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Pour le PS, ce ne sera pas un raz-de-marée, mais une victoire assurée...
Pour le PS, ce ne sera pas un raz-de-marée, mais une victoire assurée...
©Reuters

Elections

Les législatives ont-elles encore un sens avec ce calendrier électoral ?

Si le scrutin du premier tour des législatives témoigne de la volonté des Français de donner à François Hollande les moyens de gouverner, il se calque également en grande partie sur la présidentielle, un mimétisme préoccupant pour la démocratie.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Ce n’est pas la Constitution qui fixe le calendrier électoral, mais la durée des mandats. C’est en raison de la mort de Georges Pompidou (en avril 1974), que le scrutin présidentiel se déroule en avril-mai ; et c’est le phénomène cumulé de la dissolution de 1997, de l’instauration du quinquennat et de l’inversion du calendrier qui fait coïncider présidentielle et législatives, ces dernières devant naturellement découler de la première.

C’est ainsi depuis 2002, et la droite a remporté les législatives après la réélection de Jacques Chirac et l’élection de Nicolas Sarkozy. La preuve que les Français sont légitimistes et ne veulent pas priver leur Président des moyens de gouverner (lorsqu’il ne bouscule pas le calendrier). Sans majorité de gauche à l’Assemblée, François Hollande ne pourrait pas "conduire le changement" qu’il a promis aux Français. Moins de deux mois après l’élection de leur nouveau Président, les Français n’entendent pas le priver des moyens de gouverner, et ils n’ont, à ce jour, aucun motif pour le sanctionner, puisque le gouvernement a déjà pris des mesures populaires (retour de la retraite à 60 ans pour les carrières longues, augmentation de l’allocation de rentrée scolaire), mais coûteuses !

Il y a pourtant un hic ! En semblant découler tout simplement de la présidentielle, les législatives ressemblent de plus en plus à un calque de la présidentielle. Ainsi, à l’instar du score de Nicolas Sarkozy , ce n’est pas une défaite en rase campagne pour l’UMP, mais on croira difficilement Jean-François Copé ou Alain Juppé lorsqu’ils déclarent que "tout est encore possible".

Pour l’heure, le parti de Nicolas Sarkozy doit surtout résoudre l’épineuse question de son attitude face au Front national, dans les circonscriptions (une vingtaine), où ses candidats ont été éliminés au profit de ceux du Front national, ou dans celles où ses candidats sont devancés par le candidat socialiste, avec un score élevé pour  le front National . Hier soir, l’ancienne ministre Nadine Morano a lancé un appel aux électeurs du Front, en insistant sur "les valeurs communes" que les deux partis défendent. Sera-t-elle entendue par Marine Le Pen qui avait déclaré qu’elle soutiendrait les candidats UMP ou socialistes, en fonction de leurs "valeurs humaines" ? Si l’UMP résiste dans l’ensemble, elle est sérieusement affaiblie dans le Sud, où ses candidats (sortants ou nouveaux) sont, soit  devancés par ceux du FN et se retrouvent en triangulaires, soit tout simplement hors course. Et Marine Le Pen, tout comme Gilbert Collard dans le Var, ont de fortes chances d’être élus députés dimanche prochain. Jean-Luc Mélenchon a en effet été sévèrement battu par la  présidente du Front National.

Pour le PS, ce ne sera pas un raz-de-marée, mais une victoire assurée. L’ampleur de la victoire dépendra une nouvelle fois de la mobilisation des électeurs. Mais d’ores et déjà, on a pu constater le réflexe légitimiste des électeurs. Les ministres ont, quant à eux, bénéficié d’une prime. Cinq d’entre eux, dont Jean-Marc Ayrault, sont élus au premier tour. Dans la Sarthe où le ministre de l’Agriculture brigue la succession de François Fillon dans une circonscription où l’ancien Premier ministre était constamment réélu depuis 1981, Stéphane Le Foll obtient plus de 45% des voix. Score analogue en Moselle où la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, part à la conquête d’une nouvelle circonscription. Sur les 24 ministres candidats, une seule est en position délicate : à Marseille, Marie-Arlette Carlotti ne devance que de deux points le sortant Renaud Muselier, dans un contexte de bataille droite-gauche, mais aussi de combat interne au PS , entre pro et anti-Guérini ! Autrement dit, le gouvernement  remanié au lendemain des législatives ressemblera fort au gouvernement Ayrault 1, car il y aura peu de battus. Et Cécile Duflot peut se frotter les mains ; si elle est assurée de son élection à Paris, les Verts ne font pas la percée attendue en dépit du généreux accord signé avec le PS. Car pour les Ecologistes aussi, le score se calque sur celui de la présidentielle.

Après ces législatives, c’en sera  en principe fini des scrutins nationaux pour cinq ans. Le mécontentement, et il y en aura, ne pourra s’exprimer qu’à travers des scrutins locaux. Ce n’est pas sain pour la démocratie. Cela n’a évidemment pas échappé à François Hollande, qui, tout en ne voulant pas se mêler de la bataille, constate que la proximité des deux scrutins ne permet plus aux législatives de remplir leur véritable rôle, élire la majorité qui gouverne le pays. Le président de la République a fait savoir par son entourage qu’il allait lancer une réflexion sur les institutions et notamment sur le calendrier électoral. De toute évidence, il faudrait déconnecter présidentielle et législatives, quitte à banaliser la cohabitation. Une petite révolution en perspective !

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