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Le cadeau empoisonné de François Hollande à Emmanuel Macron
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Edito

Le cadeau empoisonné de François Hollande à Emmanuel Macron

François Hollande a multiplié au cours des derniers mois qui ont précédé la fin de son mandat les artifices comptables.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Tout va mieux sous le ciel de l’économie française clament les experts, comme si les indices de la conjoncture voulaient saluer à leur manière la victoire d’Emmanuel Macron. La construction va connaitre un niveau record cette année avec 400 000 nouveaux logements sortis de terre.   La production automobile monte en flèche. Les Français se remettent  à consommer, les entreprises  à investir, la croissance pourrait se  montrer moins timide. Pas étonnant dans ce contexte que le moral  de la population se redresse, d’autant que l’approche des grandes vacances d’été pousse à l’optimisme.

Pourtant, derrière cette avalanche de bonnes nouvelles pourraient surgir quelques bombes à retardement. Le nouveau chef de l’Etat,  qui connait bien la maison, a commandé un audit qui sera communiqué à la mi-juillet pour connaître la situation exacte du pays. La Cour des Comptes a déjà indiqué  que tout ne serait  pas aussi rose que le manifestent certaines statistiques. Car, fidèle à un comportement classique lorsqu’approche une période  électorale, François Hollande a multiplié au cours des derniers mois qui ont précédé  la fin de son mandat les artifices comptables , de manière à présenter le tableau le  plus favorable, auquel il faudra désormais  donner son véritable visage  en supprimant tout ce qui relève du trompe  l’œil.

Le premier constat  est celui de la persistance lancinante du déficit  qui a atteint l’an  dernier un niveau supérieur en termes réels à celui de 2013 et se situe très au-dessus du niveau auquel il  avait été ramené il  y a dix ans,  à la veille de la grande  crise financière de 2008. Car, selon la  vieille  méthode qui persiste, on esquive  toujours les réformes  de fond, dont  on ne cesse pourtant de proclamer l’urgence, en faveur de  la politique du rabot, qui finit par coûter cher car elle se révèle paralysante.  Autres  techniques classiques : la sous-budgétisation de certaines missions  qui permet de reporter à plus tard certains déficits, ou encore la sortie du périmètre de l’Etat des dépenses qu’il faudra bien réintégrer un jour pour avoir la vérité des comptes. Mais il y a pire : les promesses annoncées qui aggraveront  dans les  années futures les dépenses  publiques, comme  la hausse du point  d’indice pour les fonctionnaires, où les mesures financières qui découleront de l’accord passé par François  Hollande  sur l’évolution des carrières dans la fonction publique dont le poids se fera sentir plus lourdement au fil des ans.

L’une des bombes à retardement les plus dangereuses concerne aussi le  niveau de la dette. Celle-ci s’est accrue de 23% depuis 2011, ce  qui est considérable :  mais l’aggravation a été masquée en partie par  la  diminution  de la charge annuelle qu’elle impose au budget,  en raison de la baisse considérable des taux d’intérêt,  qui sont même devenus négatifs  pendant quelques mois, ainsi que par des recettes exceptionnelles  du es aux amendes infligées à certains  contribuables ayant omis de déclarer des capitaux transférés à l’étranger et qui sont aujourd’hui en  diminution, tout comme  l’ensemble des recettes provenant  de la lutte  contre la fraude fiscale. Cette période de facilité artificielle est aujourd’hui révolue. Le danger le plus proche  est désormais celui de la remontée des taux d’intérêt qui s’est amorcée, tandis que la politique laxiste de  la banque centrale européenne  commence à connaître ses limites. C’est dire que les annuités de la dette pourraient s’alourdir très rapidement  de plusieurs milliards  par an, sous l’effet des besoins de financement qui atteindront des niveaux record, avec une  conséquence irrémédiable : la quasi inexistence des marges de manœuvre à la disposition du gouvernement pour établir la prochaine loi de finances. Autrement  dit, l’ amélioration de  la  conjoncture économique ne va pas faire naître une cagnotte  que l’on serait  tenté de distribuer avant même qu’elle ait pris consistance, alors que la priorité devrait  consister à réduire la  dépense publique face aux  demandes d’amélioration du pouvoir d’achat  qui risquent de  se  multiplier.  

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