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Le Front National tente de recruter des militants UMP.
Le Front National tente de recruter des militants UMP.
©Reuters

Éditorial

Le Front National, un parti comme les autres ? Oui, au moins quand il s'agit de mentir

L’ancien diplomate souverainiste Paul-Marie Coûteaux, chargé de recruter des membres de l’UMP pour le compte du Front National, s'est fait prendre en flagrant délit de mensonge dans un reportage de Canal +.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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Il arrive encore que la télévision n’ouvre pas seulement une fenêtre pour voir le monde, mais offre aussi d’aller regarder là où le spectateur n’est ni attendu ni souhaité. Dans le cas du journalisme politique, la petite lucarne permet alors d’accéder à ces coulisses au-delà des apparences savamment construites et de faire craquer le vernis brillant méticuleusement appliqué aux discours et aux hommes en plusieurs couches d’éléments de langage, de média training et de relooking vestimentaire.

L’émission « Le Supplément » sur Canal + le week-end dernier l’a démontré en s’intéressant à l’un des sujets forts de l’actualité politique du moment, celui des transfuges des partis « traditionnels » vers le Front National. Pour ce faire, la présentatrice Maïtena Biraben reçoit en plateau le vice-président du FN Florian Philippot et propose un reportage consacré à l’homme qui a justement convaincu Florian Philippot de passer des rangs de Jean-Pierre Chevènement à ceux de Marine Le Pen : l’ancien diplomate souverainiste Paul-Marie Coûteaux (qui est également un contributeur occasionnel d’Atlantico).

Paul-Marie Coûteaux est un homme important « dans le paysage politique actuel, chargé de chasser sur les terres de l’UMP pour le compte du Front National », explique Maïtena Biraben devant Florian Philippot, qui acquiesce en souriant. Nous voilà donc à la rencontre de monsieur Coûteaux, d’abord chez lui à Paris, puis avec lui au restaurant où il déjeune avec… Florian Philippot à qui il raconte son dernier succès : le recrutement au profit du FN d’un ancien élu RPR breton qui semble parfaitement illustrer ce déferlement de responsables politiques censés tourner casaque en ce moment, séduits qu’ils seraient par l’extrême-droite.

Le reportage nous emmène donc à Brest quelques jours plus tôt, où Paul-Marie Coûteaux explique au journaliste qui l’accompagne qu’il vient de déjeuner avec ce nouveau converti au bleu marine. Le sergent recruteur de Marine Le Pen monte alors dans une voiture, laissant le soin à l’équipe de télévision de le suivre dans un autre véhicule. Mais il oublie totalement qu’il est équipé d’un micro-cravate et d’un émetteur. Dans une séquence assez savoureuse, Paul-Marie Coûteaux explique alors à son chauffeur, se croyant « seul avec lui », comment il vient de mentir : « J’ai fait du bluff encore. J’ai dit qu’on avait fait deux adhésions parmi un ancien gaulliste très connu à Brest dans les années 90 et qui est tellement content qu’il a même fait adhérer sa femme. Donc ça fait deux adhésions (rires). Mais qui est-ce ? J’ai dit qu’il m’a connu à l’Institut Charles de Gaulle. Enfin, j’ai raconté tout un baratin. » Dans la foulée, en arrivant au siège local du Front National, le même Paul-Marie Coûteaux, toujours seul avec la personne qui est au volant, pique une colère en découvrant que le logo FN figure sur le bâtiment « Ca fait quatre fois que je te le dis, je ne veux pas qu’ils me filment devant le siège du FN ! ». Et Paul-Marie Coûteaux d’expliquer comment, s’il tente d’attirer au Front National des transfuges de l’UMP, il préfère pour sa part en rester au « Rassemblement Bleu Marine » et ne pas être associé au parti d’extrême-droite : « Je me fais suivre par ces journalistes. Je fais attention à profiter d’une certaine image, je ne vais pas la foutre en l’air parce qu’ils ne vont retenir que ça… »

Le retour des caméras sur le plateau de l’émission montre un Florian Philippot pour le moins coincé et bafouillant, tentant tant bien que mal d’improviser une justification aux mensonges plus que flagrants de son ancien mentor. Et plus encore que dans le reportage dans lequel Paul-Marie Coûteaux s’est piégé tout seul, c’est face à la caméra et en direct qu’a lieu le vrai moment de vérité, lorsque Florian Philippot lance à la présentatrice, en forme de réponse gênée : « Ah vous croyez que (l’intéressé tousse et tente un rire forcé) vous, vous n’avez jamais eu en face de vous un responsable politique qui ne vous a pas menti ? Vous pensez qu’il n’y a que Paul-Marie Coûteaux qui sur ce coup là a peut-être… N’a pas dit tout à fait la vérité ? »

Et voilà d’un seul coup l’aveu du vice-président du FN qu’exactement comme les autres partis politiques qu’il fustige à longueur de temps, le Front National ment aux journalistes, ment aux citoyens. Sur ce point-là au moins, la normalisation du Front National est bien réelle.

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