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Le Sativex, un spray buccal pour le traitement de la sclérose en plaques et contenant du cannabidiol, a reçu son autorisation de mise sur le marché en France.
Le Sativex, un spray buccal pour le traitement de la sclérose en plaques et contenant du cannabidiol, a reçu son autorisation de mise sur le marché en France.
©Reuters

Drogue ? Non, médicament

L'industrie pharmaceutique en passe de devenir le premier producteur de cannabis au monde ?

Un spray buccal pour traiter la sclérose en plaques et contenant un composant du cannabis vient d'être mis en vente sur le marché en France. L'entreprise productrice du médicament annonce vouloir développer d'autres produits de ce type.

Atlantico :  Le Sativex, un spray buccal pour le traitement de la sclérose en plaques et contenant du cannabidiol, a reçu son autorisation de mise sur le marché en France. Son fabriquant, le britannique GW Pharmaceuticals, a vu son action s'envoler, signe d'un intérêt ressenti pour les médicaments contenant du cannabis. L'industrie pharmaceutique va-t-elle durablement devenir durablement un débouché majeur de la culture de cannabis ? 

Sauveur Boukris :  Cela fait longtemps que les médecins et l'industrie pharmaceutique s'intéressent au cannabis et à son utilisation comme médicament en particulier dans le traitement de la douleur. Ce qui est intéressant est que la production de cannabis va augmenter et cette production et sa fabrication ne coûtent pas très cher. Les actions en bourse qui s'envolent traduisent en réalité une possible augmentation des profits de l'entreprise mais l’intérêt médical est en encore à son balbutiement.

Le Sativex concerne des effets particuliers d'une pathologie rare et devrait donc être un médicament rare qui impactera peu, en principe, la consommation de cannabis. Y a-t-il un risque de voir – comme cela a pu être le cas du Subutex – une forte prescription détournée pour un usage qui n'aura rien de médical ?

David Weinberger : Je ne pense pas que ce risque soit élevé : d’une part, selon les tests du laboratoire pharmaceutique, seuls 3% des patients du Sativex ressentiraient des effets équivalents à ceux du cannabis récréatif (consommé en tant que drogue), d’autre part le prix élevé du Sativex n’incitera pas les consommateurs de cannabis à changer leurs habitudes. D’autant plus que les prescriptions sont contrôlées et que le cannabis illégal reste à la fois disponible et moins cher.

Il faudra néanmoins surveiller l’offre illégale de contrefaçon des médicaments qui sévit sur Internet. Il est utile de rappeler que les personnes qui se fournissent en médicaments contrefaits prennent des risques importants pour leur santé.

Pour autant, il existe déjà des détournements de cannabis synthétisés qui sont vendus  sous l’appellation "spices". Ces produits illégaux ne proviennent pas des laboratoires pharmaceutiques. Avec des effets bien plus forts que ceux du cannabis "naturel", ces spices représentent un réel risque sanitaire : notamment auprès des jeunes car ce type de produit surfe sur l’image parfois peu dangereuse du cannabis et le packaging est très attractif.

Sauveur Boukris : En effet, on peut craindre, comme avec le Subutex , un détournement de l'utilisation du Sativex et beaucoup pourront l'utiliser pour consommer du cannabis à moindre frais ! Je crains qu'il y aura une utilisation de ce médicament hors AMM (autorisation de mise sur le marché ). Il faudra bien encadrer la prescription et utiliser les ordonnances d'exception pour mieux contrôler les indications. La sclérose en plaques est une maladie rare et son traitement par le Sativex est réservé aux douleurs neurologiques.

Quelles vont être les zones de production qui vont bénéficier du développement de l'utilisation du cannabis pour la fabrication de médicaments ? Qu'est-ce que cela peut représenter concrètement pour l'économie des pays concernés ? D'autres régions peuvent-elles se lancer dans la production ?

David Weinberger :Il est peu probable que cela bouleverse l’économie illicite du cannabis : seuls les laboratoires pharmaceutiques et quelques rares Etats produisent cette plante en grande quantité pour des raisons médicales. Quand c’est le cas, ce type de production ne doit pas être associé à la production de cannabis à des fins récréatives car cette distinction constitue un enjeu important en matière d’image pour les laboratoires pharmaceutiques. C’est pour cela que les sites de production du cannabis médical sont particulièrement surveillés. Pour exemple, le "bureau du cannabis médical" néerlandais qui produit des plantes de cannabis pour des fins thérapeutiques est l’un des lieux les plus surveillés aux Pays-Bas.

Cependant dans certains pays (comme certains Etats des Etats-Unis), il est possible de produire soi-même du cannabis pour des raisons médicales mais cette option n’est aujourd’hui pas envisagée par les autorités sanitaires françaises.

GW Pharmaceuticals déclare vouloir devenir le "leader du médicament à base de cannabinoïde". L'attrait pour le cannabis à usage récréatif étant important et répandu, les motivations des entreprises pharmaceutiques peuvent-elles jouer volontairement sur cette ambiguïté ? Le cannabis dans un médicament, est-ce un "argument marketing" ?  

David Weinberger : Avec plus de 200 millions de consommateurs de marijuana ou de haschisch médical dans le monde, le terme cannabis pourrait représenter un argument marketing, mais il est probable que les laboratoires pharmaceutiques ont intérêt à distinguer très nettement leurs produits médicaux de cette drogue qui reste illicite dans une majorité de pays dans le monde.

Sauveur Boukris : On peut craindre une banalisation du cannabis et les partisans de la libéralisation du cannabis vont s'en servir pour dire "si c'est utiliser comme médicament, alors c'est inoffensif et cela pourra être utilisé librement". Je ne crois pas que l'argument marketing puisse marcher car dans ce genre de produit on craint l'accoutumance et la dépendance. Les malades voudront utiliser le médicament au coup par coup.

Propos recueillis par Damien Durand

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