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Le web nous rend-il fous comme
le prétendent certaines études scientifiques ?
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Cyberdépendance

Le web nous rend-il fous comme le prétendent certaines études scientifiques ?

Nous passons toujours plus de temps sur Internet, et cette habitude n'est pas sans effets néfastes. Selon une étude récente, le web nous enfoncerait dans la solitude et la dépression. Troubles du sommeil, crises de folie, sexualité débridée des ados... jusqu’où la Toile peut-elle nous mener ?

Nous passons toujours plus de temps sur Internet. Selon la dernière étude en date, le web nous enfoncerait dans la solitude et la dépression. Avec l'accord des sujets, l'Université d'Etat du Missouri a suivi à la trace les habitudes numériques de 216 enfants, dont 30% ont montré des signes de dépression. Les résultats, publiés le mois dernier, ont montré que les enfants déprimés étaient aussi les plus grands utilisateurs d'Internet, passant plus d'heures sur leur boite mail, à chatter, à jouer aux jeux vidéos et à partager des fichiers. Ils étaient aussi ceux qui ont tendance à ouvrir et fermer les fenêtres le plus souvent. Sans doute cherchent-ils quelque chose et ne trouvent-ils pas ce qu'ils attendent.

A l'image de Doug, étudiant à l'Université de Midwestern interrogé par la psychologie Sherry Turkle, ils entretiennent plusieurs avatars, et gardent ouverts chaque monde virtuel sur leur ordinateur dans des fenêtres séparées, en même temps que leurs devoirs, leurs e-mails... L'étudiant a ainsi déclaré que sa vie n'est "qu'une fenêtre de plus", et "généralement pas la meilleure".

Un constat alarmant qui a poussé le journaliste Tony Dokoupil a tourner une vidéo pédagogique réunissant des conseils pour éviter de tomber dans la cyberaddiction.

Le site My Mind Matters livre également ses conseils. D'une part, pour reconnaître si l'on est atteint de dépendance au web, le site identifie certains signes qui ne trompent pas, comme le fait de délaisser d'autres aspects de sa vie professionnelle ou affective, ou encore le fait d'être anxieux à l'idée de ne pas pouvoir se connecter. Et d'autre part, le site donne des idées pour tenter d'y remédier : se fixer des limites précises, se distraire, s'occuper autrement...

L'auteur de nouvelles fantastiques et journaliste anglais Will Self s'interroge sur YouTube : "Internet n'est-il pas psychotique de façon inhérente ?"



 

Rappelons que les dérives d'Internet ont inspiré à Nico Muhly un opéra : Two Boys.

En 2010 déjà, 92% des internautes français surfaient tous les jours sur Internet. Ils arrivaient en tête du classement de TNS Sofres parmi 46 pays sur 5 continents. 60% des internautes français se connectent tous les jours pour accéder à leur messagerie et 13% seulement pour accéder à leur réseau social contre 46% pour l'ensemble des pays. 12% des internautes français surfent tous les jours sur des sites d'e-commerce. Ces statistiques ont augmenté en 2011, selon l'Insee.

Or, ces usages excessifs peuvent être très néfastes. L'obsession du surf à usage personnel peut par exemple empiéter sur le temps de travail au bureau, comme le montre la toute récente étude Olfeo. Déjà en 2006, une étude mettait en évidence les effets nocifs du web pour la vie sociale

Mais ce n'est pas tout. Les effets néfastes de la cyberaddiction sont légion. Les écrans perturbent par exemple le sommeil des adolescentsDes effets indésirables qui inquiètent la Chine et les Etats-Unis, qui ont mis en place des mesures fortes pour lutter contre les excès de fréquentation du web. De son coté, la Corée du Sud, est allée jusqu'à créer un camp de redressement pour jeunes cyber-addicts.

Près de 43% des 11-13 ans et 68% des 15-17 ans ont déjà accédé à des contenus choquants sur Internet, selon une étude du CSA avec TNT-Sofres dévoilée par Le Parisien. Des chiffres qui ne surprennent pas le sociologue Michel Fize, plutôt "étonné que ça puisse encore surprendre quiconque."

Les enfants ne sont pas épargnés. Certains parents craignent que "les réseaux sociaux distraient les enfants du monde réel". Plutôt que de surfer, "ils doivent sortir dehors et jouer". Selon un rapport Pew de 2011, 95% des jeunes entre 12 et 17 ont accès à Internet. Parmi eux, 70% vont en ligne tous les jours et 46% se connectent plusieurs fois par jour. Janet Sternberg, professeur en communication et médias à l'Université de Fordham, explique que le temps passé en ligne est dangereux et que les parents ont leur part de responsabilité : ils doivent changer les habitudes de leurs enfants.

Car les enfants qui passent tout le temps sur internet en passent moins dans les interactions sociales avec leurs pairs. Ce manque de relations sociales à des conséquences cognitives : cela affecte leurs compétences en matière de communication et leur aptitude à mener des conversations, mais aussi leur capacité à comprendre les émotions d'autrui, aussi appelée "théorie de l'esprit". Pour couronner le tout, ils souffrent physiquement, par exemple de problèmes de vision.

Le web peut aussi débrider les pulsions les plus folles. Certains exemples célèbres sont particulièrement frappants. La vie de Jason Russell a basculée après avoir lancé la vidéo la plus virale de l'histoire d'internet, Kony 2012. Avant, le fondateur du collectif Invisible Children était un internaute sans conviction. 

Son compte You Tube était mort, et ses pages Facebook et Twitter un nid de photos d'enfant. Le web n'était pas fait pour "stocker les preuves d'amour des gens à votre égard", pensait-il. Lorsqu'il s'est senti devenir "un génie, un addict, un mégalomane", il s'est déconnecté pendant des jours, suivant la maxime de l'humoriste Andy Borowitz qu'il a écrite sur Twitter : "C'est important d'éteindre nos ordinateurs et de faire des choses dans le monde réel", explique le Daily Beast. 

Mais Russell a perdu tout contrôle sur son temps en ligne en mars dernier. C'est alors qu'il a eu le malheur de transférer un lien vers "Kony 2012", son web documentaire très personnel sur le chef militaire africain Joseph Kony. Son idée : utiliser les médias sociaux pour rendre Kony célèbre, et ainsi faire un premier pas pour tenter de mettre fin à ses crimes. Et la manœuvre a porté ses fruits : le film s'est répandu à grande vitesse dans le cyberespace, atteignant plus de 70 millions de vues en moins d'une semaine.

Mais dans le même temps, quelque chose a changé chez Russell. Les mêmes outils numériques qui l'aidaient dans sa mission semblaient malmener son psychisme. Il était devenu plus exposé que jamais aux éloges, mais aussi aux critiques. Il a dormi deux heures dans les quatre premiers jours, bombardant Twitter de mises à jour étranges, passant l'essentiel de son temps en ligne. Au point de finir par comparer sa vie hallucinante et irréelle au film Inception : "un rêve dans un rêve".

Le huitième jour de son étrange vortex fut le jour de trop. Il a envoyé un dernier tweet, une citation de Martin Luther King Jr : "Si vous ne pouvez voler, alors courrez, si vous ne pouvez courir, alors marchez, si vous ne pouvez marcher, rampez, mais quoi qu'il arrive, vous devez continuer à aller de l'avant", avant de décider de revenir au monde réel.

Il a ôté ses vêtements, puis s'est rendu à un carrefour très fréquenté près de sa maison à San Diego, où il s'est mis a frapper le béton avec ses paumes et à maugréer à propos du diable... et à se masturber. Un épisode qui, lui aussi, est devenu une vidéo virale.


Russell était pourtant décrit comme un bon chrétien et père de deux enfants, marié à une femme qu’il appelle sa "meilleure amie depuis plus de 23 ans"...

Arrêté par la police, le fondateur de Invisible Children a ensuite expliqué qu'il souffrait d'épuisement, de déshydratation et de malnutrition à la suite d'une campagne intense de relations publiques... Mais c'était bien une crise de folie. L'épisode a été diagnostiqué comme une "psychose réactive", une sorte de folie temporaire. Un phénomène fréquent selon les médecins, qui expliquent cette bouffée délirante à son comportement de cyberaddict, et sa transition soudaine du statut d'anonyme à celui de star mondiale. Plus de quatre mois plus tard, Jason est sorti de l’hôpital mais reste en convalescence. En attendant, lui et sa femme se sont mis à la diète des réseaux sociaux.

Mais le tableau n'est pas uniquement noir. Internet peut aussi avoir des effets bénéfiques sur la santé mentale, en facilitant l'accès à l'information pour les patients. C'était le thème d'une conférence de 2009. Quant à la vie sociale, certaines études prétendent que le Net pourrait l'améliorer...

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