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L'Europe du vase de Soissons selon l’UDI ou Souriez, vous êtes mythifiés
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L'Europe du vase de Soissons selon l’UDI ou Souriez, vous êtes mythifiés

"Oui mais madame, l’Europe nous a apporté la paix". Derrière un discours sur les vertus pacificatrices de l'Union européenne sentant le réchauffé, on serait censé tout en accepter, même le pire, comme le laisse entrevoir un récent manifeste de l'UDI.

Emmanuelle  Gave

Emmanuelle Gave

Emmanuelle Gave est titulaire d'un DEA de Droit des Affaires de PARIS II (Assas), ainsi qu'un LL.M de Duke University. Lauréate du barreau de Paris, elle prête serment en 1996. Elle est Directrice Exécutive de L'Institut des Libertés depuis janvier 2012.

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Cet article a également été publié sur le site de l'Institut des Libertés

Quels points communs entre le catch, l’Europe et la lessive ?

Ce n’est même pas une blague. La réponse a été donnée il y a déjà 50 ans ans par Roland Barthes dans son OVNI littéraire sur les mythes du quotidien de nos sociétés modernes et des abus idéologiques qui en découlent. On découvre dans "mythologie" la véritable signification du catch en décalcomanie d’une tragédie grecque quant à la lessive, "Persil" , elle a fondé son prestige sur l’évidence d’un résultat, en donnant à comparer deux objets dont l’un serait "plus blanc" que l’autre. Presque psychanalytique. Reste l’Europe. On s’en doutait.

J’aime l’Europe. J’entends par là que j’aime l’idée selon laquelle l’être humain, animal social, serait plus fort à plusieurs que tout seul, que ce soit dans un mariage, à deux, dans une famille à quatre ou dans une Union, à vingt-huit. Mais ai-je encore le droit de ne pas aimer cette Europe, l’application pratique proposée par la bureaucratie sans que tous les cataclysmes des enfers ne s’abattent sur moi ?

Car enfin, j’aimerai déjà partir d’un constat de bon sens. Tous nos pays de la zone euro sont actuellement dans des crises démocratiques sans précédent. Dés lors, on peut légitimement penser que les gouvernements de la Belgique, de l’Espagne, de l’Italie de l’Allemagne ou de la Grèce pour ne citer qu’eux n’auraient pas donné entière satisfaction à leurs électeurs. Alors par quel extraordinaire effet de pierre philosophale pourrait on être amené à penser que les mêmes, ailleurs, seraient capables de faire ce qu’ils ne savent pas faire chez eux, à savoir, diriger une nation avec probité et vision ? Je m’interroge.

"Oui mais madame, l’Europe nous a apporté la paix".

Et voilà comment nous rejoignons Roland Barthes et le concept de Mythification, par la tautologie agressive suivante : "Europe = paix". Bien sûr, bien sûr. Alors, oui, la tautologie est toujours agressive, elle signifie une rupture rageuse entre l’intelligence et son objet, la menace arrogante d’un ordre où l’on ne penserait pas. Pourquoi penser puisque désormais  "l’Europe signifie la paix " ? Imaginez donc, petite madame. De même que l’ Economie générale de la France n’est que rêve face à la fiscalité française, seule réalité de  bon sens, l’histoire de la pensée, ou a plus forte raison l’histoire tout court n’est qu’un phantasme intellectuel en face d’une Europe toute aussi simple, toute aussi concrète que le régime de l’impôt. Pourquoi réfléchir en termes de subsidiarité, pourquoi penser Auguste Comte et le clivage entre le pays réel et le pays légal quant on peut agiter le spectre d’une guerre ? C’est vrai, suis- je sotte aussi !

"Il en est des amours comme des empires ; que cesse l’idée sur laquelle ils reposent et ils s’effondrent avec elle" disait Milan Kundera dans "l’insoutenable légèreté de l’être". L’idée sur laquelle ils reposent. Moi, si j’étais plus audacieuse, j’aimerai que les défenseurs de l’Europe actuelles viennent ici-bas, m’expliquer sur quelles idées cette Europe repose. Et ma prière semble avoir été entendue car, tout récemment l’UDI a publié ce manifeste que je m’apprête donc à commenter, forte des remarques déjà évoquées plus haut (que le lecteur avisé conservera en mémoire):

************

« Le 25 mai prochain, les Français choisiront leurs représentants au Parlement européen.Ce scrutin est aujourd’hui marqué par de nombreuses ambiguïtés :

L’ambiguïté d’abord de ceux qui veulent faire de cette élection un scrutin purement national. Pour nous, l’Europe vaut mieux qu’un simple vote pour ou contre François Hollande. Chacun doit d’ailleurs avoir conscience que le choix des Français le 25 mai ne changera rien à la politique du Gouvernement et de sa majorité .

NDLR ou comment motiver les troupes dés le début, « Allez voter »…. mais cela ne changera rien.

L’ambiguïté ensuite de ceux qui veulent siéger à Strasbourg pour détruire la construction européenne de l’intérieur, comme si à l’heure de la mondialisation l’isolement de notre pays pouvait être une réponse crédible et efficace ;

NDLR : Je vais essayer de détricoter l’idée sous-jacente : il y aurait donc des ennemis qui tenterait de changer les choses « de l’intérieur » ; de là ou je me situe, j’aurai tendance à appeler cela l’opposition, teintée d’entrisme à la rigueur, mais passons….

L’ambiguïté enfin de ceux qui sont devenus eurosceptiques au PS comme à l’UMP et qui ne croient pas à l’Europe politique. Ceux-là, par faiblesse, laisseront toujours le champ libre aux technocrates.

NDLR : Alors là, nous avons une beauté du genre « les politiques laisseraient le champs libre au technocrates . L’UDI tenterait-elle de nous expliquer qu’outre « les faux élus de l’opposition » (cf remarque 2) il existerait aussi une caste de faux politiques grimés sous des allures de (OMG) technocrates ? Et très beau choix du mot « ambiguïté » ….

C’est sans aucun doute parce que nous avons trop souvent confié les clés de l’Europe à ceux qui n’y croyaient pas vraiment que le projet européen s’est enlisé.

NDLR : Le moment Thomas Sowell que nous attendions tous dans un discours sur l’Europe : évidemment, si le projet ne fonctionne pas, c’est que voyez-vous nous ne sommes justement pas parvenu assez loin (voir pour les reproches les remarques 2 et 3 dans la  personne désormais référencée sous «  l’ennemi technocrate chargé d’ « ambiguïtés ». La question de la rédaction : a t-il des doigts crochus et comment peut-on le reconnaître aisément en société ? 

Nous sommes des Européens convaincus car nous savons qu’il n’y a pas de plan B à l’Europe.

NDLR : Le moment « too big to fail » ou de toutes les façons c’est cela ou la mort, autre favori du genre.

Nous portons un projet clair et cohérent: celui de bâtir l’Europe des convergences fiscales, sociales et des nouvelles souverainetés.

NDLR : Quelqu’un peut-il me définir « des nouvelles souverainetés », celles des technocrates européens par exemple ? Pardon « des vrais amis de l’Europe politique sans entrisme ambiguë », I presume ?

Renforcer nos entreprises et sécuriser nos frontières ne pourra se faire au 21ème siècle qu’à l’échelon européen. 

NDLR : Voilà une équation intéressante : le libre-échange dans un système protectionniste, aider les entreprises à être plus libres dans les carcans imposés. S’il vous plait, dîtes moi que « Entreprise » était un mot imposé ?

C’est une réalité qui nous oblige à construire plus vite l’Europe politique et démocratique dont les pères fondateurs ont rêvé au sortir de la deuxième guerre mondiale.

NDLR : Le quart d’heure, mythification, voir plus haut, « L’europe de la der des ders », j’en tremble d’émotion.

Nous voulons surtout redonner la parole aux citoyens, recréer du lien avec les Parlementaires pour construire un modèle plus collaboratif grâce notamment aux outils de la e-démocratie.Nous voulons un pilote dans l’avion européen (voila qui plaire à Charles Gave, sic!). C’est pourquoi nous proposons une élection au suffrage universel d’un Président de l’Europe capable de rendre les institutions plus efficaces et de faire entendre la voix de l’Union partout où nos intérêts sont en jeu.

NDLR : Comment demander l’Euthanasie de la démocratie en gardant un visage sans expression et au nom de parfaitement bonnes raisons. Ces gens là ont-ils au moins lu le moindre ouvrage sur la notion de NATION ? Quelqu’un pour prêter Auguste Comte ou Durkheim aux instances ?

Qui peut nier qu’un président élu par tous les Européens ne pourrait dialoguer d’égal à égal avec le Président russe?

Qui peut douter qu’un président élu ne défendrait pas mieux nos intérêts dans les négociations du commerce mondial?

Faire porter à l’Europe nos propres erreurs c’est se tromper de colère et ne pas voir que d’autres pays comme l’Allemagne réussissent en matière d’emploi dans la même Europe et avec la même monnaie que nous.

NDLR : Très, très beau moment. L’Allemagne a la même monnaie que nous. J’aurai tendance à dire qu’on a la même monnaie qu’eux au regard de l’histoire de l’Euro mais on ne va pas chipoter… Qu’est ce que la monnaie pour un politique, je vous le demande…

Nous sommes des patriotes européens car nous savons combien la paix est un legs précieux à l’heure où, partout, les nationalismes se réveillent. (vous reprendre bien un peu de mythification autour de la paix séculaire avant de rentrer ?)Dans cette élection nous sommes les plus déterminés car nous croyons que le drapeau européen ne peut pas être abandonné tant l’Europe fait partie de l’histoire de France…. »

NDLR : J’espère que chacun aura retenu donc que l’Allemagne a « la même monnaie que nous » et que « oui, mes frères, partez heureux, «  l’Europe fait partie de l’histoire de la France ». Enfin, depuis 30 ans mais on ne va pas chipoter pour une quinzaine de siècles, après tout qui se souvient du vase de Soissons ? Je dépose les armes devant Clovis.

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Alors, je sais que l’art est difficile et la critique aisée, mais j’aimerai rappeler que la France souterraine, ce "pays réel" dont parlait Auguste Comte, (et dont je promets d’envoyer un exemplaire gratuit à mes frais au 10 premiers militants titulaires de la carte UDI sur simple demande tant cela relève de la non assistance à personne en danger à ce stade) repose sur l’émergence d’un sentiment d’appartenance.

Le conformisme logique est ce qui assure la solidité du vivre ensemble. Comprendre et analyser avant de vouloir calquer un empirisme organisateur. Ce qui était vrai d’une nation est aussi vrai d’un ensemble de nations.On ne saurait décréter la volonté de vivre ensemble de même qu’on ne saurait décréter l’amour. Et on ne saurait faire l’économie d’une pensée sous couvert d’un utilitarisme dogmatique. Si l’Europe doit être, il lui faut convaincre. Faute de quoi, pour reprendre la citation de Milan Kundera, il est même à craindre qu’à trop vouloir forcer cette idée, on en arrive à son effondrement.

Quant aux penseurs à l’origine du manifeste de l’UDI, j’aimerai juste rappeler cette citation de Chateaubriand, qui je crois, tient debout toute seule : "L’ambition dont on n’ a pas les talents est criminelle".

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