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Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna lors du Conseil des ministres, le 23 mai 2022.
Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna lors du Conseil des ministres, le 23 mai 2022.
©Michel Spingler / POOL / AFP

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Les réformes libérales seraient les meilleurs outils contre l’inflation. Les clients, les actionnaires et les syndicats ont leur mot à dire

Le gouvernement français est retombé dans ses habitudes étatiques de réguler les prix pour éviter l’inflation et protéger le pouvoir d’achat. C’est la plus mauvaise des réponses. Pour résister à l’inflation, le système a besoin de transparence et de liberté.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le gouvernement français nest pas le seul à réagir aux risques dinflation. La prochaine loi de finances va prolonger la pratique des chèques distribués aux consommateurs pour leur permettre de protéger leur niveau de vie : Chèque sur les carburants, sur les produits alimentaires de base mais aussi aides publiques de toute sorte dont le logement.

Parallèlement, il faudra sans doute aussi céder en partie aux demandes de blocage des prix de certains produits et services que formule lopposition dextrême droite et de gauche.

Pour lutter contre les risques de pénuries, beaucoup de gouvernements mettent en place des embargos à lexportation de certaines matières premières et produits agricoles notamment sur le blé, et la plupart des céréales (embargo à lexport pour la Russie, la Chine et une grande partie des pays asiatiques) mais aussi sur le riz.

Toutes ces mesures sinscrivent dans les logiques protectionnistes afin de protéger les populations, à court terme, elles répondent aux contraintes politiques et sociales mais en fait, elles ne résolvent aucun des problèmes de fond.

Plus grave, elles aggravent l’état des marchés et préparent une crise encore plus profonde parce que toutes ces mesures font le lit dune inflation encore plus lourde. Les experts commencent à penser quen France, on pourrait dès cet été atteindre les 7% dinflation et à la fin de lannée, dépasser les 15%. Bref une catastrophe.

Explications en 5 points :

1er point : les prix des carburants et des produits alimentaires, produits industriels augmentent parce que loffre sest globalement dégradée par rapport à la demande. Dabord, la reprise mondiale post-Covid a gonflé la demande en énergie et matières premières et les prix ont commencé à bouger au début de cette année.

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Mais la guerre en Ukraine a cassé le rebond post-Covid en bloquant les échanges commerciaux avec la Russie et l'Ukraine et notamment sur les énergies que sont le pétrole et le gaz dont l'offre sest raréfiée.

2e point. Face à cette situation, de nombreux pays ont décrété des embargos dexportation afin de se protéger. Les pays producteurs de pétrole, dont l'Arabie Saoudite, ont refusé daugmenter les productions pour profiter des majorations des prix de marché. Et les grands pays exportateurs de céréales que sont la Russie, l’Inde et la plupart des pays dAsie ont suspendu leurs ventes de blé à l'international afin de se constituer des réserves. Le prix mondial du blé a augmenté de 40 % en 6 mois, mais plus grave encore, dans les six mois qui viennent, beaucoup de récoltes vont rester bloquées dans des ports (Odessa par exemple) et beaucoup de pays consommateurs risquent des pénuries dapprovisionnement pour les semences à faire et pour nourrir leurs consommateurs. En Europe occidentale, ça passera parce que des pays comme la France et lAllemagne sont de très gros producteurs mondiaux. Mais en Turquie, en Égypte, en Afrique et dans les pays du Maghreb, on commence à craindre le pire. On se souvient des émeutes de la faim aux conséquences terrifiantes. Les émeutes de la faim qui s’étaient calmées après une période de forte famine (dans les années 70) sont réapparues depuis 2006-2008 et aujourdhui, tout le monde sattend à ce qu’elles frappent beaucoup de pays fragiles. La dernière famine avait entrainé des émeutes, notamment lors du printemps arabe.

3e point : il est évident que le premier moyen d’éviter linflation et la pénurie serait darrêter la guerre pour rétablir des circuits commerciaux normaux. La multiplication des échanges commerciaux, louverture à la concurrence ont permis de bénéficier d’une très grande stabilité des prix depuis les années 2000. Le problème est que malheureusement, tous les pays qui ont profité de la mondialisation, la Chine, la Russie et lAsie du Sud-est, n’ont pas respecté les principes de réciprocité sur lesquels ils s’étaient engagés. Doù les déséquilibres qui ont poussé les Occidentaux à des délocalisations excessives. Le retour du balancier dans lautre sens ne résoudra pas le problème.

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4e point : la régulation des prix ou la multiplication des aides ne calmeront pas la hausse de prix. Cette politique naura deffet que sur le court terme en calmant la douleur.

Les prix se forment dune part par la confrontation de loffre et de la demande et dautre part, par le calcul des coûts de production.

Toute intervention extérieure sur ce double mécanisme de la fonction de production dérègle la production elle-même. Si lentreprise na plus la liberté de fixer ses prix, elle perd sa liberté de capter des marchés, ou dinvestir, ou même dinnover. La fixation du prix est la principale clef que le chef dentreprise possède pour faire tourner son moteur.

LEtat peut et doit intervenir, à condition de ne pas gêner le fonctionnement. LEtat doit réguler, mais il doit protéger lexercice de la concurrence.

5e point: Le chef dentreprise na pas à attendre de lEtat quil fasse le travail à sa place. Le chef dentreprise est parfaitement capable d’écouter ses clients, de discuter avec ses actionnaires et ses banques du financement de ses projets et de négocier avec ses salariés des conditions de travail et des salaires.

Le problème est que tout cela, cest de la théorie.

Dans la pratique, si le chef dentreprise écoute assez bien ses clients, il n’écoute pas forcément ses actionnaires, contrairement à ce qu’on dit trop souvent. Les actionnaires sont à lentreprise ce que les électeurs sont la démocratie. Il faut les écouter même sils sont minoritaires. L’époque actuelle nous offre trop dexemples de grandes entreprises du Cac 40 qui ne tiennent pas compte de leurs actionnaires, doù l’émergence de fonds activistes qui portent la contestation, qu’il faudrait beaucoup mieux gérer. Enfin, le chef dentreprise n’écoute pas autant qu’il le devrait son personnel. Il faut dire que la majorité des entreprises françaises ont fait peu deffort pour élargir la représentation syndicale. Contrairement à lAllemagne ou même aux États-Unis, les syndicats ne constituent pas un contre-pouvoir fort en France. Cest dommage parce que dans la lutte contre linflation, les syndicats ont leur mot à dire. Faute d’être entendus, ils contribuent aussi à linflation par des revendications forcément radicales.

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