assiette au beurre » équivaut à une source de profits pas toujours licites.

Quand un individu n’est pas pris en considération, on dit qu’il « compte pour du beurre » (ou «pour des prunes »). «Beurré comme un p’tit Lu», en revanche, n’est en rien un éloge de la matière grasse favorite des Français du Nord, «beurré » étant une altération de l’argot «bourré » qui, comme chacun sait, veut dire ivre.

Pour ce qui est des instruments de cuisine, l’expression «traîner une casserole», utilisée surtout en politique, signifie qu’on a été compromis dans une affaire douteuse. «Passer à la casserole», c’est soit mourir de mort violente, soit subir quelque chose de pénible, soit, pour une femme, se livrer, de plus ou moins bon gré selon les cas, à l’acte sexuel. On «met les petits plats dans les grands» quand on déploie des efforts pour plaire à quelqu’un et on «rend son tablier» lorsqu’on choisit d’abandonner un emploi ou une fonction.

Employés seuls, les verbes s’invitent aussi au festin. On « cuisine » quelqu’un pour obtenir de lui des informations à tout prix. «Mijoter » quelque chose, c’est, comme on le fait avec un bon plat, le préparer méticuleusement dans la plus grande discrétion.

«Saucissonner » veut dire découper, répartir en tranches. L’opération peut porter sur la carte électorale, on peut aussi « saucissonner » une émission télévisée par des spots publicitaires. «Caviarder » (ou «passer au caviar ») un texte revient à le censurer.

Les mots peuvent être trompeurs. « Courir sur le haricot », qui équivaut à « taper sur le système », n’a rien à voir avec les légumes. Le haricot en question viendrait du verbe «haricoter » qui, dans l’argot parisien du XIXe   siècle, signifiait « importuner ». Dans « la fin des haricots », en revanche, il s’agit bien du légume, nourriture de base du pauvre autrefois. Quand il venait à manquer, la situation était vraiment désespérée.

Extrait du livre de Dominique Mataillet, « On n'a pas fini d'en parler ! - Dictionnaire savoureux des subtilités, ambiguïtés et incongruités de la langue française », publié aux éditions Favre

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