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Seule contre tous

L'UMP sur la voie étroite du front contre les fronts, national et républicain

Au lendemain du premier tour, le parti affiche clairement sa stratégie politique pour la suite du scrutin : ni désistement républicain, ni alliance avec le Front national. Ce qui n'a pourtant pas empêché Jean-François Copé de s'adresser aux électeurs de Marine Le Pen.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Dans une campagne législative, le jour le plus difficile pour les responsables politiques est le lendemain du premier tour de scrutin : après avoir pris connaissance des résultats, et évalué les chances de réussite ou d’échec, il faut trancher, faire face : nouer des ententes, ordonner des retraits, ou, à l’inverse, maintenir des  candidats en lice, et tenter de minimiser les coups de canifs locaux donnés aux consignes nationales.

Martine Aubry et Jean-François Copé, chacun de leur côté, en savent quelque chose : ainsi a-t-on vu la Première Secrétaire du PS batailler (en vain) par médias interposés, avec le dissident socialiste de la Rochelle afin qu’il retire sa candidature face à Ségolène Royal. En vain  encore (du moins pour l’instant), l’insistance de la direction du PS auprès de la candidate socialiste de la 3e du Vaucluse , Catherine Arkilovitch, afin qu’elle se retire pour empêcher l’élection de Marion Maréchal-Le Pen. Et le secrétaire général de l’UMP a publiquement "condamné" le candidat UMP qui s’est  retiré en faveur d’une candidate du Front National, afin de provoquer la chute de Michel Vauzelle, le député PS de la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône.

Un cas qu’il espère isolé , mais qui risque de se doubler dans la 2e du Gard où le sortant UMP Etienne Mourut se dit prêt à se retirer, pour laisser la place à Gilbert Collard, arrivé en tête au premier tour. Et au moment de la réunion du Bureau politique, Brigitte Barèges, la marie de Montauban, candidate à sa réélection au Parlement n’avait pas encore déclaré qu’elle serait ravie d’accueillir Marine Le Pen, « une femme », à l’Assemblée. Une façon de condamner le machisme de son parti ? La possibilité  de retrait de deux candidats du Front pour permettre l’élection de deux députés UMP, en posture délicate n’était pas davantage évoquée lundi après midi.

En tout cas ces impétueux, qui ne sont pas des novices  en politique, mettent à mal la stratégie édictée par le Secrétaire général de l’UMP et approuvée par le Bureau Politique : ni alliance  avec le Front national, ni Front républicain avec le Parti socialiste (comme le réclame Martine Aubry), en cas de  danger d’élection d’un député FN. La consigne devrait -théoriquement- être sans appel : en cas de triangulaires (elles sont au nombre de 32), tous les candidats UMP susceptibles de se maintenir au deuxième tour doivent rester en lice, pas question de se désister en faveur de tel ou tel candidat. Et pas question non plus de faire de sentiments dans  l’un ou l’autre cas particulier : il n’y aura pas de "main tendue" à  François Bayrou, en position difficile dans son fief. Le président du MoDem ne bénéficiera d’aucune mansuétude de la part de ses anciens amis politiques, comme le suggérait Pierre Méhaignerie (absent), par  la voix de la sénatrice Fabienne Keller. Sur cette question, il n’y a même pas eu débat : le Bureau Politique a été unanime dans son refus.

Dans l’autre cas de figure, les duels entre un candidat socialiste et un candidat FN (il y en a 29 au total) , l’UMP, droite dans ses bottes, ne donne pas de consigne de vote à ses électeurs qui ont donc le choix entre l’abstention, le vote blanc, voire d’apporter leurs suffrages à l’un ou l’autre candidat, selon leurs affinités personnelles. La direction du Parti ne veut pas appeler à voter pour le candidat d’un parti (PS) allié au Front de gauche de  "Monsieur Mélenchon qui  chante l’Internationale et affirme que Cuba n’est pas  une dictature". L’argument est un peu mince, et ne convainc de loin pas tout le monde, mais il y a la "réalité du terrain".

Invoquée par tous ceux qui  se sont vu reprocher des positions trop timorées, ce concept englobe  la notion de ras-le-bol, ("le cri de désespoir", selon les termes de l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire), des électeurs de droite qui ont préféré voter pour le FN plutôt que pour l’UMP. La réalité du terrain, c’est le vent du boulet que les candidats ont senti passer dimanche dernier, et du coup personne ne bronche… cette fois. François Fillon, qui avait appelé à voter contre le Front national au moment des cantonales, est contraint à un second tour à Paris et ne veut pas s’attirer de nouvelles foudres de division du  mouvement . Chantal Jouanno, qui avait  fait des déclarations similaires, est sénatrice, donc  pas soumise à réélection, et Nathalie Koziusko-Morizet , qui affronte un deuxième tour difficile, est sur "la liste noire" du Front national qui appelle à la faire battre (tout comme Xavier Bertrand) au profit de son concurrent socialiste, en signe de représailles .

Pourtant, tout en se murant dans un ni-ni sans concession, le patron de l’UMP s’adresse aux électeurs du Front national, pour leur expliquer qu’il a reçu leur message "cinq sur cinq" et qu’il comprend  leurs préoccupations face "aux délocalisations, aux pertes d’emplois et aux hausses massives d’impôts". Mais Jean-François Copé maîtrise les limites de l’exercice ; il se garde d’employer le terme de valeurs communes, comme l’a fait Nadine Morano en découvrant  les résultats dans sa circonscription. De toute façon, il sera  beaucoup question de valeurs à l’UMP après les législatives. Le Parti est appelé à renouveler ses instances à l’automne ; Jean-François Copé propose de  l’assortir du renouvellement de  son corpus idéologique, avec une nouvelle "ligne programmatique". Un bonne méthode  pour conserver  la maîtrise de la machine dans la perspective de la prochaine présidentielle ? Cinq ans, c’est si court .

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