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La France menacée d’exclusion du G8 d’ici à 2030 : pourquoi le déclin économique français n’est pourtant pas une fatalité
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La France menacée d’exclusion du G8 d’ici à 2030 : pourquoi le déclin économique français n’est pourtant pas une fatalité

Selon le "Center for Economics and Business Research", l'inexorable déclin économique de la France conduirait le pays, cinquième puissance économique mondiale, à être dépassé par l'Inde, le Brésil, ou encore la Corée du Sud d'ici à 2030. Pourtant, un tel déclin n'est pas une fatalité et la France dispose de toutes les ressources nécessaires à un véritable redressement.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Selon les projections réalisées par le think-tank britannique CEBR (Center for Economics and Business Research), la France perdrait de nombreuses places au classement économique mondial d'ici à 2030, ce qui pourrait conduire le pays à une exclusion du pays d'instances comme le G8. Ces anticipations sont-elles réalistes ?

Nicolas Goetzmann : Le classement établi par le CEBR se base sur de simples projections de croissance des différentes économies mondiales à échéance longue, en l'espèce 2030. Et en effet, sur la base des données actuelles, la France, comme l'Italie, subirait une situation de déclassement. De son actuelle position de 6e économie mondiale, la France serait dépassée par l'Inde, la Corée du Sud, et le Brésil.

Il convient également de rappeler que la France était encore 5e économie mondiale il y a encore un an, mais elle a été dépassée par le Royaume Uni depuis lors. Cependant, si l'Inde et le Brésil ont effectivement toutes les chances de dépasser l'économie française au regard du simple facteur démographique (avec des populations qui devraient atteindre 1.5 milliard de personnes en Inde et près de 220 millions au Brésil), la compétition s'annonce beaucoup plus serrée entre la France, le Royaume Uni et la Corée du Sud au cours des prochaines années. Le Royaume Uni et la France ont un nombre d'habitants comparable, et les projections font état d'une population atteignant 70 millions de personnes d'ici 2030 pour chacun. Entre ces deux pays, tout se jouera donc sur la productivité, qui est l'autre déterminant de la croissance après la démographie. Concernant la Corée du Sud, en raison d'une population plus faible, et d'un sévère vieillissement de celle-ci, le pays devra parvenir à un niveau de productivité très élevé pour espérer dépasser la France et le Royaume Uni. (Ou alors une éventuelle réunification). Mais cette prédiction se base surtout sur une médiocrité française durable, ce qui n'est malheureusement pas non plus une hypothèse à exclure.

Concernant l'éviction du G8, il paraît hautement improbable que la France puisse en être victime. C'est plutôt une logique d'extension du G8 aux nouveaux arrivants qui devrait être retenue, en lieu et place d'un remplacement de ses membres sur un simple critère économique.

Quels sont les éléments plaidant en faveur d'une fatalité du déclin français, ou européen ? A l'inverse, quels sont les éléments permettant de croire à une véritable reprise ?

Encore une fois, la croissance est déterminée par deux facteurs, la démographie et la productivité. La France dispose du plus haut niveau de natalité en Europe, ce qui est un précieux avantage dans cette compétition. Cependant, cette natalité est en baisse, et il faudra attendre le mois de janvier prochain et les chiffres de l'INSEE pour en savoir plus sur la tendance actuelle. Evidemment, la persistance d'un contexte de crise et la diminution des aides données aux familles ne sont pas des éléments favorables dans cette perspective. Un renouveau économique pourrait aider à remettre le pays sur les rails de sa forte natalité des années 2000. Globalement, ce facteur semble plus relever de la fatalité, mais des politiques publiques calibrées peuvent quand même contribuer à la marge à une hausse de la natalité.

Concernant l'autre facteur, celui de la productivité, la responsabilité des politiques publiques est totalement engagée. En effet, pour que cette productivité progresse rapidement, c'est l'investissement qui doit être privilégié : la recherche et développement, l'innovation, l'éducation. Et ici, il n'y a pas de mystères. Pour que les entreprises aient envie d'investir, il faut favoriser la compétition, et ce, dans un environnement économique optimal. C’est-à-dire que l'économie française doit être exploitée à son plein potentiel, ce qui est loin d'être le cas depuis 2008. Plus une économie tourne à plein régime, plus l'intensité de la R&D devient forte, et plus la productivité est soutenue.

De plus, dans un tel environnement, une libéralisation des différents secteurs de l'économie favorisant l'entrée de nouveaux arrivants, permettra d'intensifier encore un tel effort de productivité. La fatalité pour la France, finalement, est d'avoir tout en mains pour devenir la plus grande économie européenne d'ici à 2050, avec le dépassement de l'Allemagne comme horizon.

A partir d'un tel constat, quelles sont les réformes majeures à mettre en œuvre afin de remettre le pays sur la bonne trajectoire ?

Il s'agit de recalibrer le modèle de croissance européen pour permettre la pleine exploitation des ressources économiques du continent, ce qui permettra à la France de sortir son épingle du jeu. Parce que la France dispose du plus enviable potentiel économique européen, mais celui-ci est clairement en friche. Mais la liste des réformes à mener est longue. Une refonte du mandat de la Banque centrale européenne est la mère de toutes les réformes, pour favoriser le plein emploi en Europe. Sur cette base, l'élimination de situation de rentes économiques au niveau national et européen est une priorité pour favoriser l'émergence de nouveaux acteurs. L'idée est que les entreprises doivent se concurrencer sur la base de leur degré d'innovation, et non sur la préservation de situations de rentes, ce qui, encore une fois, permettra une accélération de la productivité et donc la hausse de la croissance du pays.

Concernant les dépenses publiques, ce sont l'éducation et les infrastructures qui doivent être privilégiées. Lorsqu'elles sont bien orientées, de telles dépenses permettent de contribuer largement au développement économique, c’est-à-dire qu'elles soutiennent la croissance, ce qui permet de neutraliser leur éventuel effet négatif sur le niveau d'endettement public du pays. C'est donc un cercle vertueux.

Il est également possible d'imaginer une attaque en règle sur la situation immobilière des centres urbains. L’Ile de France est la zone économique la plus performante en France mais son accès est contraint par un manque d'offre de logements. L'objectif est donc de soutenir la construction afin d'élargir cette offre de logements, et ainsi permettre l'accès aux centres urbains au plus grand nombre, notamment pour y trouver des emplois de meilleure qualité. Encore une fois, la France dispose d'un potentiel immense, la question n'est donc pas de renoncer face à une supposée fatalité du déclin, mais de mettre en place un environnement favorable permettant d'exploiter ses ressources. 

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