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Haro sur l'appauvrissement
de la langue française !
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Trop pas

Haro sur l'appauvrissement de la langue française !

Coup de gueule de Sophie de Menthon contre les tics de langage.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Toutes les époques ont connu leurs tics de langage et leurs dégradations grammaticales. Aujourd’hui, si la langue s'enrichit d'innombrables termes informatiques, scientifiques et anglicistes, elle s'appauvrit d'autant ; l'orthographe est devenue anecdotique face à la sacro sainte communication qui s'autorise onomatopées graphiques et bavures auditives.

L'accent tonique lui même a voyagé, il s'est déplacé sur la dernière syllabe ce qui a pour effet d'alourdir les mots et de leur donner un petit accent trainant issu des banlieues. Ce que nos grands-mères estimaient "vulgaire" est devenu à la mode ; il faut afficher un parler et un ton populaire. Les liaisons n'y résistent pas, certaines formes grammaticales (ne) sont carrément pas cools : demander "comment vas-tu ?" est quand même infiniment moins sympa que de dire "comment tu vas ?", les négations n'ont pas bonne presse, trop précieux.

Joyeux massacre

La syntaxe réduite au minimum est un signe d'empathie, un côté parler enfant du type : « Tout le monde il est sympa, pas de frontière grammaticale entre nous. A ce propos, remettre un article pour doubler le sujet est très mode : « Ma phrase elle a plus de poids comme ça » !  Pourquoi pas mais à condition que l’on sache manier la langue en maîtrisant parfaitement la syntaxe, à partir de là seulement, on peut en jouer autant qu'on veut.

Certaines formulations sont bien le résultat d'un appauvrissement de l'expression et de la réflexion qui la sous-tend, les comportements s'en ressentent. Le langage est le reflet de la société et s’il faut vivre avec son temps, doit-on pour autant accepter des dégradations qui ne sont pas sans conséquences ? Le niveau d’expression se réduit de plus en plus, preuve en est les interviews effondrantes désormais habituelles, qu'il s'agisse d'un sportif ou d'un héros de télé-réalité, tous nous assènent leurs commentaires sur le même modèle, sans vocabulaire mais d'un air satisfait imbu de formules toutes faites qui finissent par déteindre sur tous les auditeurs et surtout sur les jeunes.

"Je me suis fait plaisir" est devenu le sésame permettant de commenter n'importe quelle situation, que l'on ait perdu le match ou que l'on soit premier à une compétition ! Des expressions vides masquent l’incapacité assumée d'analyser, de réfléchir ou d'expliquer avec des mots ; on ne peut s'empêcher d'avoir peur que  la pensée ne se réduise autant que le vocabulaire .

Ainsi le verbe "manger", qui  traduit certes une de nos préoccupations principales, se tartine-t-il à toutes les sauces ; est-ce parce que les repas disparaissent que nous ne petit-déjeunons plus ? Que nous ne déjeunons pas ? Que nous goûtons encore un peu en maternelle, que le dîner est aux oubliettes ? Nous ne parlerons pas du souper... A la place : on mange. On "mange avec", pas avec une fourchette, non ! On fait à manger, on ne prépare pas un repas. On achète à manger, etc. Et les instituteurs sont les premiers à véhiculer cette régression alimentaire ! On ne peut s'empêcher d'attribuer un peu à cette pauvreté des mots le fait que l'on se tienne de plus en plus mal à table?

L'expression est une forme de savoir vivre, et le sujet doit en préoccuper plus d'un, lorsqu'on voit que Le Monde et Le Figaro (sans concertation, c'est certain !) ont choisi cet été de consacrer des rubriques régulières, justement au savoir-vivre. "C'est class" ( sans E  à class svp) n'a plus grand chose à voir avec un désir  de distinction quel qu'il soit. Or cette notion de distinction dénote un plaisir et un désir de s'élever et dans la société et vis-à-vis de soi-même, le mépris du savoir-vivre est un mépris du savoir-être. On doit bien parler, bien se tenir, se distinguer dans le bon sens du terme. Mais pour cela le sens de l'effort est nécessaire... et tout cela doit perdurer même si les barrières des classes sociales s'effacent pour le plus grand bien de la promotion sociale à portée de tous...mais pas au prix d'un nivellement par le bas.

A propos de laxisme, je ne résiste pas au commentaire sur le complément d’objet direct, supposé s'accorder lorsqu'il est placé avant le verbe accompagné de l'auxiliaire « avoir ». Vous me suivez ? Exemple : « La jolie robe que j'ai misE ». Ce n'est pas grave ? Mais si. A la radio, à la télévision ,une fois sur 10 seulement l'accord du participe passé est respecté or pour un journaliste c'est étymologiquement une faute professionnelle ! En  France, les lois sont aussi peu respectées que les règles de grammaire, peut-être y a-t-il trop de lois et de règles, alors supprimons les si c'est le cas !

Trop de "bon" tue l'enthousiasme

Révélateurs aussi les tics qui jonchent nos échanges quotidiens. Sommes-nous plus chaleureux à force de nous souhaiter mécaniquement à longueur de journée les meilleures choses qui soient,  « bonne journée », « bonne après-midi », « bonne fin d'appétit » (au restaurant : le début d'appétit est vite usagé ), « bon lundi »... « Bonne promenade », « bon ciné », etc. Le tout bien sûr, alors que l’accueil en général se dégrade d'autant ! Et le "bon courage !" qui accompagne chacun des moments de nos vies. Avez-vous remarqué que l'on vous souhaite bon courage pour tout et en toutes circonstances ? Vous partez travailler ? Bon courage. A la fac ? Bon courage. On vous quitte dans l'ascenseur ? Bon courage. Définition du dictionnaire  : "fermeté face au danger".

J'ai toujours eu de l'indulgence pour la vulgarité qui a son panache, ses excès, sa langue verte, son style ; le vulgaire à sa façon assume une forme de choix de vie... Mais il y a bien pire, c’est d’être « ordinaire » et nous devenons « ordinaires », la contagion devient alarmante...  Ordinaire le terme "enchanté" par exemple, accompagne triomphalement la première poignée de main. Enchanté est à « bonjour » ce que « au plaisir » est à l’au-revoir ! L'impétrant de surcroit a l'impression d’être so chic ! « Nice to meet you » se traduit par enchanté ! Où est l’enchantement dans cette expression dévoyée ? Le règne de l'abréviation au mépris des nuances, renoncer à construire une phrase avec le choix des mots : « Je suis heureux de vous rencontrer », « J'ai beaucoup entendu parler de vous », « Je suis ravi de faire votre connaissance », etc.. autant d'expressions plus riches qui vous permettent d'exprimer un enthousiasme généralement absent !

Comment ne pas signaler le TROP ? Un comparatif devenu le substantif de toutes les émotions, un comparatif véritable envahisseur de toutes les descriptions. Impossible d'expliquer à un enfant ce que "trop" veut réellement dire. Et devant le "J'aime trop pas" d'un ado décérébré pas facile de ne pas baisser la garde.

Vous l'aurez compris : j'aime pas trop !

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