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La laïcité française : un concept incompréhensible en Islam ?
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Bonnes feuilles

La laïcité française : un concept incompréhensible en Islam ?

Alain Rodier et Jean Lafontaine publient "L'Islam radical en France, Pour y voir plus clair" aux éditions Histoire et Collections. Ce livre propose d’éclairer le lecteur sur la nature véritable du discours du fondamentalisme musulman. Extrait 1/2.

Jean Lafontaine

Jean Lafontaine

Jean Lafontaine est l'auteur de l’ouvrage L’islam de France (et d’Europe). Un message de paix ?, aux éditions 7écrit. Il a également publié Les sources doctrinales de l’État Islamique, aux éditions UPPR.

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Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Compte tenu de son histoire religieuse, la France est le porte-étendard d’une laïcité vigoureuse – voire agressive – en Europe et dans le monde. Dans ce contexte, la France est une cible privilégiée pour l’islam puisque la laïcité est incompatible avec les principes mêmes de l’islam. En effet, l’islam, revendiquant sa supériorité sur tout autre système humain de part son origine divine et la clôture de la révélation monothéiste qu’il est censé représenter, il est naturel qu’au regard de l’islam la séparation chez l’homme, et par conséquent dans la société, du religieux et du non-religieux soit impossible.

Nulle part le Coran ne propose de dissocier du religieux la moindre des activités humaines. Comme tout le monde le sait en pays d’islam, « l’islam est religion et État » (« al islam dine wa daoulat »), et le Coran est clair sur la question :

Sourate 12, verset 40 : « Le pouvoir n'appartient qu’à Allah. Il vous a commandé de n'adorer que Lui. Telle est la religion droite ; mais la plupart des gens ne savent pas. »

Sourate 18, verset 26 : « Allah n'associe personne à son commandement. »

La Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 confirme par exemple dans son introduction l’évidence du statut universel de l’islam : « Considérant qu’Allah a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunna de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains ; […] ».

Le roi du Maroc Hassan II l’avait suffisamment dit aux Européens : l’islam ne peut pas être laïc (et aucun pays musulman d’ailleurs ne l’est aujourd’hui, même la Tunisie).

L’État islamique ne fait donc que reprendre la doctrine coranique : « Le musulman, lui, sait qu’Allah est le seul législateur et que quiconque fait des lois en dehors du cadre du Coran et de la Sunna est un mécréant qui s’est associé lui-même à Allah. » Tout musulman qui prétend que les lois de Dieu ne sont pas supérieures aux lois de la République ou qu’il est possible de produire un islam en phase avec la laïcité française prêche une doctrine contraire au Coran, et est donc un apostat. Pour l’État islamique, tous ceux qui prêchent une forme quelconque de reconnaissance de la laïcité sous la forme de l’acceptation de la séparation du politique et du religieux sont à combattre, même s’il s’agit de musulmans pourtant considérés comme « fondamentalistes » en Occident : « De nos jours, des groupes affiliés au parti des Frères musulmans participent à la démocratie et font le serment de respecter les constitutions de la mécréance pour soi-disant arriver à juger par la chari’a. » Cela étant le problème des Frères musulmans, dont l’objectif final est le même que celui de Daech, l’établissement du califat mondial, la seule différence résidant dans la manière d’y parvenir – l’entrisme dans les sociétés démocratiques en profitant des failles qu’offre le système démocratique – sera étudié dans la suite de ce livre.

Ainsi, tous les pays musulmans font référence de façon très claire dans leurs institutions à la primauté de l’islam, généralement religion d’État. Il suffit de lire les codes (famille, droit pénal, etc.) des pays musulmans pour constater la place centrale qu’y tient l’islam. La soumission de l’islam à l’État français laïc est absolument contre-nature et ne peut être que temporaire jusqu’à l’établissement souhaité de la chari’a. Cette situation a été très bien analysée il y a déjà un demi-siècle par Jules Monnerot dans son remarquable ouvrage Sociologie du communisme (Éd. Libres - Hallier), le communisme étant pour lui le « nouvel islam du XXe siècle » : « L’islam nous a légué le modèle d’une société où le politique et le sacré sont confondus. Le Coran était la règle indissolublement religieuse, politique et civile. Les infidèles ne pouvaient être que des tributaires. Ils étaient objets de l’histoire et du droit, non sujets. L’empire ottoman se contenta de leur prendre leurs enfants pour en faire des janissaires. Pendant la grande période conquérante, ce qu’il y avait dans l’islam d’État, au sens que nous donnons à ce mot, participait de la doctrine sacrée du prophète, était le corps, la chair et la vie de la doctrine. […] Cette confusion du politique et du religieux fut une des caractéristiques majeures du monde islamique : elle permet à des chefs d’État d’agir en dehors des frontières de leurs États en tant que « commandeurs des croyants » (Emir al muminim). Ainsi des khalifes ont disposé d’instruments dociles, d’âmes damnées, partout où il y avait des hommes qui relevaient de leur autorité. Les frontières territoriales, par lesquelles certains de leurs sujets semblent leur échapper, ne sont que des obstacles matériels. […] De manière assez comparable à ce qui se produisit lors de l’apparition de l’islam, le « communisme » se présente à la fois comme religion séculière et comme État universel. […] Religion séculière, il draine les ressentiments, organise et rend efficaces les impulsions qui dressent des hommes contre des sociétés où ils sont nés, il travaille obstinément à entretenir, favoriser, accélérer cet état de séparation d’avec elles-mêmes, et de sécession d’une partie de leurs forces vives qui précipite les rythmes de la dissolution et de la destruction. […] Ces religions n’ont pas de frontière. La Russie soviétique, qui n’est que le centre géographique d’où rayonne l’expansion communiste, ne peut admettre de frontières que provisoires. Les frontières de l’expansion russe ne tracent jamais à cet « islam » en marche que des limites temporaires. Le communisme, comme l’islam conquérant, ignore la distinction du politique et du religieux. […] En tant qu’‘islam’, et l’entreprise russe communiste, et l’entreprise pangermaniste ‘aryenne’ ont subordonné en principe le monde entier qu’elles veulent régir à cette ‘participation mystique’ d’une ‘orthodoxie’ et d’un peuple historique (surtout de la suprême élite de ce peuple, en qui s’incarne la ‘race’ dans le système hitlérien, et la doctrine marxiste, c’est-à-dire la ‘science’, dans le système russe). […] Dans le national-socialisme allemand, comme dans le communisme, il y avait conjonction d’une tyrannie politique, d’un ‘islam’ [conjonction conquérante d’une religion et d’un peuple], et d’une ‘doctrine de la prédestination.’ »

Le danger est d’autant plus grand que les Occidentaux ne comprennent pas la nature de la menace représentée par l’islam comme ils n’ont pas, pour beaucoup, compris dès le départ la nature du communisme. Jules Monnerot écrivait avec beaucoup de clairvoyance (communisme et islam étant transposables dans le texte qui suit) : « Pour l’homme cultivé d’Europe ou d’Amérique, s’il n’est pas communiste, le communiste est un fanatique religieux au service d’un empire en expansion qui tend à la domination mondiale. Aux yeux des communistes, il n’en est pas ainsi : l’avènement du communisme est ‘ce qui doit arriver’ : toute l’histoire, tout le passé humain ne prend de sens que par ce fait futur. Le communisme est en marche. La religion n’est religion que pour les autres. Pour le religionnaire, elle n’est que la forme la plus haute de la vérité. Aux yeux du vrai croyant, il n’y a plus de Russie, mais ce croyant ne croit pas qu’il est croyant : il est en possession de la vérité, c’est-à-dire qu’il prend ‘ce qui le possède’ pour la vérité [cf. les musulmans parlent de l’islam comme ‘LA’ religion puisque, par définition, c’est la seule vraie religion et la seule qui doit être]. On le voit saisi pour cette « vérité » d’un attachement actif que la vérité (dans la science) n’a pas coutume d’inspirer, et qu’elle ne demande pas. Le communisme est une confession et cette confession a quelque chose comme une patrie ; de ce fait, une telle patrie n’est pas une patrie comme les autres. Le communisme est à la Russie soviétique comme à l’empire abbasside la religion islamique : ce n’est qu’une comparaison, mais nécessaire : le communisme n’est pas un ‘parti nationaliste étranger’, c’est une secte religieuse de conquérants du monde pour qui la Russie n’est que la position fortifiée à partir de quoi on livre bataille. […] Le marxisme est pour le présent une doctrine de la prédestination sociologique […] et, pour le futur, un messianisme de l’espèce humaine. C’est que, hors du prolétariat, il n’est point de salut. Tout se passera sur terre. Le peuple élu, le prolétariat opprimé verra le châtiment de ses oppresseurs. […] Mais il ne s’agit pas d’attendre la réalisation de la promesse : il faut y travailler. Et des échecs, il n’y a jamais que cette conclusion à tirer : le moment n’était pas venu, les temps n’étaient pas mûrs. »

Alain Rodier et Jean Lafontaine publient "L'Islam radical en France, Pour y voir plus clair" publié chez Histoire et Collections

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