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Les grandes entreprises sont de plus en plus indifférentes aux bouleversement politiques
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Stoïques

Les grandes entreprises sont de plus en plus indifférentes aux bouleversement politiques

Quelle semaine, Trump au pouvoir, Theresa aux abris et Valls qui étouffe. Pendant ce temps là les affaires continuent.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La semaine passée a encore été surréaliste. D’abord parce que Donald Trump s’est installé au pouvoir à la Maison Blanche après avoir bombardé Berlin et l’Europe, Theresa May nous a annoncé qu’elle allait fermer le tunnel sous la manche et supprimer la libre circulation des hommes. Alors que pendant ce temps-là, le président chinois nous a administré une leçon de mondialisation heureuse et fertile, surtout pour la Chine.

Ensuite parce qu’en France et à 24 heures du vote du premier tour de la primaire à gauche, Manuel Valls paraît de plus en plus en mauvaise posture ce qui annonce mal pour lui les résultats du deuxième tour. Les paris vont bon train, mais on le voit mal, sortir gagnant de cette primaire.

Enfin parce qu’en dépit des incertitudes sur la mondialisation (merci M.Trump), malgré les risques d’une guerre des changes, malgré des taux d’intérêt qui remontent, le monde des affaires poursuit ses travaux et ses projets comme si de rien n’était.

Alors bien sur, la croissance mondiale n’est pas garantie, le Brexit a déjà ébranlé quelques établissements bancaires, mais les entreprises internationales n’ont jamais ete aussi entreprenantes que ces derniers mois. Dans la semaine, on a appris deux opérations de taille mondiale. Le mariage entre Essilor, un Français champion du monde du verre correctif, et Luxottica, un italien champion du monde de la monture de marque, les Ray Ban notamment. Passons sur les dizaines d’Opa, lancées aux Etats-Unis ou ailleurs et qui consolident peu à peu les secteurs de l'économie.

Sur le papier, les mariages d’entreprises sont toujours impressionnants, les chiffres s’allongent, les effectifs s’empilent, les organisations managériales s’efforcent de dégager des synergies et beaucoup sont contents surtout quand les petits drapeaux tricolores s’agitent derrière les négociateurs, alors que le sentiment national n’a que peu de chose à voir avec une concentration. La bourse explose ou s’effondre, les syndicats s’inquiètent parce que qu’on le veuille ou nom, un mariage entre mastodontes est souvent porteur de casse sociale. Alors ça ne marche pas toujours, on connaît beaucoup de mariage qui ont échoué très rapidement.

Les mariages d’entreprise répondent à des contraintes incontournables.

Dans la concurrence mondiale, il faut nécessairement être gros, parce que la taille permet d’accéder à des marchés compliqués, permet aussi d’avoir un pouvoir de négociation beaucoup plus fort vis à vis de la distribution ou des fournisseurs.

La révolution digitale a rendu dépendantes beaucoup d’entreprises des fournisseurs de logiciels de connectique. Et parmi les acteurs du digital, deux grosses dominent le monde, Facebook et Google. Dans l’industrie automobile qui opère une mue spectaculaire et rapide vers la connectique, un industriel comme Carlos Ghosn, le PDG de Renault Nissan, estime qu’un constructeur doit désormais produire 10 millions de véhicules par an pour affronter Google qui fournit les packs électroniques.

La taille c’est aussi l’assurance d’une recherche performante et d’une plus grande compétitivité, c’est aussi une création de richesse mieux sécurisée pour les actionnaires. Les milieux financiers ne freinent pas les projets de mariage. Maintenant, il faut que ça marche, que ce mariage a une vraie logique, autre que la logique financière ; Il faut que ça marche dans le mariage des valeurs et des hommes. Pas facile.

Le mariage entre Safran et Zodiac a toutes les chances de durer. Les entreprises se sont préparées pendant six ans avant de conclure et leurs productions peuvent déjà se conjuguer très utilement.
Le rapprochement entre Essilor et Luxottica, sera peut-être plus problématique. Deux entreprise de tailles identiques, l’une fabrique des verres, l’autre des montures, on peut y trouver des raisons fortes. En réalité, il n’y avait aucune obligation à réunir les deux modèles. D’autant qu’elles sont de taille et de dimensions équivalentes, ce qui signifie qu’il faudra bien un chef et un seul.

Les questions de pouvoir sont parfois problématique. Les rapprochements de deux cultures très marquées le sont aussi. Il n‘est pas sûr que l’Italie profonde qui supporte déjà mal, l’incursion des groupes de luxe français, accueille avec enthousiasme l’arrivée de français dans les papiers d’un des plus grands lunettiers du monde et qui plus, est un fabriquant de montures de luxe.

Ce qui est de plus frappant c’est que le monde des affaires poursuit sa propre logique. Ce monde là ne croît pas aux risques protectionnistes, il ne croit pas que le pays ait une spécificité, une identité et une culture très particulière sauf sauf à des fins de marketing. Donc à des fins de business.

Pour le monde des affaires, ni Donald Trump, ni Theresa May bouleverseront les mécanismes de la mondialisation, pour une raison très simple, c’est que les peuples en ont besoin. Quoi qu on dise ? quoi qu’on fasse ? Tout se passe comme si le monde des grandes entreprises était complètement indifférent aux mutations politiques pourvu qu’elles travaillent pour leurs clients, leurs salariés et leurs actionnaires 

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