L’or du Rhin : quand un opéra de Wagner nous permet de mieux comprendre la crise financière | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Peter Sidhom (Alberich) et les Nibelungen
Peter Sidhom (Alberich) et les Nibelungen
©Opéra National de Paris / Charles Duprat

Parallèle

L’or du Rhin : quand un opéra de Wagner nous permet de mieux comprendre la crise financière

L’Or du Rhin de Wagner relate l’impitoyable combat des dieux, des géants et des nains pour la maîtrise de l’or et du monde.

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

Voir la bio »

"L'Or du Rhin" de Richard Wagner est son opéra qui a le plus à voir avec les problématiques purement économiques, qui témoigne le mieux de son époque, le XIXe siècle industriel, on y parle en effet d'or, de salaires, de séquestration pour obtenir son salaire, de mineurs exploités, de pressentiment de la crise globale, qui éclatera dans "Le Crépuscule des dieux", chapitre final de "L'Anneau du Nibelung", où se seront entre-temps intercalés"La Walkyrie" et "Siegfried". Ce cycle, sommet de l'art lyrique, tant par la musique que par le livret, est donné à l'Opéra de Paris à partir du 29 janvier et jusqu'en juin.

Toutes les grandes oeuvres se prêtent, ou révèlent, de multiples lectures, alors creusons celle de l'économie. L'histoire commence par un vol, celui de l'or. Il se trouve dans le Rhin, sous la garde des Filles du Rhin, mais le gnome repoussant Alberich, de la race des Nibelungen, qui vivent sous terre, s'en empare pour satisfaire sa quête de puissance. L'or, irradiant les flots du grand fleuve, symbole de vie, devenant en totalité un trésor, propriété d'un seul et soustrait à tous, voilà qui ressemble à un évènement que nous avons pu voir à plusieurs reprises au cours de l'histoire, celui de la confiscation de l'or (Etats-Unis, 1934), ou de la perte de sa capacité à circuler, c'est à dire à être une monnaie, pour demeurer immobile à l'ombre des coffres des banques centrales (suspension de la convertibilité du dollar en or le 15 août 1971 par Richard Nixon).

Avec ce forfait, l'équilibre du monde est rompu, cela apparaît clairement dans "L'Or du Rhin". On en voit le premier effet dans la scène qui suit : Wotan, le dieu des dieux, s'est fait construire un superbe château dont il sait dès le début qu'il n'aura pas de quoi le payer, mais il compte sur la ruse pour s'en sortir. Et voici la crise des "subprimes" ! Quand l'or ne circule plus, ne sert plus de garant à l'échelle des prix, il ne reste plus que les promesses, qui n'engagent que ceux qui y croient. C'est alors qu'apparait une bulle du crédit, une croissance surestimée, artificielle, qui se termine par un krach. Les économistes de l'école autrichienne ont parfaitement analysé cela.

Pour être certains d'être payés, les Géants, qui ont construit le château, enlèvent Freia, qui cultive pour les dieux des pommes leur conférant l'immortalité. Aussitôt ils se mettent à dépérir, une belle façon de montrer qu'une dette exagérée hypothèque l'avenir. Il faudra pour Wotan aller voler l'or qu'Alberich a lui même volé, pensant ainsi en être quitte avec la morale. Mais la roue de la malédiction continue de tourner, un des deux Géants tuera son frère pour mettre la main sur la totalité de l'or, plus tard il se transformera en dragon pour empêcher quiconque de mettre la main sur son magot.

Cette malédiction, qui parcourt tout le cycle, s'incarne dans l'anneau forgé dans l'or, sensé donner la toute puissance à son détenteur, mais auquel Alberich, pour se venger d'en avoir été dépouillé, jette un sort. Malgré des moments d'espérance (Siegfried, qui tuera le dragon), le malheur, le mensonge, la trahison, ne feront que s'étendre, jusqu'à la catastrophe finale du "Crépuscule des dieux". C'est uniquement à la fin de ce dernier opéra que l'or sera rendu au Rhin, et l'équilibre du monde rétabli. Entre-temps le monde des dieux se sera écroulé, mais il aura laissé place à l'avènement du monde des Hommes.

A notre tour, n'oublions pas la leçon.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !