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©PABLO PORCIUNCULA / AFP

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Les émissions de méthane dans le monde ont grimpé en flèche cette année malgré le ralentissement économique (et voilà qui sont les mauvais élèves)

Les émissions de méthane ont augmenté cette année de près d'un tiers, malgré la pandémie. La faute aux pays producteurs qui le rejettent dans la nature, pour des raisons de coûts.

Antoine Rostand

Antoine Rostand

Antoine Rostand est le président et cofondateur de Kayrros, une entreprise spécialisée dans l'analyse de données. Il est aussi le fondateur de Schlumberger Business Consulting. 

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A l’occasion des fêtes de cette fin d’année, Atlantico republie certains des meilleurs articles de 2020

Atlantico.fr : Les émissions de méthane ont augmenté cette année malgré la pandémie et le ralentissement économique. Quelle est la mesure de cette augmentation et comment s'explique-t-elle ?

Antoine Rostand : La technologie que nous utilisons est une technologie par satellite qui permet de détecter les grandes fuites de méthane. C’est une technologie récente car ce satellite, Sentinelle 5-P, a été envoyé il y a deux ans et les images existent depuis maintenant environ un an. L’année dernière, nous avons identifié toutes les grandes concentrations de méthane visibles à partir de ce satellite. Nous avons analysé tout 2019. En 2020, on a fait de l’analyse de janvier à fin août pour comparer quel était l’impact du Covid. On pensait qu’il n’y aurait pas forcément de changements majeurs ou qu'on verrait une petite baisse. Nous avons été très surpris de voir une augmentation assez importante des grandes fuites de méthane, notamment en Algérie, au Turkménistan, en Russie. Une augmentation de presque 30% des grandes détections, ce qui est quand même très significatif.

La raison principale c’est vraiment une réduction des coûts : c’est moins cher de relâcher le méthane plutôt que de le contrôler ou de le brûler (avec du flaring, du torchage). Donc dans un environnement du prix du baril qui était faible, un certain nombre de sociétés ont décidé de réduire les coûts. Il n’y a pas de problème de sécurité, ce sont des fuites qu’on voit sur les installations pétrolières, pas en ville, mais normalement elles ne devraient pas exister. Si vous brûlez le méthane, il est 86 fois moins polluant que si vous le lâchez comme ça. Comme jusqu’à présent personne ne pouvait contrôler les fuites de méthane - ce n’est que grâce à notre technologie qu’on peut le faire -, c’était le principe du pas vu pas pris. Il y a beaucoup moins de méthane qui est émis que de Co2 mais le méthane est beaucoup plus réchauffant : presque 100 fois plus à volume égal. Ce qui fait que presque la moitié du réchauffement qu’on voit aujourd’hui est dû au méthane. Et personne n’en parlait car jusqu’à présent on ne pouvait pas le suivre. C’est vraiment une étape fondamentale dans la lutte contre le réchauffement climatique parce qu’il y avait la moitié du problème qui n’était pas traité.

Y-a-t-il des bons et des mauvais élèves et qui sont-ils ? 

Le meilleur élève est l’Arabie Saoudite, qui n’a quasiment aucune grosse fuite de méthane. Pourtant c’est un très gros producteur. Dans la mesure où ils récupèrent tous leurs gaz, il n’y a quasiment pas de grosses fuites en Arabie Saoudite. Et les endroits où il y a de plus de méthane sont d'abord le Turkménistan, qui est de loin le plus pollueur par unité d’énergie produite, ensuite les Etats-Unis, l’Iran, l’Irak, l’Algérie et la Russie, qui est un gros producteur de gaz et qui a toujours des fuites.

A partir de vos observations, quelles sont les solutions pour réduire ces émissions ? Dispose-t-on des moyens techniques pour le faire ? 

On a tout à fait les moyens technologiques pour le faire car les grosses fuites sont liées à des décisions opérationnelles ou de maintenance sous-optimale par rapport au méthane. Il est très rapide d’éliminer ces grosses fuites-là qui ne devraient pas exister. Il peut y avoir des accidents de temps en temps, mais il devrait y en avoir quelques un par an alors que là on en voit des dizaines par jour. Donc là, ce qui est important c’est que l’Union européenne oblige les producteurs qui vont exporter leur gaz en Europe à s’assurer qu’ils n’aient plus de grosses fuites de méthane. C’est la décision qui a été prise mercredi 14 octobre. C’est une première étape, il faut qu’elle soit mise en place. Je pense aussi que les consommateurs doivent demander à leur fournisseur d’énergie d’où vient le gaz et est-ce que c’est un gaz qui peut être certifié sans fuite importante de méthane. Ensuite, il faut des capteurs au sol pour les petites fuites. Mais, déjà, l’intérêt du satellite c’est que nous n’avons pas besoin de demander la permission aux opérateurs : on voit tout ce qui se passe dans le monde. On a accès à une information globale, quotidienne, précise et ça change la donne. Le rapport de force revient aux consommateurs, aux pays consommateurs, qui peuvent dire « je veux imposer que l’énergie que j’importe soit propre ». C’est ce que veut faire la Commission, c’est complètement aligné avec leur Green Deal.

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