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L’énergie éolienne en France est gérée via un mécanisme particulier : les tarifs d’achats obligatoires.
L’énergie éolienne en France est gérée via un mécanisme particulier : les tarifs d’achats obligatoires.
©Reuters

Du vent !

Le vrai bilan de l’éolien en France

Les NIMBY ("Not In My BackYard", ou "pas de ça chez moi") s’insurgent dans l'Hérault contre la création d'un parc éolien tandis que les Wind Farms américaines ferment leurs portes quatre mois sur douze faute de rendement positif... Retour sur une énergie verte en perte de vitesse.

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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Atlantico: Alors que l’on assiste au déclin des Wind Farms américaines (parc à éoliennes), qui parce qu’elles ne génèrent pas assez d’énergie ou sont nocives pour l’écosystème, sont arrêtées 4 mois par an, qu’en est-il des parcs éoliens français ? Aujourd’hui, quel est le vrai bilan de l’éolien en France ?

Remy Prudhomme: Ce bilan doit comporter plusieurs dimensions : écologique, économique, et parfois émotionnelle. La France s’est lancée dans l’éolien avec moins d’énergie que des pays comme l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni ou le le Danemark (où le poids de l’éolien est le plus élevé). En pratique, l’énergie éolienne en France est gérée via un mécanisme particulier : les tarifs d’achats obligatoires. Toute personne qui installe une éolienne vend son énergie à EDF, qui est obligé de l’acheter à un prix élevé. Pour l’énergie éolienne, on est du côté de 80 ou 90 euros par megawatt/heure, c’est beaucoup plus que l’énergie nucléaire ou le charbon, qui sont toutes deux aux alentours de de 50 euros mw/h.

Par ailleurs, on est obligé d’acheter cette électricité au moment où elle est créée.  Pourtant une éolienne ne fonctionne que pendant 30 % du temps, c’est une électricité intermittente. L’embêtant c’est que l’on ne sait pas du tout quand cela va se produire. Et bien souvent, cela ne correspond pas au besoin des individus en électricité (par exemple au mois d’août à deux heures de l’après-midi). Mais peu importe le moment, nous sommes dans l'obligation de l’acheter… Prenons l’exemple de l’Allemagne: en mars dernier 60 % de l’électricité était produite par les éoliennes un jour, et deux jours plus tard on était descendu à 3 %. Cette fluctuation n’a rien à voir avec l’évolution de la demande ! D’ailleurs, l’énergie éolienne représente en Allemagne 10 à 15 % de l’électricité nationale, mais les centrales au gaz fonctionnent peu et les Allemands les ferment au moment où ils en ont le plus besoin ! En Allemagne, le coût de ces énergies vertes est devenu absolument considérable, de 15 à 20 milliards d’euros par an ! Colossal ! En France on est loin derrière.

La France n’utilise que 4% d’énergie éolienne mais cela lui coûte quand même quelques milliards par an. Le prix de l’électricité en France est encore bon marché, comparé aux autres produits européens. L’électricité est d'ailleurs l’un des domaines où la France fait beaucoup mieux que l’Allemagne ! Nous ne rejetons pas de CO2, et nous possédons une énergie domestique, nous n’importons quasiment rien. Si l’éolien reste au niveau où il est, il ne devrait pas y avoir de lourds problèmes sur l’économie énergétique. Nous avons une énergie équilibrée, et nous n’avons pas besoin d’investir. La consommation d’électricité s’est stabilisée, elle n’augmente pas.

Les opposants à l’établissement d’éoliennes dans le paysage sont de plus en plus visibles, comme en témoigne le mouvement Not in My BackYard (nimby) dans l’Hérault. Des particuliers s’opposent à un projet local d’intérêt commun, ici les éoliennes. Assiste-t-on à un véritable rejet général de cette forme d’énergie ? L’éolienne a-t-elle mauvaise réputation ?

Il n'y a pas de rejet général. La densité des éoliennes n’est pas extraordinaire en France, elles sont disposées là où il n y a pas beaucoup d'individus (ceux-ci sont d’ailleurs rémunérés). Les amis de la nature s’y opposent, d’autres veulent protéger les paysages. L’opposition à l’éolien en mer va d'ailleurs être encore plus grande. Les paysages marins sont horizontaux plus encore que les paysages terriens ; ce sera d’autant plus choquant. Tout cela pour quelque chose qui est inutile. Le lobbying vert a été très puissant.

Quel avenir pour le modèle d’énergie durable ? Peut-on voir dans l’éolien offshore une réponse aux problèmes causés par les éoliennes terrestres ?

Le problème réside, pour l’instant dans le fait que l’on ne peut pas stocker d’électricité. La recherche est en cours en ce sens, et le jour où elle aura porté ses fruits, les énergies éoliennes et solaire seront complètement bouleversées. Mais pour l’instant, il est illusoire de croire que l’on puisse aller très loin dans la production éolienne. Un système de stockage en ce qui concerne l’énergie hydraulique existe : il permet, grâce aux barrages, de pomper de l’eau pendant les heures creuses. Mais l’électricité que l'on dépense pour remonter l’eau est plus importante que l’électricité que l’on va produire lorsque l’eau va redescendre. On en perd 30 à 40 %. L’énergie renouvelable la plus intéressante serait sûrement la biomasse (les déchets que l'on fait brûler, fomenter, et qui produisent du méthane pouvant faire marcher des turbines). Cette énergie n’est pas négligeable. Mais en général, on a un système d'énergie très convenable en France, au moins pour les dix années à venir.

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