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Les pays émergents se posent moins de questions que nous sur la liberté du travail. Conclusion : mieux vaut bâtir qu’hériter !
©Reuters

Les entrepreneurs parlent aux Français

Les pays émergents se posent moins de questions que nous sur la liberté du travail. Conclusion : mieux vaut bâtir qu’hériter !

Le jour où la France considérera le travail comme un outil d’élévation sociale et d’épanouissement, nous pourrons peut-être comme en Afrique, créer à nouveau des emplois et de la croissance.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Une semaine passée en Côte d’Ivoire me rappelle, et c’est tout le mérite de prendre de la distance pour améliorer son acuité visuelle, que nous avons hérité d’un lourd bagage, qui plombe notre voyage, alors que ceux qui n’ont rien pensent aux moyens de tout avoir. C’est ce qui fera la différence et expliquera que sans réaction vive, violente et rapide, ces pays nous déclasserons dans moins de 15 ans.

Je reviens d’Abidjan. Un peu coloré. A la fois par le soleil, qui délivre avec une belle constance un 35° que l’on encaisse avec bonheur. Mais aussi par la vision d’un pays en guerre pendant 10 ans, qui renaît de ses cendres avec une vitesse qui ferait pâlir, si ils n’étaient pas déjà d’une couleur mortuaire, nos gouvernants français. Le pays, sous la direction d’un Alassane Ouattara, brillant, visionnaire et pacifique, qui en véritable homme d’Etat a compris qu’il fallait livrer son peuple à la croissance, sans avoir peur d’avoir mal à chaque pas comme nous aimons le faire en France. Nous avons mal à chaque pas, car nous naissons avec un lourd bagage, un fardeau fait d’habitudes, de réflexes dogmatiques acquis, de peur du changement, de corporatismes. De mille choses qui sont autant de haies à franchir pour des Français que l’on a handicapés à force de protection, rendus sensibles au moindre coup de froid, à force de porter des pulls en plein été.

Premier exemple. Le travail dominical. Dans un pays où l’on attribue de la valeur à la réussite et l’élévation sociale, où le pragmatisme l’emporte sur le dogme, et où l’on considère qu’un emploi est moins dégradant que le chômage, où les femmes donnent l’exemple en travaillant bien plus que leurs maris pour moins de reconnaissance pourtant, la question du travail dominical ne se pose pas.

Carrefour vient d’y ouvrir. Dans ce pays où la rente des Libanais s’était installée, engraissant leur commerce comme celui des becquets aux Antilles, avec des marges indécentes face à un pays qui criait famine, avec un Smic à 150 euros, l’arrivée de nos Français de la grande distribution que je loue pourtant rarement, a sonné le glas de la révolution. Une large proportion de producteurs locaux, des prix 2 fois inférieurs à ceux des Libanais, 400 emplois directs créés avec des salaires raisonnables et des progressions de carrière à la clé. 10 ouvertures prévues dans les prochains mois, ce qui représentera plus de 6000 emplois directs. Et toute une chaîne de production qui se met en place. Ouvert 7/7j, ce qui permit plus de chiffre d’affaires et 150 emplois de plus que pour une semaine de 6 jours. Un bon moyen de fermer le clapet de ceux qui nous assurent que le dimanche répartit le chiffre plutôt que l’augmenter, et détruit la vie de famille pour 12 week-end par an !

Le savoir-faire français se réinstalle ainsi en Afrique, où nous avons raté le coche depuis plus de 15 ans, remplacés par des gens plus ouverts, moins « colons » dans l’âme (sauf les Chinois qui sont une catastrophe pour l’Afrique), issus de cette vielle couche poussiéreuse et mafieuse bien connue encore récemment par des Claude Guéant et consorts qui y ont poussé leur gendre à faire des « affaires » faciles et bien payées.  Le jour où la France considérera le travail comme un outil d’élévation sociale et d’épanouissement, nous pourrons peut-être comme en Afrique, créer à nouveau des emplois et de la croissance.

La réconciliation. Bâtir sur un terrain d’unité. Le président Ouattara a réuni. Dans un pays déchiré par la guerre, son premier geste fut destiné aux chefs de tribus. Panser les plaies de la guerre et donner un rôle à chacun afin de s’assurer que les rameurs rament dans le même sens. Et cela a marché. Plus d’opposition de principe pour des raisons électoralistes, mais un sentiment d’urgence de redresser le pays et lui donner le meilleur de chacun de ses citoyens et élus. Ainsi le pays avance, avec une forte croissance, une confiance des milieux internationaux qui soutiennent ses emprunts au profit des infrastructures qui irriguent le pays d’eau, d’électricité, de routes goudronnées.

Nos politiques, qui passent plus de temps à tenter de nous convaincre qu’ils ont changé, quand chacun sait que ce mot a quitté leur ADN depuis le début de leur carrière politique, qu’à travailler main dans la main pour la réussite de notre pays, feraient bien d’en prendre de la graine. Et de faire que cette graine ne devienne plus un poil, bien ancré dans la main, une main mise sur le pouvoir et les fromages de la République, une main qui bâillonne la bouche des Français depuis 30 ans. Des Français qui se préparent et se mobilisent pour leur arracher, et le poil et la main, afin de reprendre leur respiration.

Bien entendu tout n’est pas parfait. On ne ressuscite pas en 4 ans un pays délaissé depuis près de 15 ans. Mais il aura été fait plus en 4 ans qu’en France en 25 années. Pour nous qui sommes prompts à regarder l’Afrique et ses ressortissants avec arrogance, et fustiger leur nonchalance, on se demande en regardant la Côte d’Ivoire, qui sont les Africains, d’eux ou de nous ! Il va falloir mieux répartir les richesses, mieux associer le peuple à la croissance, pousser à accroître le salaire minimum, dans ces hôtels tenus par des « blancs » notamment, qui à l’image de celui que j’ai fréquenté, avaient du mal à laisser leurs employés prendre 1 journée en 3 semaines pour 150 euros par mois. Des vieux « colons » aux habitudes bien mal ancrées, une honte pour la France. Mais souvent leurs alter-ego nationaux, sont encore plus durs. Mais tout bouge dans le bon sens, et chacun, partant de plus bas, sait que ce qui monte d’un centimètre accroît la taille de l’ensemble, là où nous pensons qu’il est préférable de mettre tout le monde à la même hauteur, de force, que de laisser la liberté s’exprimer. 

J’y ai même rencontré des acharnés de la FrenchTech, « au taquet » afin de donner du lustre aux start-up locales, en coopération avec leurs équivalents français, et ainsi faire du numérique un atout supplémentaire pour la croissance et la collaboration bilatérale.

Je me suis senti plus Africain que Français cette semaine, sauf le temps de ces visites des Français de la nouvelle génération, la direction de Carrefour ou du Sofitel Ivoire, pour qui la qualité de service se paie, par la formation, la récompense, le salaire et la promotion. Des messages simples qui atteindront peut-être nos têtes chauves et technocratiques un jour prochain. De gré ou de force.

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