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Le Monde a son bantoustan : Le Monde-Afrique…
©Capture d'écran / RMC

Daniele Obono encore et toujours

Le Monde a son bantoustan : Le Monde-Afrique…

En effet, il ne mélange pas les torchons (blancs) et les serviettes (noires). Mais le journal a quand même besoin de torchons.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Ce n'est pas dans Le Monde. Mais c'est tout près du Monde. Ce n'est pas intégré au Monde. Mais ça y est enclavé. Un peu comme le Bophuthatswana l'était du temps de l'apartheid. Les racistes sud-africains prêchaient le développement séparé des races. La direction du Monde plaide pour le développement séparé des talents.

Ca part d'un sentiment bienveillant. Un peu paternaliste quand même. Mais très discriminant à notre égard. Car nous autres, misérables babtous, pitoyables leucodermes, sommes privés d'informations capitales réservées aux populations africaines lisant le français… C'est pas juste!

Au prix d'un certain effort, on peut accéder au site Le Monde-Afrique. On y apprendra que la récolte du cacao a été faible en Côte d'Ivoire. Qu'il y a eu des émeutes au Togo. Et que Jacob Zulma, le numéro 1 sud-africain, va avoir des ennuis avec la justice de son pays. Et on y apprendra surtout que nous sommes tous racistes de naissance, que la France est raciste par essence. 

Le "on y apprendra" est juste une clause de style. Car nous savons bien sûr que nous sommes racistes. Le racisme c'est notre croix. 

D'ailleurs la langue française est-elle-même intrinsèquement raciste. Elle oppose le blanc, lumineux et virginal, au noir, synonyme de nuit et de deuil. On devrait sans doute supprimer de notre vocabulaire l'expression "la noirceur de son caractère" et la remplacer par "la blanchitude de son caractère"…

Si nous savons que nous sommes racistes, les populations africaines n'en sont pas bien informées. C'est chose faite maintenant avec un article du Monde-Afrique titré "Nul ne doit accepter le déferlement de haine raciste dont est victime Danièle Obono". D'après le texte, la députée de La France Insoumise "fait face à des agressions racistes quotidiennes". "Une campagne lâche et nauséabonde" écrit l'auteur de l'article, un certain Hamidou Anne. 

Le terme "nauséabond", estampillé made in bêtise, n'a plus vraiment cours chez nous : répété ad nauseam il a quitté la scène sémantique. Mais que peut-être que pour les Africains, il a le parfum de la nouveauté? L'auteur du texte concède que certaines des positions de Danièle Obono sont "discutables". Mais seul lui, et ceux qui ne sont pas leucodermes, ont le droit de les discuter. 

Mais pas nous les Blancs. Nous sommes choqués par la proximité de Danièle Obono avec Dieudonné? Nous sommes racistes! Nous ne supportons pas qu'elle "nique la France"? Nous sommes racistes! Nous sommes indignés de la voir se prosterner devant l'Islamisme? Nous sommes racistes! Il ne nous reste plus, pour éviter cette infamante accusation qu'à nous rabattre sur Clémentine Autain. Certes, elle n'arrive pas à la cheville de Danièle Obono. Mais dans le genre elle n'est pas trop mal non plus. Et surtout elle est Blanche.

L'auteur de l'article, M. Hamidou Anne, est manifestement énervé. Et pour fustiger "la violence symbolique infligée au corps noir", il balance une saillie de derrière les fagots : "Il ne reste qu'à ajouter qu'elle (Danièle Obono), garde des bébés blancs dans son réfrigérateur et qu'elle les consomme avec du couscous chaque vendredi soir". Nous nous gardons des morceaux de Danièle Obono dans notre frigo, et, une fois par an seulement, pour Noël, nous en agrémentons notre potée. Nous en mangeons en nous forçant. Car c'est pas bon!

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