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Les courants qui nous mènent droit à la déflation se font de plus en plus forts
©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Impact de la pandémie

Les courants qui nous mènent droit à la déflation se font de plus en plus forts

Au regard des tendances structurelles, les économies occidentales sont entraînées vers la déflation. La pandémie de la Covid-19 met-elle en avant le phénomène déflationniste ou le renforce-t-elle ?

François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Associé d'Initiative & Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique, à la fois en capital et sur le plan opérationnel. Il vient de publier La crise de l'abondance aux Editions de l'Observatoire. Il y interroge l'invraisemblable paradoxe d'une société plus riche que jamais mais traversée de crises majeures. Après avoir décrit le mécanisme d'innovation et de baisse permanente des prix qui nous donne accès à l'abondance, il propose des solutions concrètes pour maîtriser cette abondance. Son premier essai, Microcapitalisme (PUF, 2017, collection Génération Libre) a obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a enfin publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico.fr : Quelles sont les tendances structurelles qui entraînent les économies occidentales dans la déflation ?

François-Xavier Oliveau : La tendance structurelle qui entraîne la déflation est la même depuis deux siècles : nous produisons toujours plus et moins cher, et notamment toujours plus que ce la demande peut absorber. Les prix sont donc en permanence soumis à une pression baissière, comme le savent très bien la plupart de ceux qui travaillent en entreprise. Schumpeter et Fourastié l’ont montré : le progrès technique et l’innovation poussent les prix à la baisse. Nous l’oublions, car nous créons chaque année 5 à 8% de monnaie supplémentaire qui recréent de l’inflation. Mais l’inflation est bien, suivant l’expression de Friedman, un phénomène purement monétaire produit par cette création d’argent. Hors création monétaire, les prix baissent.

Le coronavirus met-il simplement en avant le phénomène déflationniste, ou le renforce-t-il ? Et en ce cas quels en sont les facteurs ?

Les tendances déflationnistes s’accélèrent avec la révolution numérique. Les prix des produits et services technologiques s’effondrent, et l’accélération du digital dans tous les domaines ne fait que renforcer la tendance. La crise de la Covid-19 accentue ces pressions déflationnistes pour trois raisons : la baisse de la demande de nombreux produits et services, notamment dans le tourisme, les loisirs, le transport et l’énergie ; l’accélération de la numérisation de l‘économie – distanciel, paiements, automatisation des processus ; enfin la baisse du pouvoir d’achat des plus modestes liée en particulier aux vagues de réductions d’effectifs qui s’annoncent et donc la baisse attendue de la consommation.

Les tendances déflationnistes, déjà très fortes, vont donc se renforcer. L’injection massive de monnaie des banques centrales n’est plus suffisante pour les compenser : les prix sont en baisse sur douze mois en Europe, et ne sont qu’en fragile hausse aux Etats-Unis. La monnaie-dette créée par les politiques des banques centrales va surtout faire monter le prix des actifs, actions ou immobilier, creusant encore les inégalités.

Est-il encore possible de sortir de cette mécanique ? Par quels biais ?

Les banques centrales n’ont apparemment pas encore saisi l’ampleur de l’impact de la technologie sur les prix, et c’est en partie ce qui explique leur échec depuis dix ans. La BCE, par exemple, n’a pas atteint son objectif d’inflation (hors matières premières et énergie) depuis 2009 et se trompe systématiquement dans ses prévisions en surestimant l’inflation. Elle ne semble pas non plus avoir saisi l’ampleur de la vague déflationniste qui s’annonce. Attendons-nous à ce qu’elle soit encore surprise dans les mois qui viennent par une inflation « plus basse que prévu. » Les outils de la BCE sont à bout, avec des taux d’intérêts négatifs qui ne peuvent plus baisser sans mettre en grand danger le système bancaire.

Le meilleur moyen de sortir de cette mécanique est d’injecter directement de la monnaie dans l’économie par des distributions directes aux ménages, sans conditions et sans exigence de remboursement. Ce serait un outil extrêmement efficace permettant de soutenir la consommation et le niveau des prix. Un dispositif proche, les « stimulus chèque », a aidé les Etats-Unis à maintenir un niveau positif d’inflation. Plus de 40% des montants distribués ont été dépensés, le reste servant à désendetter les ménages. Le chiffre est déjà nettement meilleur que le rendement des politiques traditionnelles de création monétaire par la dette, surtout si l’on considère que ces paiements ont été reçus pendant le confinement. Il peut encore être amélioré par une meilleure calibration du dispositif.

L’idée est d’aller encore plus loin, en créant cette monnaie sans créance associée, en injectant des quantités plus basses mais plus fréquemment, sur une base mensuelle, en renouvelant sans hésiter l’injection tant que l’inflation n’est pas revenue à un niveau satisfaisant. Beaucoup plus égalitaire que les politiques actuelles, le dispositif soutiendrait bien mieux les plus modestes et réduirait les risques d’explosion sociale. Sur le plan économique, il permettrait aussi un retour progressif des taux en territoire positifs, renforçant ainsi la solidité du système bancaire, un élément essentiel. Il est urgent que la BCE s’intéresse sérieusement au sujet, ce qu’elle risque de toutes façons de devoir faire compte-tenu de l’épuisement total de ses outils actuels.

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