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La nouvelle tour Montparnasse : architecture de la honte ou honte de l’architecture ?
©Reuters

La question est posée

La nouvelle tour Montparnasse : architecture de la honte ou honte de l’architecture ?

L’actuelle tour Montparnasse n’est pas pour rien dans la détestation par les Parisiens de l’urbanisme de hauteur. Sorte de manifeste brutaliste du début des années 1970, elle a délibérément tranché par sa couleur noire, sa taille, son implantation sur dalle, ses matériaux, avec tout ce qui l’entourait à quatre kilomètres à la ronde.

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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A peu près élancée vue depuis la rue de Rennes, elle est courtaude et incongrue si on la contemple du jardin du Luxembourg ou du Champ-de-Mars, preuve s’il en est qu’une architecture en hauteur dans une ville basse doit être soigneusement étudiée car le bâtiment peut surgir ensuite dans des perspectives inattendues.

Honnie et amiantée, elle a mal vieillie. Certains prônaient sa destruction mais l’on s’est contenté de lancer son rempotage radical, sous le nom de restructuration, terme tout à fait adapté puisque son enveloppe extérieure et une grande partie de ses aménagements intérieurs vont changer.

A l’issue d’une consultation à laquelle paraît-il sept cents candidats ont concouru, le jury a déclaré lauréat un projet dont il ne faut pas douter que les agences de communication, acteurs essentiels de l’urbanisme d’aujourd’hui, vont nous chanter les louanges. De la verdure, des plantes, des arbres, de la transparence, du verre et au diable cette vilaine couleur sombre : que demande le peuple parisien ? Naturellement toutes les cases de la consommation énergétique réduite et autres bienséances écologiques sont cochées par les concepteurs du projet.

Désolé d’être rabat-joie mais il se pourrait bien que le résultat final, une fois concrétisées les belles images délivrées dans la presse, ne soit pas du tout à la hauteur des espérances et que l’objet en question vieillisse très mal.

Car de quoi s’agit-il ? En usant et abusant de ces fameux concepts-matériaux de transparence, de verre et de verdissement, on empile les poncifs et les lieux communs. C’est une architecture qui a un peu honte d’elle-même et qui prétend disparaître dans le ciel ou être noyée dans les plantations. Mais la grande architecture s’affirme, surtout quand elle traite d’un grand bâtiment. A trop avoir honte de soi, on finit par faire partager ce sentiment aux autres.

Empilées, ces bonnes intentions tournent en effet au patchwork. La transparence sur une masse bâtie aussi massive est un vain mot, un concept publicitaire mensonger qui ne saurait correspondre aux annonces démagogiques qui l’accompagnent. La même arnaque est d’ailleurs à l’œuvre avec le projet de tour Triangle qui se concocte porte de Versailles.

Une part importante de la « peau » extérieure de la tour va se transformer en une sorte de damier de cellules réfléchissantes quand le haut et le bas du bâtiment seront comme truffés d’arbres censément visibles de l’extérieur. Tout cela risque fort de se traduire par une architecture confuse, un objet de compromis avec l’air du temps qui sera en outre particulièrement difficile à maintenir dans l’état où il nous est aujourd’hui présenté. Bref, la cause de l’échec des années 1970, à savoir le dogmatisme du moment produira le même effet sous une forme différente.

Enfin, on notera qu’une équipe loco-locale l’a emporté sur d’affreuses agences étrangères notamment américains ou hollandaises. La gloriole nationale et la popularité de la mairie d’Hidalgo dans le microcosme des architectes parisiens sont sauves. C’est bien utile pour se constituer un cheptel. 

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