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Le style de Roselyne Durand-Ruel est d'une grande qualité : syntaxe parfaite, vocabulaire riche, clarté d'écriture, ambiance haletante.
Le style de Roselyne Durand-Ruel est d'une grande qualité : syntaxe parfaite, vocabulaire riche, clarté d'écriture, ambiance haletante.
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Le terrorisme passé au scalpel du roman

Le second roman de Roselyne Durand-Ruel, "Les Ailes du Désespoir", sur le djihadisme, est un livre haletant, fascinant et d'une brûlante actualité.

Bertrand Cousin pour Culture-Tops

Bertrand Cousin pour Culture-Tops

Bertrand Cousin est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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L'auteur

Historienne de formation et longtemps antiquaire de métier, Roselyne Durand-Ruel est une personnalité cosmopolite puisqu'elle a vécu au Moyen Orient, aux Etats-Unis et plus longtemps à Hong Kong. Sa connaissance de l'Asie lui a permis d'écrire un roman à succès, "L'Héritier", édité en 2013 et qui racontait le choc des cultures entre la Chine Communiste, Hong Kong et les Etats-Unis. Avec "Les Ailes du Désespoir",  elle nous fait pénétrer dans l'univers du terrorisme international au travers d'un récit haletant de vengeance et d'amour.

Thème

David Sarfaty, juif sépharade élevé au Maroc, est amoureux de Alia Stebi qu'il avait rencontrée lorsqu'ils étaient tout deux enfants à Casablanca. Bizarrement, elle a tardé à le rejoindre à New-York, où il travaille chez Meryl Lynch. Peu de temps après leur mariage, elle est tuée dans les Twin Tower où elle travaillait. Il découvre dans une lettre testament qu'Alia a été violée par une relation de sa famille, un certain Aziz, et qu'un enfant, Naima, est né pour être confié à une famille de paysans dans l'Atlas. David est alors submergé par un désir de vengeance, tant à l'égard des salafistes que d'Aziz et infiltre les réseaux intégristes en se faisant passer pour un arabe dont il invente le personnage. S'enclenchent alors de nombreuses péripéties allant de  Londres au Maroc en passant par la France. David s'imprègne du Coran et de ses tendances intégristes pour donner le change. Il finit par assouvir, après des rebondissement improbables et une altération de sa personnalité, son projet mortifère. 

Points forts

- Ce roman que l'on peut classer d'historique après le 13 novembre repose sur une étude poussée des différents courants de l'Islam, des méthodes des services secrets, des traditions familiales juives et arabes. On peut comparer sa documentation pertinente à celle, toujours excellente, d'un Gérard de Villiers dans certains de ses ouvrages.

- On appréciera une finesse et une justesse des dialogues, d'autant plus difficiles à restituer qu'ils mettent en scène des nationalités, des personnalités et des situations extrêmement variées.

- Est décrite avec un réel talent la complexité de la personnalité de David Sarfaty, tiraillé entre sa morale personnelle stricte - sauf lorsqu'il s'agit de son nomadisme sexuel - et les personnages qu'il doit jouer au  péril de sa vie. Sa répugnance à devenir un assassin, fût-il justicier, le conduit jusqu'au bout à hésiter à tuer.

- Surtout, le style de Roselyne Durand-Ruel est d'une grande qualité : syntaxe parfaite, vocabulaire riche, clarté d'écriture, ambiance haletante. C'est un régal.


Points faibles

Il y a une certaine difficulté à suivre les méandres de l'intrigue, émaillée de nombreux personnages en des lieux dispersés, sauf à avoir une lecture continue et attentive.

Le dénouement salutaire, rédempteur même, est quelque peu surprenant.

En deux mots

Un livre remarquable qui nous fait pénétrer dans la psychologie de la violence préméditée au cœur des évènements graves liés au djihadisme. L'on suit, fasciné, les péripéties imprévisibles du héros grâce à un style enlevé et une véracité des situations.

Une phrase

Qui seront, en fait, quatre citations :

- P.162 : "Est malvenu l'accès de compassion pour un ennemi qui, au nom de Dieu, ne respecte pas la vie".

- P.257 : "Dans la même journée, je l'avais vu exulter devant des vidéos montrant d'insoutenables tortures infligées à des innocents pour s'attendrir... sur le sort d'un enfant égaré dans un super marché au point d'attendre le retour de la mère indigne pour lui faire la leçon". 

- P.288 : "Je haussais les épaules, mécontent de constater une fois de plus combien la religion et l'argent font bon ménage".

- P.355 : " La surenchère verbale est-elle censée compenser l'absence d'érudition ?"

Recommandation

 Excellent Excellent

Roman

Les ailes du désespoir de Roselyne Durand-Ruel

Ed. Albin Michel

432 p. 21,50€

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