"La mouette" : Nicole Garcia, mémorable Arkadina | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"La mouette", de Anton Tchekhov se joue jusqu'au 12 octobre.
"La mouette", de Anton Tchekhov se joue jusqu'au 12 octobre.
©Musee-orsay.fr

Atlanti-culture

"La mouette" : Nicole Garcia, mémorable Arkadina

Frédéric Bélier-Garcia dirige sa mère, la star Nicole Garcia, dans une pièce qui traite justement des relations entre une grande actrice Arkadina et son fils, créant une mise en abyme intéressante, et ce d'autant plus que Tchekov lui-même avait aussi un père déstabilisant et très autoritaire.

Françoise Hamel pour Culture-tops

Françoise Hamel pour Culture-tops

Françoise Hamel est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

Voir la bio »

Thème

L’attente, l’ennui, les espérances et les désespoirs dans le cadre bucolique d'une propriété à la campagne, comme souvent chez Tchekhov où tout le monde est malheureux en plein air mais d’un malheur si enthousiasmant et si plein de charme!

Né de serfs affranchis, au sud de la Russie, Tchekov (1860-1904), s’y connaît en asservissement et en rêves d’aller vivre la bohème à Moscou. Comme sa Mouette, Nina la future comédienne qui s’y brisera les ailes. Mais avait-elle du talent ?

Les ailes de la jeune Macha, un noir corbeau, ne voleront jamais vers la liberté. Elle boit trop et, lucide, elle sait qu’elle porte déjà "le deuil de sa vie ". Au contraire, la grande actrice en villégiature, Arkadina (Nicole Garcia) est la vie même, l’arrogance, l’élan que rien n’arrête. Trop enfermée dans sa propre aura, elle ne voit pas le désespoir de son fils Constantin, un poète talentueux qu’elle dit ne pas avoir le temps de lire et laisse sans le sou. Blessure cruelle: elle lui impose la présence de son amant, un écrivain au "talent gentillet" mais qui a du succès. Les passions, les regrets recuits, les renoncements lucides ricochent au bord d’un lac, dans la propriété d’un ancien magistrat allergique à la campagne et qui lui aussi, se serait bien vu écrivain. Personne n’est à sa place. Comment survivre?

Points forts

Frédéric Bélier-Garcia dirige sa mère, Nicole Garcia. On est forcément gentiment voyeurs car la pièce traite des relations entre une mère et son fils. Arkadina, la grande actrice, étouffe le sien, le rabaisse, le caresse de gestes qui en même temps le bâillonnent. Elle en fait une graine de "raté " et de désespéré. Tchekhov lui, eut aussi un père déstabilisant et très autoritaire, mais obsédé par les chants et la religion.

Pendant toute la pièce, nous attendons le drame final. La présence d'un fils de 25 ans rappelle à Arkadina qu’elle finira par vieillir, même si elle a pour principe de ne pas regarder vers le futur et d’ignorer la vieillesse et la mort. Sa devise : "Ce qui doit arriver, arrivera".

L’on se surprend à imaginer les possibles tourments des comédiennes, surtout les stars, comme Nicole Garcia. Avec son ton très spécial, saccadé, musical, comme brisé et qui contraste avec une présence très forte, presque virile. Elle incarne une Arkadina mémorable.

Dans sa vraie vie, son fils, également son scénariste, n’est pas le petit garçon attardé de la pièce de Tchekhov ( excellent Manuel Le Lièvre). Frédéric Bélier Garcia est ,en effet, un grand garçon réussi qui après avoir enseigné la philosophie, monte des opéras et Schnitzler et Marie NDiaye… et propose aussi en ce moment "Trahisons" de Pinter à la Comédie Française (cf. chronique du jeudi 9 octobre). Il est le directeur du Nouveau Théâtre d’Angers qu’il anime avec Daniel Besnehard.

La scénographie de Sophie Perez et de Xavier Boussiron, visuellement très riche, apporte de l’ampleur, un effet de cinémascope emporté par les musiques. Au fond de la scène, les meubles des pièces de la maison sont présentés frontalement comme au musée des arts décoratifs . Et les tissus, les coupes des costumes sont d’une rare qualité; mais comment s’en étonner en lisant les noms de Catherine et Sarah Leterrrier. En robe d’été aux couleurs de Vuillard, Brigitte Roüan / Paulina sort d’un tableau. Quant à la longue robe dorée de Nicole Garcia, toutes les femmes la voulaient...

Points faibles

Nous sommes dans un climat et des décors d'une fin de XIXe siècle plus français que russe. Mais la peinture est bien à la Vuillard et elle exprime la vieille Europe intemporelle alors tant pis pour l’âme slave et le samovar qui restera chez l'antiquaire.

En deux mots ...

Arriver à Nanterre-Amandiers dans un hall subtilement rénové est un plaisir. Les grandes heures de ce théâtre mythique, signées Patrice Chéreau et Jean-Louis Martinelli, sonnent à un autre carillon avec les nouveaux directeurs, Philippe Quesne et Nathalie Vimeux, qui annoncent une "sphère intime, un engagement politique, une prise de conscience écologique et la mélancolie urbaine" plus un accent mis sur le jeune public. Alors le théâtre continue.

Recommandation

Excellent. Excellent Vive le théâtre!

Infos et réservations

"La mouette", de Anton Tchekhov. ATTENTION : JUSQU’AU 12 OCTOBRE SEULEMENT.

Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia Avec Nicole Garcia, Brigitte Roüan, Michel Hermon, Stéphane Roger,Manuel Le Lièvre, Eric Berger, M-H Brekke, Jan Hammenecker, Ophélia Kob, Agnès Pontier.

Théâtre de Nanterre-Amandiers, 7 avenue Pablo Picasso, 92022 Nanterre.

Tél. : 01 46 14 70 00. Du mardi au samedi, à 20h30; dimanche, à 15h30; et le jeudi, à 19h30.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !