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Bonnes feuilles

Le corps parfait (voire augmenté) : la nouvelle obsession de l'homme moderne

L'objet de cet ouvrage est d'explorer ce qui mène du "souci de soi", tel que défini par l'Antiquité grecque, au "corps augmenté", dont le sport de haut niveau propose aujourd'hui une version expérimentale. Ce trajet n'est pas seulement un reflet historique, celui d'une histoire des pratiques corporelles qui inclurait la médecine, les gymnastiques, l'éducation physique et le sport. Extrait de "Du souci de soi au sport augmenté" d'Isabelle Queval (1/2).

Isabelle Queval

Isabelle Queval

Isabelle Queval est Professeure des universités. Directrice du Grhapes. INSHEA - Université Paris Lumières. Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité et les pratiques éducatives et scolaires (EA 7287).

 

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Au centre de la réflexion contemporaine, l’individu ne cesse de multiplier les facettes d’un égocentrisme toujours extrapolé. On pourrait les énumérer sans épuiser la liste et ainsi les résumer : sculpture de soi, comme sens donné à la vie, et visibilité – d’où célébrité – comme mode d’intégration sociale supposé. Vitrines premières, la télévision et Internet offrent une audience croissante à l’exhibition de soi, créant les fausses conditions d’une intimité recomposée, excentrique, banale, invitant à un voyeurisme las.

La littérature explore le gargouillis du "je" en croisant et recroisant sur les terres de l’autobiographie, devenue auto-fiction, mise en scène de soi par soi, accouchement. Et la métaphore corporelle, ici, n’est pas de hasard. Le corps est évidemment langage. Happé par l’image de manière tautologique, c’est lui qui rythme une littérature de l’intime : corps du sexe, du sang, de la violence, corps du quotidien surtout, appelé à témoigner de sa présence et de l’immanence du propos. C’est aussi lui qui assure de la beauté, de la santé, de la vie longue.

Le souci de soi contemporain est avant tout souci du corps. Et le corps exhibé de la télévision, de la publicité ou de la littérature, le corps socialisé de la minceur, du vêtement ou du piercing, renvoient à l’expérimentation d’un corps face à l’urgence du présent et à l’incertitude de l’avenir. Le corps est le lieu du soi. Il en est l’apparence et l’aliment. À la fois intériorité et extériorité, il peut donner à ceux qui le cultivent ou l’exhibent l’illusion de se saisir d’un univers clos et pourtant toujours malléable. Le futur devient un prétexte : "rester en forme", "vivre plus longtemps", "soigner son image".

Il n’est pas sûr que la jouissance elle-même soit au centre de la démarche. Et si elle l’est, c’est aussi dans une relation d’appropriation à ses objets : jouir, bien sûr, mais le plus possible. La performance, en ce début de 21e siècle, est éminemment corporelle. Toutefois, les nouveaux matérialismes qu’elle révèle – médical, alimentaire, sportif –, suggèrent aussi un rapport contemporain à la transcendance et à la temporalité. Car l’acquis n’est jamais une fin en soi, mais un moyen vers une autre fin, dans une relance indéfinie. Le corps est l’instrument obsédant d’une quête personnelle désormais éclatée.

Extrait de "Du souci de soi au sport augmenté" d'Isabelle Queval, publié aux Editions Eyrolles.

 

 

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