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La horde primitive : un mythe fondateur de la société
©THOMAS BREGARDIS / AFP

Bonnes feuilles

La horde primitive : un mythe fondateur de la société

Tout l'été, Atlantico publie les bonnes feuilles de livres remarquables. Aujourd'hui, "Frères et soeurs pour toujours, l’empreinte de la fratrie sur nos relations adultes" de Lisbeth von Benedek publié par la Maison d'édition Eyrolles. Extrait 2/2.

Freud établit un lien entre les relations fraternelles et celles du groupe social1 : à l’origine de l’humanité existerait une horde primi- tive sous l’autorité d’un père tout-puissant. Ses fils, jaloux, se révoltent, le tuent puis le mangent. Après le festin, pris de remords et par crainte de représailles, ils érigent un totem à l’image de leur père.

Pour pouvoir vivre ensemble et éviter que le meurtre ne se répète, les frères passent un contrat qui repose sur trois tabous : l’interdit de l’inceste, la protection sacrée du totem – substitut symbolique du père – et l’interdiction du fratricide et du parricide. Ce contrat structure le groupe et établit un ordre symbolique. Les fantasmes de toute-puissance projetés sur le père archaïque, sur lequel sont plaquées des images inconscientes terrifiantes, sont ensuite déplacés sur un père symbolique. Il a pour fonction d’aider l’enfant à se différencier et à accéder au principe de réalité, aux règles et aux lois : une société est ainsi fondée et un processus de civilisation mis en place.

Ce mythe de fondation de la société renvoie également aux origines archétypiques du complexe fraternel : la rivalité et la haine entre frères se sont transformées en alliance contre le père. Tout groupe cherchera confusément à retrouver cette dynamique. Plus tard, Freud a fait l’hypothèse qu’il existe, parallèlement à la psyché des individus qui composent le groupe, une réalité psychique spécifique au groupe qu’il a nommée la psyché ou l’âme de groupe. Bien qu’il ne se soit pas intéressé davantage à la nature profonde du lien au sein de la fratrie, Freud a donc été l’un des premiers à ébaucher sur le plan théorique la notion de psyché de
groupe.

Pour qu’un groupe puisse exister, il est nécessaire que ses membres soient mobilisés par un élan constructif, le désir de partager un idéal, des objectifs ou une simple activité commune ; la solidarité et la fraternité sont également nécessaires à sa cohésion. Il y a solidarité dans la mesure où les membres d’un groupe sont liés par un engagement moral et par une communauté d’intérêts.

Si on se réfère au dictionnaire Robert, la fraternité est « le lien existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine ; sentiment profond de ce lien. Charité, solidarité (cf. Amour du prochain)
[...]. Lien particulier établissant des rapports fraternels. Camaraderie, confraternité (...) amitié, entente (...) ».

La fraternité unit idéalement toute la famille humaine. Elle est pourtant multiple, hétérogène et complexe dans sa réalité ; elle est composée de peuples qui, avec des histoires, des valeurs et des  modes de vie très différents, ont rarement cohabité pacifiquement. De plus, à l’intérieur même de ces peuples, les individus ont chacun un parcours différent.

En fait, l’Histoire révèle à travers les siècles les traces toujours répétées des archétypes et des enjeux fraternels, pour le meilleur et pour le pire.

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