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Le principal parti de droite se trouve à un moment décisif de son histoire.
Le principal parti de droite se trouve à un moment décisif de son histoire.
©Reuters

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La droite à un tournant historique : entre réussite du RPR et échec du RPF, quelle voie pour l’UMP ?

A un mois des élections pour la présidence de l'UMP, le principal parti de droite se trouve à un moment décisif de son histoire, où son identité et son programme politique restent à définir.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves ARCHER est économiste, membre de la SEP (Société d’Économie Politique), profession libérale depuis 34 ans et ancien de l’ENA

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L'essor incontestable du Rassemblement Bleu Marine, le succès municipal en trompe-l'œil de la droite parlementaire et le jeu des starting-blocks pour 2017 paraissent de peu de poids face aux enjeux que l'Histoire va imposer à notre nation. Le discrédit de la parole politique s'est installé dans les têtes et dans les cœurs de citoyennes et citoyens qui endurent, autant que faire se peut, cette fameuse et satanée crise qui a dépassé en destructions de valeurs celle de 1929.

La crise économique n'est pas derrière nous, loin s'en faut. En tant qu'économiste indépendant, il serait absurde de le nier ou de l'occulter au présent lectorat. La crise sociale est hélas une valeur croissante tandis que le désespoir sociétal se répand inexorablement. Comment pourrait-il en être autrement dans nos territoires de France où vivent – et tentent de survivre – près de 5 millions de chômeurs et plus de 9 millions de démunis, donc de pauvres ?

Alors, que fait la droite face à cela ?

Une triple réponse s'impose à l'observateur, à l'analyste comme à l'acteur du jeu politique.

Tout d'abord, désarçonnée par les défaites présidentielle et législative de 2012, déboussolée par le conflit interne entre Messieurs Fillon et Copé, démoralisée par l'état du pays, tétanisée par l'hydre que semble devoir être l'affaire Bygmalion, la droite est en crise existentielle. Autrement dit, il appert que l'UMP a commis trop d'impairs pour être un parti gagnant et est désormais cantonnée à un temps de Toussaint, veille du jour dédié par certains aux morts.

Donc, reconstruire, reconfigurer sont les mots-clefs pour évacuer l'UMP dans le passé : le plus tôt aurait été le mieux mais dans une tradition analysée par l'historien René Rémond, la droite a joué à cache-cache avec son devenir obérant ainsi son avenir et la fonction programmatique qui demeure peu consistante. Elle est par conséquent vouée à souligner sa tendance bonapartiste et probablement à se confier à un ancien président de la République qui ne manque pas d'énergie ni de relais d'opinions mais parait encore hésitant sur ses choix stratégiques majeurs. De Lambersart à Toulouse, il y a bien des kilomètres terrestres qui séparent ces deux villes de meetings, il y a aussi des kilogrammes de papier programme au sein desquelles se glisse plus d'une nuance.

Ainsi, face à un pouvoir usé par la crise et ses lézardes intérieures, la droite en sa composante de l'UMP ne propose pas une alternative claire ce qui ne garantit pas le succès futur de l'alternance si elle doit avoir lieu. D'autant qu'il y a cacophonie entre les participants putatifs aux primaires de 2016. Le bal des pygargues a bien vite été enclenché...

De surcroît, et c'est notre deuxième point, le cache-cache de la droite se résume à une balance simple dans son énoncé mais complexe dans son déroulement : RPF ou RPR ?

1947 ou 1976 ?  Echec ou succès ?  Oui, il faut garder à l'esprit que le changement de nom d'un mouvement n'a de sens – et de portée opérationnelle électorale – que si la catharsis se produit entre ses dirigeants et les citoyennes et citoyens, que si le passif devient passé. Autrement dit, il faut aller au-delà de la fonction tribunicienne chère à Max Weber et prendre le bon calame pour rédiger, sans état d'âmes, un programme. Assez clair, économiquement fondé, sociétalement admissible. Les Français sont las des " demain on rase gratis " et ne veulent pas davantage de grand chambardement. Lire que les nouveaux entrants dans la Fonction publique pourraient relever de contrats de type de ceux du droit privé est crédible (opportun ?), en revanche lire que le statut général des fonctionnaires va être abrogé est une décision qui se place en-dehors des limites de l'épure. La droite doit réformer de manière active et ardente mais pas frontalement sous peine de déclencher une " logique de l'action collective " (Mancur Olson) qui isolerait les nouveaux dirigeants de leur mission de quête de consensus qui est, qu'on le veuille ou non, la condition sine qua none de réformes réussies et durables.

En 1976, Charles Pasqua et l'émerillonné Jérôme Monod ont fait réussir Jacques Chirac en décembre 1976. En 1947, même le Général de Gaulle a finalement échoué et le Rassemblement du Peuple Français n'a pas été une " winning-story " électorale, loin de là. L'UMP de 2015 a le choix entre ces deux expériences ou plutôt n'a pas le choix sauf à voir continuer de partir vers le RBM ses électeurs dépités, pour ne pas dire plus. N'oublions pas que le succès des municipales est une pièce tragique où la moitié des spectateurs sont hélas restés chez eux. Ce n'est pas un vote d'adhésion, c'est une arithmétique par défaut. L'abstention a faussé la lecture collective de ce scrutin auprès de militants en mal de succès.

La droite est protéiforme puisqu'elle rassemble l'UDI et en son sein le parti Radical, le MODEM (si l'on a bien suivi l'épisode actuel) et l'UMP. Rassemble : est-ce le verbe juste ? L'avenir le dira à la lumière des ambitions éloignées de celles du siècle des Lumières mais proche de cette phrase de Saint-Exupéry : " Il n'y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l'on se découvre vulnérable; alors les fautes vous attirent comme un vertige ". Oui, l'unité de la droite recherchée par Nicolas Sarkozy est une course contre la vulnérabilité et les fautes plurielles.

Troisième point, le droite est bicéphale : il y a le pôle UMP, il y a le pôle nettement plus structuré du RBM. Mécaniquement, le RBM est désormais un arbitre de la majorité parlementaire comme il le fût lors de la dissolution de 1997. Dès lors, des centaines de parlementaires risquent de déchirer le voile en feuille de brick et admettre une porosité entre un rassemblement aux idées connues (et combattues tièdement) et un nouveau parti à la dynamique non encore établie.

"Dans les crises politiques, le plus difficile pour un honnête homme n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître" (Louis de Bonald, "Considérations sur la Révolution française"). Qui connait, à droite, l'ordre des priorités pour notre nation ? L'immigration ou la dette ? L'éducation ou le maintien du budget des Armées ?  La connaissance est préalable à l'alternance faute de quoi on passe du Bourget à la situation présente. Refrain connu, donc.

Ce bicéphalisme va poser question en 2017. L'énoncé est simple. Si Madame Le Pen arrive en tête et qu'un ancien président lui est opposé, que feront les électeurs de gauche ? Seront-ils totalement républicains comme en 2002 ou trop atteints par le caractère répulsif – selon eux – de #NS2017 ?  Si Madame Le Pen est face à un candidat de gauche, - mille sabords – que fera la droite ? Appeler à voter pour une femme de droite ou se ranger derrière la bannière des valeurs chères à Clémenceau ? Enfin, quid si la présidente du RBM n'est pas au second tour ? Dira-t-elle bonnet blanc et blanc bonnet comme feu Jacques Duclos ? Dira-t-elle son dégoût de l'UMPS et restera-t-elle dans le silence ? On peut en douter. Donc en 2017, la France aura vraiment, dans les urnes, rendez-vous avec l'Histoire.

Les Français ne situent plus très bien les enjeux du débat politique. Ils ont senti, mesuré et compris la justesse de cette phrase : "Si la politique est toujours définie comme l'art du possible, c'est aujourd'hui le technicien qui détermine avec une exactitude croissante ce possible". (Jacques ELLUL, " L'illusion politique").

Une chose est certaine – selon notre expérience de petit chef d'entreprise depuis 26 ans – la coupe est pleine pour beaucoup de gens et l'économie humaniste s'inscrit en-tête des solutions. D'ici 2017, Eric Zemmour nous annonce une quasi-guerre civile là où des travaux universitaires rapportent le découplage entre le début de paupérisation relative des classes moyennes et les élites de notre pays où il y a pourtant encore tant à faire. A condition, " from times to times, de se souvenir que "Le capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme " (Jules Vallès, " L'insurgé").

Oui, il y a un débat sérieux à engager et la droite victorieuse n'est pas un épithète garanti. Si la droite continue à cheminer en imitant les méandres du fleuve à Poissy, elle pourrait bien payer cher ses impérities. Sa partie de cache-cache face au poids de l'Histoire ( et à sa part de déterminisme marxiste ) pourrait se terminer par une interrogation : " Le destin de la Seine est-il d'arroser Paris ou bien d'aller à l'Océan ? "  (in " La paille et le grain ", François Mitterrand). De gouverner ou de se faire diluer. Pour ne pas dire plus.

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