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Demi Moore (48 ans) et son mari Ashton Kutcher (33 ans).
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Féline

La cougar, mythe ou réalité ?

Alors que l'association « Osez le féminisme » vient de lancer sa campagne « Osez le clito ! », le terme « cougar » fait aujourd'hui son entrée dans le Petit Robert. L'occasion de revenir sur l'émergence d'une nouvelle figure forte de la sexualité moderne : la « croqueuse de lionceaux ».

Christophe Regina

Christophe Regina

Christophe Regina est doctorant A.T.E.R. en histoire moderne à l'Université de Provence (Aix-Marseille I) et membre du Groupe en histoire des Femmes. Il est l'auteur de La violence des femmes : histoire d’un tabou social (Max Milo, 2011).

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On assiste depuis quelques temps à l’émergence et à l’affirmation d’une nouvelle forme de sexualité féminine, conquérante, décomplexée et libertine, joliment imagée par l’emprunt d’un vocabulaire qui évoque le safari, le tourisme et la chasse. On parle de plus en plus de femmes cougars, de femmes pumas, termes qui évoquent l’exotisme, l’univers du sauvage, de ses attraits et de ses dangers. Ces femmes d’un nouveau genre ne sont plus la proie des hommes mais, au contraire, des prédatrices avisées en quête de "lionceaux" susceptibles de satisfaire leurs exigences, fort fluctuantes d’une femme à une autre.

Il existe cependant un dénominateur commun à toutes ces félines, à savoir celui de fréquenter des hommes plus jeunes et d’en jouir à leur guise. La cougar est une femme qui attache une grande importance à son apparence : quête du corps parfait, lutte contre les effets du temps et de la gravité, farandole des bistouris et soins en institut constituent le quotidien des cougars. Mais cette nouvelle femme, telle que les médias la popularisent, est-elle vraiment une femme nouvelle ? N’y aurait-il pas derrière cette étiquette un projet marketing désireux de mettre à la mode une sexualité féminine présentée comme inédite ? La construction sociale de l’image de la cougar soulève bon nombre de questions, dont la plus évidente serait de savoir s’il y a effectivement émergence d’une nouvelle sexualité ou bien réinvention commerciale d’une pratique déjà en place de longue date.

Le terme « cougar » renvoie à une idée de force, la féminité s’effaçant ainsi derrière l’animalité, une certaine agressivité et le pouvoir. La cougar se veut indépendante et maîtresse de sa vie sexuelle. On trouve dans la littérature, dans les romans d’apprentissage par exemple, des femmes succombant à des hommes bien plus jeunes, telle Madame de Rênal dans Le Rouge et le Noir de Stendhal, et des hommes qui utilisent les femmes tels Frédéric Moreau dans L'Éducation sentimentale de Flaubert, ou bien Georges Du Roy, le fameux Bel Ami de Maupassant. Tous, à leur manière, lient leur fortune et leur destinée à des femmes mûres : il y a instrumentalisation réciproque des sexes.

Produit marketing

D’un point de vue strictement commercial, il est bien plus agréable de parler de « lionceaux » pour désigner les jeunes hommes chassés plutôt que de gigolos. Il est également préférable de réinventer d’un point de vue marketing la sexualité des femmes en lui conférant un caractère inédit afin de distinguer les cougars de celles qui font usage de leur porte-monnaie pour jouir du plaisir dans sa pluralité, bref celles qui auraient recours aux prostitués. La femme cougar est donc avant tout un concept commercial et un produit de marketing. Les femmes recherchent comme les hommes la jeunesse et ses plaisirs ; la construction de l’image de la cougar est en quelques sortes l’excuse commerciale forgée par les développeurs de site internet et les grands groupes pour excuser la revendication d’une sexualité qui relève d’un choix personnel et privé. Le cinéma et la télévision se sont également emparés du phénomène saisissant le marché potentiel que représentent les femmes indépendantes. La série américaine Cougar Town, diffusée en prime time sur une chaîne nationale (ABC) par exemple, au-delà de l’image de la cougar, montre qu’une femme à la possibilité d’explorer la sexualité sous toutes ses formes. Toutefois, les femmes n’ont pas entendu d’être « cougarisées » pour être libre d’expérimenter le sexe et sa diversité.

Le véritable enjeu dissimulé derrière cette sexualité fallacieusement novatrice n’est pas tant le problème que supposerait la différence d’âge dans les couples que la volonté de développer des marchés autour du mythe de la cougar. Les femmes ne s’intéressent pas plus aux hommes jeunes de nos jours, elles en ont seulement aujourd’hui davantage les moyens. Le concept cougar brouillerait les codes, ferait la nique à une morale ankylosée et dédramatiserait le rapport au sexe. Il est également censé prévenir les problèmes du « qu’en dira-t-on », puisque d’une certaine manière, tel un étendard, les femmes aimant les jeunes hommes peuvent désormais se revendiquer cougars. 

C'est dans les vieux pots qu'on fait la bonne cougar

On est loin des charivaris d’Ancien Régime qui moquaient les vieux barbons bien heureux d’épouser des filles dont ils auraient pu être le grand-père, mais l’esprit de cette tradition subsiste aujourd’hui d’une certaine manière. Les charivaris avaient pour finalité d’obtenir de la part du barbon le dédommagement de la jeunesse masculine lésée : en épousant une jeune fille le barbon privait en effet un jeune homme de l’occasion de s’établir. Le refus de s’acquitter d’un tribut symbolique sous forme d’alcool ou d’argent pouvait donner lieu à des violences. La cougar peut elle aussi être perçue comme une occasion de s’établir pour de jeunes hommes désireux d’accéder à un confort que leur condition sociale ne leur permet pas d’obtenir. Au-delà de la question des sentiments il y a échange de bons procédés. Certains hommes recherchent le mythe de l’expérience de l’âge là où certaines femmes aspirent à revivre une vie sexuelle idéalisée.

La femme cougar n’est pas une nouveauté, elle n’est qu’une pratique existante réinventée et déculpabilisée pour mieux se commercialiser. L’apprentissage de la sexualité s’est souvent fait avec des personnes plus expérimentées, quel que soit d’ailleurs le sexe. Le leitmotiv des cougars pourraient être « c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes », du moins c’est ce que la sagesse populaire nous dit, car après tout, les hommes ne sont pas les seuls à préférer les attraits de la jeunesse. Pour le coup les cougars mettent hommes et femmes sur un pied d’égalité…

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