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Les Arvernes : "Pourquoi nous ne soutiendrons personne au second tour"
©AFP

Second tour

Les Arvernes : "Pourquoi nous ne soutiendrons personne au second tour"

Pour le groupe Les Arvernes, le premier tour de la présidentielle indique clairement que notre pays est malade. Le groupe décide de ne soutenir personne pour le second tour.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Quel regard portez-vous sur le premier tour de la présidentielle ?

D’abord de la déception. Nous pensions, et nous pensons toujours, que la France a besoin d’une rupture profonde avec les années Hollande, et plus largement avec trente années d’immobilisme larvé. Ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne sont à la hauteur de l’enjeu.

Ensuite de la colère. Cette défaite aurait pu être évitée. Une fois encore, la « droite la plus bête » du monde a été à la hauteur de sa légende.
Ensuite, de l’inquiétude. Car si nous avons évité la situation tragique d’un deuxième tour Melenchon-Le Pen, tout indique que notre pays est profondément malade.

Qui est responsable selon vous ?

Observons d’abord que l’irresponsabilité est l’une des marques de fabrique de notre système politique, où l’on « rentre en politique » pour faire carrière, et où l’on accumule les défaites sans en tirer de conséquences sur soi même. C’est une profonde perversion de notre démocratie, où les hommes et femmes politiques ont trop tendance à se servir plutôt qu’à servir.

Le premier responsable est François Fillon. Nous l’avons soutenu loyalement, par fidélité à notre famille politique, et nous l’assumons, contrairement à beaucoup d’autres, pressés de trouver une place en macronie. Fragilisé par les affaires – dont personne n’est dupe quand à l’utilisation opportune par une gauche qui sait faire de la politique – il a pris le risque considérable de faire perdre son camp. Il aurait, selon nous, dû se retirer.

Mais nous n’oublions pas les barons de la Droite, peu pressés de le soutenir.

Enfin, l’histoire retiendra selon nous la façon dont la bien-pensance et la presse, nationale et internationale, aura tout fait pour organiser le match final Macron-Le Pen.

Que pensez vous de la percée de Jean Luc Melenchon ?

Elle ne nous a pas surpris, sauf dans son ampleur.
Pas surpris car, incontestablement, l’homme est éloquent, et il a fait une bonne campagne. Pas surpris, surtout, car elle montre qu’une gauche marxisante, démagogue, reste profondément inscrite dans notre histoire politique. A cet égard, le recul du parti socialiste est un épiphénomène. L’important est la capacité de la gauche, malgré ses échecs successifs au pouvoir, malgré la droitisation du monde, malgré une construction européenne largement de droite en ce qu’elle postule l’économie de marché, à maintenir un socle inentamé. Au fond la phrase de Charles Péguy « nous ne dirons jamais à quelles lâchetés les français se sont laissés aller de peur de ne pas paraître suffisamment à gauche » reste profondément moderne.

Qui soutiendrez vous au second tour ?

Un soir d’élection générale des années 1980, Alain Juppé lançait à Edith Cresson – laquelle s’en était scandalisée, que choisir entre le socialisme et le front national, c’était comme choisir entre la peste et le choléra. Nous avons suffisamment critiqué Alain Juppé, y compris dans vos colonnes, pour reconnaître parfois qu’il a entièrement raison.

Nous ne soutiendrons donc personne.

Pas Emmanuel Macron, car il n’est qu’un avatar de François Hollande, le dernier effort de la caste des bien pensants pour conserver son pouvoir. Son élection probable est une étape de plus vers la destruction de la Vem République.

Pas Marine Le Pen, car si, comme le disait Laurent Fabius, elle pose souvent de bonnes questions, son amateurisme global et le choix d’un programme économique chevènementiste inspiré par Florian Philippot nous conduiraient au désastre.
En un mot comme un mille, chacun le comprend, la France s’apprêter à donner un pouvoir exorbitant en démocratie à un homme ou une femme incapable d’être à la hauteur de la fonction qu’il ou elle prétend exercer.

Quel regard portez-vous sur les législatives ?

Un regard très simple. La droite peut et doit gagner la législative, et elle gouvernera.

Elle peut la gagner car nous ne croyons pas qu’En Marche obtiendra une majorité. Selon nous, la bulle Emmanuel Macron a commencé à se dégonfler il y a quelques semaines, quand beaucoup de gens, y compris la presse qui l’a tant soutenu, a commencé à prendre conscience de la profondeur de sa vacuité et de l’épaisseur de ses contradictions. Le paradoxe apparent est que la bulle aura éclaté quelques semaines trop tard, et qu’il sera parvenu à se faire élire avant. En tous cas il n’aura aucun état de grâce.

Elle doit la gagner car la France est un pays à droite, qui a besoin, nous l’avons assez dit, d’une politique de centre droit puissamment réformatrice. C’est le seul moyen pour sortir du déclin français et échapper à la déliquescence en marche de l’Europe.

Elle gouvernera car en cohabitation, compte tenu de l’hybridité de nos institutions, c’est la majorité qui gouverne. Entre 1997 et 2002, c’est bien Lionel Jospin qui a gouverné la France avec une majorité de gauche. Il ne tient qu’au peuple français de le vouloir.

Qu’attendez vous de la droite ?

Il faut distinguer le court et le moyen- long termes.
A court terme, elle doit se rassembler, et mener la bataille des législatives.

A moyen terme, elle doit comprendre que l’alliance avec le macronisme est un piège mortel. Mortel pour elle, car nous sommes convaincus, hélas, qu’Emmanuel Macron échouera. Mortel pour le pays, plus fondamentalement, car ce que l’histoire nous apprend, c’est que quand l’alliance des centres a échoué, la seule alternative est l’extrémisme.

En un mot comme en mille, s’allier de quelque manière que ce soit avec Emmanuel Macron, c’est créer les conditions de l’arrivée inéluctable de l’extrémisme. C’est la raison fondamentale pour laquelle nous ne soutenons pas Emmanuel Macron pour le second tour. La nouveauté, c’est que jusqu’à il y a peu, cet extrémisme était de droite. Mais Jean Luc Mélenchon nous a bien montré qu’un autre extrémisme, de gauche, était à nos portes…

La position à tenir nous semble avoir été bien résumée par François Baroin lorsque celui s’est déclaré prêt à gouverner sur un programme de droite, sans s’allier avec Emmanuel Macron.

A long terme, nous attendons de la droite qu’elle fasse ce qu’elle a été incapable de faire : un profond travail de renouvellement des personnes et des idées !

Plus largement, comme voyez vous le quinquennat qui s’annonce ?

Dans l’hypothèse où Emmanuel Macron l’emporterait, il y a deux hypothèses structurantes.

Emmanuel Macron obtient une majorité de circonstance, qui échouera à la première réforme importante, c’est à dire au bout de quelques mois. Attention à la réaction des français, auxquels il a tant promis, mais aussi des marchés financiers. Notre analyse est que là où François Hollande a mis 3 ans pour descendre à 15%, Emmanuel Macron mettrait lui 6 mois. Sans compter les effets désastreux sur la construction européenne, où là encore, les élites européennes, anglo saxonnes et allemandes ont brillé par leur cécité, ne comprenant pas que la seule voie était celle de la réforme profonde, incarnée par F.Fillon.

Emmanuel Macron est contraint à une cohabitation. Elle serait extrêmement dure car on imagine mal la droite, aux prises avec les difficultés d’un pays dans un état aussi désastreux, cerné par des extrêmes renforcés, devoir en plus supporter les coups de poignard permanents d’un président campé sur le domaine réservé et soucieux avant tout de fragiliser ses opposants gouvernementaux, dans l’optique d’une dissolution toujours imminente.

Vous parlez des élites. Que pensez vous du clivage élites- peuple ?

C’est une contre-vérité manifeste sur laquelle nous nous exprimerons. Qu’il s’agisse de Trump, du Brexit ou de la France, toute la bien pensance se rassure en claironnant que le vote dit populiste est un vote d’imbéciles. C’est totalement faux. Quantités d’universitaires, hauts fonctionnaires, chefs d’entreprises, chercheurs, s’apprêtent à voter Marine Le Pen ou ont voté Jean Luc Melenchon, après que leurs homologues britanniques ou américains ont soutenu le Brexit ou Donald Trump.

L’anonymat derrière lequel vous vous abritez n’est-il pas une facilité, alors que les Gracques, dont vous dites êtes le miroir à droite, sont connus ? Qui êtes vous et combien êtes vous vraiment ?

Nous sommes quelques dizaines de hauts fonctionnaires, chefs d’entreprises, universitaires. Nous nous étendons.
En ce qui concerne l’anonymat, nous comprenons la critique. C’est cependant une nécessité. Contrairement aux Gracques que vous mentionnez, dont Emmanuel Macron est un des représentants, nous ne sommes pas le cartel qui tient la France depuis 30 ans. Nous sommes leur exact opposé. Nous ne bénéficions pas de la puissance de l’Etat et des grands corps (Jean Pierre Jouyet est l’un des chefs de Gracques). Du soutien des grands intérêts financiers (dont la banque Rotschild, puisqu’au moins un de ses associés gérants est l’un aussi à la tête des Gracques).


Cela dit, compte tenu de la recomposition inéluctable de la droite, certains d’entre nous réfléchissent à présenter une motion au futur congrès de refondation.

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