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Mise au placard

Le patron du Raid est-il victime d'une chasse aux sorcières ?

Le patron du Raid, Amaury de Hauteclocque, qui avait dirigé l'assaut contre Mohamed Merah à Toulouse, a été muté ce vendredi à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, la «police des polices»). Contacté par le Figaro, l'ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant a regretté cette décision : "On a l'impression que tous ceux qui étaient en poste avant doivent être déplacés."

Atlantico : Amaury de Hauteclocque, le patron du Raid, qui avait dirigé l'assaut contre Mohamed Merah à Toulouse, a été muté ce vendredi à la police des polices. La gestion du siège de l'appartement de Merah, a parfois été critiquée. Cette mutation est-elle une sanction ?

Bruno Beschizza : Assez paradoxalement, dire à Amaury de Hauteclocque qu'il a été un très bon chef du Raid mais qu'il a aussi fait son temps pourrait ne pas être choquant s'il s'agissait d'une sortie par le haut. Cela aurait été le cas s'il s'était vu obtenir une promotion par exemple.

On aurait pu trouver à Amaury de Hauteclocque un poste prestigieux, un vrai commandement, une direction ou un corps préfectoral. Non, on préfère le mettre dans un placard. Et c'est choquant.

Tous ses illustres prédécesseurs, comme Christian Lambert ou encore Jean-Louis Fiamenghi, étaient préfets. Or, Amaury de Hauteclocque est contrôleur général. Il est à la tête du Raid pendant 5 ans, mène même une opération mondialement célèbre, est apprécié par ses hommes et se retrouve pourtant sorti à l'issu de son "bail". Le tout dans un contexte où l'on s'aperçoit que tous ceux qui ont servit des ministres de droite sont sortis par le bas.

 

Le ministère de l'Intérieur a annoncé que cette mutation n'était que temporaire...

Dans ce cas il faut communiquer. J'ai tout de même l'impression que l'on convoque Amaury de Hauteclocque pour lui dire qu'un remplaçant lui a été trouvé et qu'il doit désormais laisser sa place. Ce raisonnement peut sembler paranoïaque, mais cette décision de déclassement d'un haut fonctionnaire de police intervient deux semaines après la nomination de l'ancien patron du GIGN, un proche et conseiller au cabinet de Manuel Valls, Denis Favier qui, il y a deux jours, a été nommé directeur général de la gendarmerie nationale.

Nous pouvons donc nous interroger sur ce timing. Cela donne quelque peu l'impression d'une "prouteauisation" du ministère de l'Intérieur : Christian Prouteau était un officier de gendarmerie qui était si proche de François Mitterrand qu'il avait coordonné les fameuses écoutes téléphoniques.

Manuel Valls donne l'impression d'avoir des préférences : ce ne sont pas les préfets ni même les policiers mais les gendarmes. Cette situation peut créer un malaise.

 

Peut-on parler de guerre des polices entre la police et la gendarmerie ?

Je ne crois pas à la guerre des polices. En revanche, on sait bien qu'il y toujours eu des rivalités, notamment entre le GIGN et le Raid. Si dans la même semaine, vous accordez une promotion à l'ancien chef de l'un et vous sanctionnez l'ancien chef de l'autre, ce n'est pas du meilleur effet sur le moral des  troupes.   

Le souci du moment est de rapprocher la police et la gendarmerie et de mieux mutualiser les forces pour qu'elles travaillent mieux ensemble au service de nos compatriotes. Le but n'est pas qu'une force prenne le pas sur l'autre. Il faut toujours être vigilant sur l'équilibre entre les deux forces de sécurité que sont la police nationale et la gendarmerie nationale.

Diriez-vous qu'il y a une chasse aux sorcières au sein de la police et plus largement au sein de l'administration?

On se souvient tous des promesses du candidat Hollande : "Moi président, il n' y aura pas d’État PS. Finalement, quasiment tous les directeurs d'administration ont été changés.

A titre personnel, je ne trouve pas cela anormal. Un directeur, qu'il soit de la gendarmerie ou de la police nationale, doit être un chef de projet. Je peux comprendre qu'un ministre s'entoure d'un chef de projet proche de ses idées. Par contre, je regrette l'imposture du candidat Hollande qui, dans ce domaine-là comme dans d'autres domaines, a fait des déclarations bien éloignées de sa pratique du pouvoir.

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