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Le grand amour était pour Sacha Guitry tout autant une force qu'un merveilleux mystère
©ARCHIVES / AFP

Bonnes feuilles

Le grand amour était pour Sacha Guitry tout autant une force qu'un merveilleux mystère

Homme de plume et amoureux du théâtre, Christophe Barbier vient de publier "Le monde selon Sacha Guitry, sagesses, aphorismes, mots d'esprit et perfidies" aux éditions Tallandier. Il nous emmène pour un savoureux voyage dans l’univers de Sacha Guitry qui a dédié sa vie à l’esprit français. Extrait 1/2.

Christophe Barbier

Christophe Barbier

Christophe Barbier, journaliste et éditorialiste français, a été le directeur de la rédaction de L’Express de 2006 à 2016 et est chroniqueur sur BFMTV. Il est l’auteur de plusieurs essais politiques et d’un Dictionnaire amoureux du théâtre (2015).

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L’amour pur, pour Guitry, ne peut être qu’innocent, c’est-à-dire un peu idiot. Quand on supprime la duplicité, le mensonge, l’aventure, il ne reste que de la pastorale ridicule. Heureusement, ses personnages ne restent pas longtemps dupes d’eux-mêmes…


«La femme. – Mon cher amant, je le conçois, 
Il n’est pas de chose aussi bonne 
Que le baiser que l’on reçoit,
Si ce n’est le baiser qu’on donne !
L’amant. – Mon petit amour adoré,
Tant que nous dirons de la sorte
Des bêtises, sois assuré
Que c’est la passion qui l’emporte !
Et ça dure depuis trois ans ! »


Parce que la vie est la vie, et que la sienne n’est pas si légère ni si rose qu’il voudrait le faire croire à ses spectateurs, parce qu’il faut écrire aussi des pièces qui ont de la profondeur, Sacha Guitry s’intéresse au grand amour – forcément impossible, sinon il ne serait pas grand. Même si, avec lui, l’impossibilité doit rester cocasse et la grandeur, coquine.


« Toinette. – J’aime… un abbé.
Sophie. – Eh bien ! Mais c’est très bien, cela !
Toinette. – Vraiment, ce n’est pas mal ? J’ai des scrupules.
Sophie. – Des scrupules ? Mais ce n’est pas à toi d’en avoir, car s’il est défendu aux prêtres d’avoir des femmes, aucun canon n’interdit aux femmes l’usage des prêtres. » 


Désirer un homme d’Église, c’est rare ! Désirer la femme de son ami – ou le mari de son amie –, c’est plus fréquent, en scène comme dans la vie. Mais épouser la femme d’un autre, sans savoir à qui on la vole, se tromper d’âme sœur et vivre avec quelqu’une qui aurait dû être à un étranger, tandis qu’on  passe soi-même à côté de la femme de sa vie, c’est… guitryesque !

« Schutz. –  Je t’ai toujours connu éperdument amoureux de quelqu’un !

Hério. – Oui, mais tu n’as jamais dû me voir faire ce que je fais en ce moment… Depuis trois semaines, je compromets ma situation avec une indifférence qui serait coupable si je n’avais pas la certitude que mon bonheur est en jeu !… Cette femme-là, tu entends, c’est ma femme !
Schutz. – C’est tout de même la femme d’un autre…
Hério. – Oui, mais c’est ma femme tout de même !
Schutz. – Tu m’étonnes !
Hério. – C’est mon but ! Mon ami, tout homme a sur la terre une femme qui lui est désignée par le Destin… il faut qu’il la trouve. Moi, je viens de trouver la mienne !… Il y a dix ans que je la cherche !… Et je te jure que j’ai bien cherché ! Ah ! Que j’en ai essayé depuis dix ans !
Schutz. – C’est une justice à te rendre ! Et moi ?
Hério. – Toi, quoi ?
Schutz. – Est-ce que je l’ai trouvée, ma femme ?
Hério. – Ah ! Non ! Pas encore !
Schutz. – Ben pourtant, celle avec qui je vis ?
Hério. – La femme que tu as épousée ? Qui est chez toi ?
Schutz. – Oui…
Hério. –  Oh ! Ce n’est pas ta femme ! Tu t’es trompé… Ça arrive neuf fois sur dix qu’on se trompe ! Tu as pris la femme d’un autre… aussi ne sois pas étonné si un jour tu es cocu !
Schutz. – Cocu ?…
Hério. –  Dame ! Elle doit chercher l’homme à qui elle est
destinée… et, si elle le trouve, tu seras cocu !
Schutz. – C’est gai !
Hério. – Fallait pas te tromper !… C’est même pour ça qu’il y a tant de cocus… ce sont des femmes qui cherchent ! »

Extrait du livre de Christophe Barbier, Le monde selon Sacha Guitry, publié aux éditions Tallandier. 

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