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Le monde en 2030 : et si l'eau et la nourriture devenaient des denrées rares ?
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Bonnes feuilles

Le monde en 2030 : et si l'eau et la nourriture devenaient des denrées rares ?

Un rapport de la CIA affirme qu'en 2030, la demande en nourriture, en eau et en énergie augmentera entre 35 et 50% et que de nombreux pays seront confrontés à des pénuries. Extrait de "Le monde en 2030 vu par la CIA" (2/2).

L’interaction croissante entre la nourriture, l’eau et l’énergie, combinée avec le changement climatique, aura des effets considérables sur le développement mondial dans les 15-20 prochaines années. Dans un mouvement tectonique, la demande de ces ressources progressera significativement en raison de l’accroissement de la population mondiale qui passera de 7,1 milliards aujourd’hui à 8,3 milliards en 2030. Comme nous l’avons déjà relevé, l’expansion de la classe moyenne et des populations urbaines accentuera les pressions sur les ressources critiques, en particulier la nourriture et l’eau, mais les nouvelles technologies, comme l’agriculture "verticale" dans des gratte-ciel qui permet également de
réduire les coûts de transport, pourraient favoriser l’augmentation des ressources nécessaires. La sécurité de l’approvisionnement en eau et en denrées devient de plus en plus critique en raison du changement climatique dont l’ampleur dépassera les prévisions.

« … l’expansion de la classe moyenne et des populations urbaines accentuera les pressions sur les ressources critiques, en particulier la nourriture et l’eau, mais les pénuries ne sont pas inévitables. »

Nous n’allons pas nécessairement vers un monde de pénuries, mais les décideurs politiques et leurs partenaires du secteur privé devront agir en amont pour les éviter. De nombreux pays n’auront probablement pas les moyens d’éviter les pénuries en eau et en denrées sans une aide massive de l’extérieur. Se poseront alors diverses problématiques : les ressources critiques sont-elles mieux gérées ? Les technologies permettent-elles d’atténuer les difficultés liées au manque de ressources ? Et est-ce que les mécanismes de gouvernance employés sont plus efficaces pour limiter les pires résultats possibles ? Aujourd’hui, il n’existe pas de système international effectif pour gérer le contrôle des exportations, ce qui accroît souvent les pénuries alimentaires. Favoriser davantage les importations de nourriture peut aider certains pays aux ressources limitées en eau à réduire la pression sur leurs ressources en eau. Ces "incertitudes", largement dépendantes du facteur humain, seront étudiées dans les prochains chapitres abordant les catalyseurs de changement et les mondes possibles. Ce chapitre se concentre sur les pressions exercées sur ces ressources.

Le traitement des problèmes relatifs à l’une de ces ressources ne pourra pas se faire sans affecter l’approvisionnement et la demande des autres ressources. L’agriculture est grandement dépendante de l’accessibilité à des points d’eau adéquats ainsi que des engrais riches en énergie. La puissance hydrique est une source significative d’énergie dans certaines régions, tandis que de nouvelles sources d’énergie, comme les biocarburants, menacent d’exacerber les risques de pénuries alimentaires. Le champ est aussi vaste pour les compromis négatifs que pour de potentielles synergies positives.

Le marché est également en train d’évoluer. Les stratégies asiatiques d’investissement dans les ressources, soutenues par l’État, sont en train de modifier l’environnement des affaires pour les entreprises en situation de concurrence dans l’industrie extractive et pour d’autres types d’investissements en infrastructures dans les pays en développement. Les investissements directs à l’étranger réalisés par des entreprises nationales, largement situées dans les pays émergents, ont largement concerné le forage, l’extraction et les produits pétroliers. De façon générale, les matières premières représentent désormais deux tiers des investissements directs à l’étranger par les entreprises nationales. Les pays asiatiques donnent déjà la priorité à des accords bilatéraux de long terme pour la fourniture de pétrole, de gaz et de charbon contenant des clauses d’assistance politique et économique.

L’extrapolation des tendances actuelles des habitudes de consommation en nourriture et en eau par habitant montre l’ampleur attendue du problème au cours des vingt prochaines années. La demande de nourriture devrait augmenter de plus de 35 % d’ici à 2030, mais les gains de productivité mondiaux ont chuté de 2,0 % entre 1970 et 2000 à 1,1 % aujourd’hui, et ils continuent leur dégringolade. Le monde a consommé plus de nourriture qu’il n’en a produit au cours de sept des huit dernières années. Une large étude internationale a déterminé que les besoins annuels mondiaux en eau atteindront 6 900 milliards de mètres cubes (MMC) en 2030, 40 % de plus que la capacité actuelle. L’agriculture, qui consomme approximativement 3 100 MMC d’eau aujourd’hui, soit un peu moins de 70 % de l’ensemble de la consommation mondiale, aura besoin de 4 500 MMC si elle ne gagne pas en efficacité. Environ 40 % des individus dans le monde vivent à proximité d’un bassin fluvial international. Plus de 200 bassins de ce type sont partagés par au moins trois pays, ce qui accroît les dépendances et les vulnérabilités découlant de changements dans la demande et la disponibilité de l’eau. Si les tendances actuelles se poursuivent, l’OCDE estime qu’en 2030 environ la moitié de la population mondiale vivra dans des zones rencontrant de grandes difficultés d’approvisionnement en eau.

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Extrait de "Le monde en 2030 vu par la CIA" (Editions des Equateurs), 31 janvier 2013

 

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