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Joe Biden prononce une allocution après l'attaque terroriste à l'aéroport international de Kaboul, et rend hommage aux militaires américains et aux victimes afghanes tués et blessés, le 26 août 2021
Joe Biden prononce une allocution après l'attaque terroriste à l'aéroport international de Kaboul, et rend hommage aux militaires américains et aux victimes afghanes tués et blessés, le 26 août 2021
©JIM WATSON / AFP

Critiques envers Joe Biden

Le traitement négatif du retrait d'Afghanistan par les médias démocrates

Le retrait des militaires américains d'Afghanistan, le retour des talibans et les évacuations à l'aéroport de Kaboul ont donné l’impression de revivre la chute de Saïgon. Les médias américains sont de plus en plus critiques vis-à-vis de la stratégie de Joe Biden en Afghanistan. Kamala Harris, sa vice-présidente, est épargnée pour l'instant.

Jean Degert

Jean Degert

Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique.

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Biden attaqué par les médias démocrates ; Harris, co-auteur du retrait catastrophique, épargnée

Le retrait des militaires américains concomitant à la marche fulgurante des Taliban sur Kaboul d’une part, et les spectaculaires rotations d’hélicoptères Chinook bourdonnant au-dessus de l’ambassade américaine pour évacuer le personnel d’autre part, ont donné l’impression de revivre la chute de Saïgon. Les médias, même démocrates, sont généreux dans cette comparaison pour tenter de discréditer Joe Biden, ce dernier ayant surtout été soutenu par eux par opposition à Donald Trump. Autrefois, ils auraient blâmé Trump pour les conséquences de ce retrait – auquel il avait posé des conditions -, aujourd’hui ils ciblent leurs attaques sur Biden, sans tacler Kamala Harris qui se vantait en avril d’avoir eu un « rôle clé » dans la décision de retrait.

Un retrait dans la suite de la décision de Trump, mais sans la fermeté

Le choix de quitter l’Afghanistan défendu par Joe Biden et Kamala Harris est légitime, les Américains n’ont jamais pu sérieusement compter sur le gouvernement local, et n’avaient pas vocation à rester. En revanche, leur décision révèle une profonde naïveté et faiblesse, d’une part Biden n’ayant pas su faire montre de force, d’autre part en lien avec le tropisme très à gauche et iréniste d’une vice-présidente ignorant la duplicité des islamistes. Alors même que les Taliban gagnaient des bastions, Biden assurait à son homologue afghan, Ashraf Ghani, le 25 juin, que le départ des Américains - devant alors s’achever symboliquement le 11 septembre - ne verrait pas les Talibans prendre le pouvoir. Quelques jours plus tard, ignorant toujours l’avancée des Talibans, Biden fixait la date du départ au 31 août.

L’accord signé à Doha fin février 2020 entre l’envoyé spécial de Donald Trump, Zalmay Khalilzad, et les Talibans représentés par le mollah Abdul Ghani Baradar prévoyait le retrait total des troupes américaines au 1er mai 2021. Les Talibans s’engageaient à ne pas abriter des groupes terroristes et devaient négocier « d’Afghan à Afghan » avec le gouvernement en vue d’un cessez-le-feu, faute de quoi les Américains se réservaient le droit de les frapper. Joe Biden a accusé Donald Trump de lui avoir lié les mains. Pourtant, il a pu prolonger l’échéance de plusieurs mois, et rien ne l’empêchait de reprendre l’engagement de son prédécesseur quant aux sanctions militaires si les Talibans ne respectaient pas leur parole, puisqu’il était clair que seule la force pouvait garantir l’accord, la naïveté n’étant pas permise. Sûr de sa stratégie, le Président Biden avait déclaré que l’on ne verrait en aucune circonstance des gens devoir monter dans des hélicoptères à partir du toit de l’ambassade américaine. Allusion à l’opération Frequent Wind au cours de laquelle près de 7 000 civils, dont plus de 5 500 Vietnamiens furent évacués en urgence par une cinquantaine d’hélicoptères.

Le retour aux heures les plus naïves de l’Histoire

Puisque l’heure est aux comparaisons historiques, considérons également la naïveté de Franklin Delano Roosevelt face à Joseph Staline à Yalta en février 1945, qui estima que, s’il donnait au Soviétique sans exiger de contrepartie, l’URSS collaborerait à la construction d’un monde pacifique et démocratique. Quelques mois auparavant, le vice-président américain Henry Wallace était revenu enthousiaste d’un voyage de 25 jours en Union soviétique où il avait notamment encensé le régime de Staline au sein d’un camp du Goulag, ignorant l’idée de « village Potemkine ». Wallace avait été mandaté par Roosevelt pour examiner le matériel envoyé aux Soviétiques dans le cadre de la loi prêt-bail afin de soutenir leur effort de guerre contre l’Allemagne. Moins d’un mois après la conférence de Yalta, l’Armée rouge appuyait le coup d’État du Parti communiste roumain, le 6 mars 1945.

À l’époque, les démocrates avaient une vision positive de l’URSS, se fiant à ses discours ; aujourd’hui, la mutation du Parti de l’Âne engagée sous Barack Obama a abouti à un mouvement où les extrémistes de gauche se font entendre aussi bien sinon davantage que les centristes du parti, et la vice-présidente Harris a fait campagne en vue des primaires sur des positions très à gauche qui l’ont conduite à rapidement jeter l’éponge, n’ayant que 3 % d’intentions de vote. À l’époque, Roosevelt était très affaibli physiquement ; à présent, l’âge de Président est questionné. Alors que CNN avait essayé de le présenter comme dynamique durant la présidentielle, notamment en train d’accomplir un jogging mis en scène et filmé sur quelques mètres, le média glisse que les électeurs croyaient que l’âge de Biden serait un atout, mais qu’il fait face à une crise d’incompétence.

La bienveillance des médias envers Harris

Le 15 février, Kamala Harris s’est entretenue avec Emmanuel Macron au téléphone, ce qui a conduit divers journaux à souligner sa montée en puissance dans un domaine d’ordinaire dévolu au Président. Peut-être même que, à part le néo-conservateur Dick Cheney qui cornaquait George W. Bush, originellement assez isolationniste, aucun vice-président n’a eu autant de pouvoir en politique étrangère, sinon George Bush sous Ronald Reagan ; mais ce dernier disposait de réelles compétences en tant qu’ancien directeur de la CIA, alors que l’actuelle vice-présidente non. Pourtant, Harris est épargnée par les médias qui concentrent leurs attaques sur le Biden au point que leur choix de ne pas le soutenir quand il accuse Trump peut interroger, alors qu’ils buvaient jusque-là ses accusations à l’endroit de l’ancien président.

Face aux critiques quant à la gestion du retrait, Harris a d’abord évité de rappeler son rôle, ainsi que l’a souligné le Sun, et n’est pas apparue en public, avant de soutenir Biden du bout des lèvres en relayant son tweet justifiant sa décision.

Dans des aveux enregistrés à son insu lors d’une prétendue rencontre sentimentale, un responsable de CNN expliquait comment la chaîne avait manipulé l’information afin de faire perdre Trump. Il déclarait également, apparemment à titre personnel, sa satisfaction de savoir que Biden mourrait en cours de mandat et serait remplacé par Harris. Si ce dernier vœu ne peut être officiellement relié à la politique de CNN, on constate néanmoins un acharnement de la chaîne et des autres médias proches des démocrates sur Biden. Il ne s’agit pas de la fin de l’état de grâce, mais de celle d’une complaisance très mal dissimulée envers lui.

Aujourd’hui, CNN fait divers reproches à Biden, quant à sa gestion de ce retrait, mais aussi de la crise migratoire, de celle du Covid. Le Washington Post, douteusement bienveillant envers lui face Trump, rappelle qu’il avait promis de ramener de la compétence à la Maison-Blanche et dénonce sa politique. Pire : alors que Biden accuse Trump et les Afghans, le Post lui reproche de chercher à esquiver ses responsabilités et dénonce une « incapacité à planifier, une sous-estimation d'un adversaire étranger, un effort sans efficacité pour se démener et se rattraper ». Harris qui disait se battre pour les droits des femmes afghanes est, elle, épargnée.

USA Today s’est cependant démarqué en consacrant un article à la déception des défenseurs des droits des femmes, intitulé « Alors que Madame Harris se rend en Asie, des militants l’exhortent à défendre les femmes qui fuient les talibans en Afghanistan ». Le quotidien cite Melanne Verveer, directrice executive de l’Institut Georgetown pour les femmes, la paix et la sécurité qui prévient que négliger l’occasion de parler pour les droits des femmes constituerait une « grave omission ». Mais sa responsabilité dans ce retrait mal préparé est globalement ignorée.

Selon un sondage de Rasmussen Report du 19 août, 51 % des Américains pensent que Biden ne terminera pas son mandat, et seuls 43 % jugent que Harris a les compétences pour le remplacer.

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