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Laurence Sailliet : "J'ai décidé d'être candidate à la présidence des Républicains"
©Jean-Philippe Riant

Grand entretien

Laurence Sailliet : "J'ai décidé d'être candidate à la présidence des Républicains"

Laurence Sailliet, membre du bureau politique Les Républicains, a décidé d'être la "candidate de la refondation", car elle n'appartient "à aucun clan" et ne porte pas la responsabilité des échecs passés.

Laurence Sailliet

Laurence Sailliet

Laurence Sailliet, ex-porte-parole Les Républicains, est chroniqueuse politique.

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Atlantico : Vous souhaitez-vous présenter à l'élection à la présidence du parti Les Républicains. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? On répète souvent que la droite est portée par une forte culture du chef, pensez-vous qu'un visage nouveau comme le vôtre puisse s'imposer aisément dans ce registre et mener à bien le travail de refondation dont le parti a besoin ?

Laurence Sailliet : Je souhaite être candidate à la présidence des Républicains car je pense qu'il faut totalement refonder le parti et je peux être la candidate de cette refondation. D'abord parce que je n'appartiens à aucun clan, à aucune écurie. Ensuite parce que je ne nourris aucune ambition personnelle. Enfin, je ne porte pas la responsabilité de nos précédents échecs. Mon seul souci c'est le collectif. 

Je proposerai une méthode qui va mettre les adhérents au cœur même du projet et des décisions et en toute circonstance. C'est l'inverse des méthodes du passé : culture permanente du chef et caporalisation des militants. Les adhérents doivent s'approprier le parti, soit l'inverse de ce que l'on a toujours fait. Le choix du président du parti n’est ni le choix d’une ligne politique, ni le choix d’un candidat pour la prochaine présidentielle. C’est celui d’un homme ou d’une femme capable de rassembler, à travers la méthode d’élaboration d’un projet, l’ensemble de notre famille politique. Pour y parvenir, il faut quelqu’un de neuf et qui n’ait pas de passif dans l’histoire du parti.

Je constate que depuis notre défaite on ne prend pas le chemin d'une refondation ou d'un changement de méthode. Si personnene tape pas du poing sur la table rien ne changera. J’ai donc pris l’option d’agir.

Vous faites partie du bureau politique du parti mais n'avez pas forcément été repérée par le grand public, sur qui comptez-vous pour pallier ce déficit de notoriété ? Et première étape, avez-vous réuni les conditions pour que votre candidature soit effectivement retenue ?

Je sais que cette étape des parrainages des parlementaires et des adhérents sera difficile. C’est pour cela que j’annonce ma démarche très tôt. 

Vous parlez d'un engagement pour une droite moderne, européenne et pragmatique, derrière les mots quelle est la vision concrète que vous souhaitez porter ?

Le président du parti doit porter le projet qui sera établi par les militants. Son élection ne doit donc pas se faire sur un combat diviseur de lignes politiques. Bien sûr j'ai des convictions fortes mais elles ont le même niveau d'importance que celles de chaque adhérent. Il faut repartir sur de bonnes bases, sortir des vieux réflexes politiques. A ce stade de la mandature, le parti politique ne doit pas être une écurie présidentielle. Ce que je souhaite aujourd'hui à travers cette annonce de candidature, c'est mettre en avant le fait que pour moi le président d'un parti est celui qui doit mettre en place une organisation et j’insiste une nouvelle méthode qui permette de créer de l'adhésion sans clivage, en rassemblant. Une droite moderne c’est une droite qui propose de nouvelles méthodes et de nouvelles idées. Une droite pragmatique c’est une droite qui sait écouter sa base pour mieux répondre à l’ensemble de nos concitoyens. 

L'Europe fonctionne mal et le couple Franco-allemand a perdu de son rôle moteur, être pro-européenne aujourd'hui, ça veut dire quoi? Faut-il par exemple aller vers une logique de noyau dur pour approfondir l'intégration européenne comme l'avait d'ailleurs exposé Laurent Wauquiez dans un livre ?

Pour moi être pro-européenne c'est d'abord reparler de manière positive de l'Europe et porter un nouveau projet européen. Souvent la droite est caricaturée sur ce sujet et présentée comme non européenne. Ce n'est pas vrai du tout. Cependant il faut redéfinir une Europe positive, une Europe qui apporte à l’ensemble de ses citoyens.  Concernant l'idée de Laurent Wauquiez, elle est tout à fait crédible, mais l'Europe pour moi ce n'est pas uniquement le couple franco-allemand et les six fondateurs. L'Espagne et le Portugal par exemple ont naturellement leur place dans le premier cercle.

Emmanuel Macron semble avoir fait voler en éclats le clivage gauche droite, la droite elle-même ne semble plus très bien être capable de définir ce qui la différencie des autres partis, être de droite dans le monde actuel, que cela signifie-t-il pour vous, en termes de valeurs comme de choix politique concrets ?

Etre de droite cela ne peut pas se définir, pas en quelques mots. C’est une manière d’appréhender la société et les grandes lignes de son évolution avec les notions de liberté, de responsabilité et de mérite. C’est faire plus confiance à l’individu qu’au système. Pour moi Emmanuel Macron n'a pas réussi à faire voler en éclat ce clivage et nous le constaterons au fur et à mesure de l’évolution de son mandat.

Vous parlez d'un engagement pour une droite populaire, quelles propositions la droite devrait-elle porter selon vous pour sortir du réduit sociologique dans lequel elle s'est un peu enfermée pendant l'année électorale 2017 ?

Ce que je souhaite c'est que la droite parle à tout le monde. Comme je l’ai dit, redonner la parole à la base, c’est le seul moyen de répondre aux aspirations de nos concitoyens. Sans vouloir être caricaturale, nous nous sommes trop souvent limités à l’analyse de quelques experts parisiens confinés dans leur bureau.  

Tout comme la droite avait eu de la peine à trancher sur l'interprétation de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, entre ceux d'une part, qui considéraient qu'il avait perdu à cause de la ligne Buisson et ceux d'autres part qui considéraient qu'il avait fait un score meilleur qu'espéré grâce à cette même ligne Buisson. Selon vous, François Fillon a-t-il perdu à cause des affaires ou de la ligne politique qu'il avait choisie en proposant une synthèse entre libéralisme économique et conservatisme ? En outre, la droite a-t-elle perdu en raison de l'entêtement de François Fillon ou parce que le parti n'a pas fait campagne derrière lui ?

Les deux. Après la primaire il aurait été judicieux que François Fillon tempère son projet en s’inspirant notamment de quelques propositions exprimées par d’autres candidats. Malgré les affaires le parti a fait campagne derrière lui, dire le contraire c’est entamer un faux procès. Maintenant il nous faut tourner la page. Notre électorat est tellement désemparé et dégouté qu’il nous faut maintenant lui parler d’avenir et lui redonner espoir. Ceci passe par le triptyque que je propose : nouvelles méthodes, nouveaux visages, nouvelles idées.

Vous êtes proche de Xavier Bertrand, pendant la primaire vous vous étiez rapprochée de Nicolas Sarkozy, votre candidature a-t-elle été concertée avec l'un ou l'autre… dit autrement votre candidature fait-elle partie de la stratégie d'un poids lourd du parti ?

Non, absolument pas. Je suis une femme libre. Je ne fais partie d'aucune stratégie. C'est ma décision et elle n’est motivée que par ma conviction profonde de pouvoir servir de manière efficace à l’indispensable refondation de mon parti.

Xavier Bertrand a annoncé qu'il ne serait pas candidat mais s'est montré très critique vis-à-vis de Laurent Wauquiez qui lui, le sera certainement. En tant que proche de M. Bertrand, partagez-vous ses réticences vis à vis du président de Ia région Auvergne-Rhône-Alpes ?

J'ai beaucoup de sympathie et de respect pour Laurent Wauquiez. S'il était candidat, ce qui n'est pas le cas pour le moment, n'attendez pas de moi des critiques, je n'ai pas de temps à perdre avec cela. 

Que vous inspirent les débats actuels qui divisent la droite, notamment entre Constructifs décidés à permettre à Emmanuel Macron de mener à bien son projet présidentiel et tenants d'une opposition résolue ? Ou encore entre modérés et partisans d'une ligne plus droitière, notamment en matière sécuritaire, identitaire ou migratoire ?

Les constructifs ont monté un groupe à l'Assemblée nationale. Au sein même du groupe Les Républicains beaucoup se sont abstenus sur la confiance Nous ne pourrons pas faire de politique en nous positionnant uniquement sur le thème « pour ou contre Macron ». Nous devons élaborer un vrai projet sur lequel se fondera notre positionnement. 

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