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Le temps nécessaire pour développer un vaccin efficace contre la pandémie de Covid-19 semble toujours assez long face à l'évolution des variants.
Le temps nécessaire pour développer un vaccin efficace contre la pandémie de Covid-19 semble toujours assez long face à l'évolution des variants.
©ALAIN JOCARD / AFP

Course contre les variants

Le virus du Covid ne cesse d’évoluer. Mais pas les vaccins…

Le Sars-CoV-2 a été particulièrement imprévisible avec ses nombreuses mutations. Face aux variants, les chercheurs et les laboratoires ont tenté de faire évoluer les vaccins pour obtenir une meilleure protection et une efficacité renforcée. Le Covid-19 pourrait devenir une maladie qui, à l'instar de la grippe, nécessitera des mises à jour régulières du dispositif vaccinal.

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave

Claude-Alexandre Gustave est Biologiste médical, ancien Assistant Hospitalo-Universitaire en microbiologie et ancien Assistant Spécialiste en immunologie. 

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Atlantico : Alors que le virus du Covid continue de circuler avec de nouvelles souches comme le variant BA. 5, le temps nécessaire pour développer un vaccin efficace semble toujours assez long. Quel est le temps d’adaptation nécessaire pour les chercheurs ?

Claude-Alexandre Gustave : Au regard du temps qui sera nécessaire pour développer un nouveau vaccin, ce précieux vaccin ne sera pas forcément adapté au virus qui circule lorsqu’il sera mis à disposition. Six semaines sont nécessaires pour un vaccin ARN et pour le mettre en chaîne de production. Trois mois sont nécessaires de manière globale pour en produire suffisamment et pour effectuer des tests de sécurité.

Pour les tests d’efficacité, la FDA (Food and Drug Administration) a simplifié le processus qui est aligné sur celui de la grippe saisonnière. Au lieu de refaire des essais cliniques à chaque fois, les chercheurs se basent sur les données in vitro afin de savoir si cela neutralise ou non le virus et est-ce que cela protège efficacement les animaux contre l’infection et si le vaccin est bien toléré.  

La technique ARN messager semble facilement adaptable mais nécessite-t-elle un temps d’adaptation ?

Il y a effectivement un délai incompressible pour la production. Il faut s’assurer aussi que la tolérance soit bonne. Même s’il est possible d’accélérer l’évaluation de l’efficacité, il ne sera pas possible d’accélérer l’évaluation de la sécurité. Cela va engendrer un délai de trois mois entre l’identification d’un variant et la disponibilité d’un vaccin.

Il y a un autre paramètre important. Jusqu’à présent, il n’a pas été nécessaire d’avoir une mise à jour du vaccin. Les industriels ont déjà fait des vaccins mis à jour mais ils n’ont jamais encore été nécessaires. La protection contre les formes sévères a été conservée. Il n’y a pas eu de justification à produire des millions de doses et à essayer de les redéployer. Le temps que cela puisse se mettre en place, les vagues seraient déjà passées. Cela aurait obligé les industriels à diviser leur chaîne de production entre les différents vaccins. Pour chaque vaccin, il y aurait eu des capacités de production plus faibles.

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Le vaccin est-il toujours aussi efficace contre tous les variants ?

Il manque encore des données pour l’efficacité contre BA.5 et contre BA.2.75. On constate qu’il n’y a pas de perte d’efficacité majeure. Il y a toujours le même décalage entre l’importance des contaminations et les entrées en réanimation qui sont contenues. Il n’y a pas de révolution avec le nouveau variant.

Des données publiées par le CDC américain (Centre pour le contrôle et la prévention des maladies) à partir de BA.2 nous ont montré qu’il y avait une perte d’efficacité pour les formes sévères. Au lieu d’être à plus de 95% d’efficacité juste après l’administration, les données sont à 70 - 80%. Un effet est donc perceptible. L’évolution virale ronge petit à petit la protection obtenue grâce à la vaccination.

Le problème pour l’instant est sur la durée de protection qui est de plus en plus courte. Chaque rappel permet de restaurer une protection efficace pour les nouveaux variants mais elle dure de moins en moins longtemps. C’est pour cette raison qu’il est important de faire des mises à jour vaccinales. Cela permet d’avoir des rappels moins fréquents.

Est-ce qu’il pourrait y avoir une mise à jour du vaccin dans la durée, sur un laps de temps plus long ?

Pour l’automne, une mise à jour du vaccin est prévue aux Etats-Unis. Il concernera la protéine spike BA. 4 et BA. 5. Les industriels avaient l’intention de se baser sur BA. 1. La FDA a refusé ce choix car les données n’étaient pas très convaincantes en termes d’efficacité par rapport aux vaccins actuels. Les souches du virus qui circulent actuellement sont assez éloignées de BA. 1.  Le choix s’est donc porté sur quelque chose de plus récent.

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En Europe, cette solution ne sera pas adoptée. Moderna a déjà annoncé que le vaccin pour BA.4 et BA. 5 sera réservé au marché américain et que l’Europe allait demander un vaccin BA. 1.

D’autres pistes concernent également les vaccins universels censés couvrir tous les variants de Sars-Cov-2 ou différentes espèces de coronavirus. Il y a plusieurs projets en cours de développement. En cas de succès, cela permettrait de neutraliser l’effet d’échappement immunitaire qui réduit la durée de protection. Si l’on parvient à se rendre insensible à ce qui a été fait, la diminution de notre protection ne dépendra plus que de notre taux d’anticorps qui diminue progressivement avec le temps. Il sera possible d’avoir facilement des rappels qui durent un ou deux ans.

Un autre problème majeur est que le vaccin ne rattrape pas le virus dans toutes ses évolutions… Est-ce impossible ?

Il est difficile d’anticiper les mutations, les combinaisons à venir et de déterminer le moment précis où de nouveaux variants vont émerger… Il y a donc toujours une relative inadéquation entre les vaccins qui vont être mis à jour et avec la souche du virus qui va circuler dans la population.

Quel est le poids de la réglementation dans la situation du développement des vaccins encore aujourd’hui ?

Pour l’instant, le schéma classique était respecté avec des essais cliniques complets. Cela allonge beaucoup la durée de production. Il faut d’abord faire des essais précliniques sur les animaux. Ensuite, l’immunogénicité doit être vérifiée chez l’homme ainsi que l’efficacité. Cela prend plusieurs mois mais permet d’apporter une garantie réelle et de quantifier précisément le bénéfice.

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Le problème est que ce virus n’est pas du tout comme la grippe. La grippe ne circule que pendant une saison. Il est possible d’attendre un an avant de se mettre à jour. Là, le virus du Covid circule toute l’année et il évolue beaucoup plus vite. Il est donc nécessaire d’avoir des mises à jour plus rapides.

L’AFD a demandé de se rapprocher du processus d’immunité pour les vaccins anti-grippaux saisonniers. Tout un pan de l’essai clinique est retiré. On se limite aux effets in vitro et à des modèles chez l’animal. Cela fait gagner énormément de temps. Il n’est plus nécessaire de recruter des patients, d’attendre qu’il y ait des contaminations et de quantifier si cela se complique en termes d’hospitalisation. Les personnes sont vaccinées et la réaction au virus est observée.

La difficulté à adapter les vaccins aux variants rend-elle caduque la stratégie du tout vaccinal ?

Cette stratégie du tout vaccinal a pour conséquence qu’il n’y a pas de réelle lutte contre les contaminations. Cela maximise les complications et la mortalité. Et cela laisse le virus accéder à un nombre d’hôtes qui est énorme, favorisant ainsi les mutations. Nous sommes donc dans un cercle vicieux. Plus le virus va muter, plus il va devenir transmissible et plus il va pouvoir infecter facilement. Cela ne fait qu’accélérer le processus.   

Il y a de plus en plus de données sur les réinfections qui posent un problème sur le plus long terme. Les contaminations multiples et les Covid long vont peser sur la société. En Angleterre, 80.000 travailleurs ne sont plus aptes à assurer leurs fonctions à cause des conséquences du Covid et des multiples contaminations et du Covid long.

La stratégie du tout vaccinal sur le long terme ne va pas fonctionner. La protection est rongée petit à petit et les mises à jour ont beau être effectuées, on s’habitue à la situation et aux contaminations et cela nous met en danger.    

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