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Joffrin, DSK et la « gauche truffe »
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EDITORIAL

Dans son édito de La feuille de choux, supplément « cuisine et gastronomie » du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin s'amuse à croire que nous sommes passés "de la gauche caviar à la gauche truffe". Mais le journaliste oublie-t-il ce qu'il écrivait après les "ravioles aux truffes" dégustées par DSK lors de son fameux dîner new-yorkais ?

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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Connaissez-vous La feuille de choux ? Non ? Dommage. Il s’agit du supplément « cuisine et gastronomie » du Nouvel Observateur. Feuille de choux, jeu de mots, auto-dérision, ça commençait plutôt bien. Ce huit pages couleur est ce qu’on appelle dans le jargon de la presse un « piège à pub ». Le premier numéro paru mi-décembre est sponsorisé par les champagnes Pommery qui s’affichent en une et en dernière page.

Mais là ne réside évidemment pas l’essentiel. Le morceau de choix de cette feuille de choux est l’éditorial signé de la main innocente du directeur du Nouvel Obs, Laurent Joffrin. S’essayant à l’humour et au courage politique, il écrit : « On dira que nous sommes passés sans vergogne de la gauche caviar à la gauche truffe. C’est une conversion délibérée : les sondages montrent sans appel que le caviar bling-bling est en perte de vitesse. En ce mois de décembre déjà dominé par la présidentielle, la truffe paysanne tient le haut du pavé, surtout si elle vient de Corrèze (nda : une fine allusion aux bons sondages de François Hollande, je suppose…) ».

En lisant ces lignes, je me suis pincé. J’ai cherché dans mes archives et retrouvé un édito du même Joffrin daté du 4 juillet 2011, au moment où l’on apprenait que le procureur Vance envisageait d’abandonner toutes charges contre DSK. On s’en souvient, pour fêter l’événement, l’ancien directeur du FMI s’était rendu dans un restaurant italien de New York en compagnie de son épouse et d’un couple d’amis et s’était délecté de ravioles aux truffes. Ce repas, dont l’addition avait été détaillé dans les journaux, avait déclenché une réaction outrée de nombreux commentateurs et suscité une analyse lumineuse de… Laurent Joffrin. Extraits de l’article du 4/07 : « Soudain rétabli dans ses espoirs d’être blanchi, Dominique Strauss-Kahn est allé manger des pâtes aux truffes (…). Une nouvelle fois, DSK manie mal les symboles ; il passe de la gauche caviar à la gauche truffe (sic). C’est donc qu’il ne se soucie plus de l’opinion et encore moins de la présidentielle ».

Que dire alors de Joffrin lui-même, détracteur du caviar et nouveau chantre de la truffe qu’il propose au menu de sa gauche ? Le Nouvel Observateur ne se soucierait-il plus de la présidentielle ?

En vérité, je confesse ici ma difficulté à interpréter le lien incontestable entre ces deux papiers publiés à presque six mois d’intervalle. Leur auteur est-il victime, de temps en temps, comme Jacques Chirac, d’anosognosie? A-t-il purement et simplement oublié avoir voué aux gémonies la « gauche truffe » avant de fièrement la revendiquer ? Je pencherais quand même pour l’acte de contrition manqué. L’édito de La feuille de choux de décembre devait peut-être effacer celui de l’Obs de juillet. Il se termine d’ailleurs par une phrase d’inspiration ô combien strauss-kahnienne : « Comme le plaisir qui est, cette fois-ci, notre seule boussole ». A quand un dossier « Spécial Hôtels », M. Joffrin ?

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