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Bruno Le Maire économie aides impact économique de la crise sanitaire Covid-19
©ERIC PIERMONT / AFP

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L’Etat allonge d’un an la durée des PGE mais risque de gonfler l’endettement des entreprises... à moins que d’ici là, Bercy sorte son joker

La plupart des entreprises qui ont bénéficié d’un PGE, le prêt garanti par l’Etat, ne savent pas comment elles vont le rembourser. Compte tenu de la situation incertaine dans beaucoup de secteurs, Bercy a décidé d’allonger d’un an les prêts et n’exclut pas la transformation de ces prêts bancaires en prêts participatifs pour éviter le surendettement.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Près d’un an après le début de ce dispositif, il est possible de dresser un bilan de l’efficacité des Prêts garantis d’Etat. Il a permis d’éviter des faillites, mais bon nombre d’entreprises ne savent pas encore comment elles vont procéder au remboursement. Ce qui veut dire que beaucoup ne pourront pas les rembourser, même si on prolonge d’un an la maturité de ces prêts. Ce qui devait financer des investissements de soutien aura servi finalement à équilibrer la trésorerie. Mais dans beaucoup de secteurs très fragilisés, il faudra sortir la chirurgie lourde. Pour éviter la faillite de ces entreprises dans les mois et années à venir, l’Etat prépare la transformation de ces prêts en participation au capital, ce qui permettrait d’augmenter les fonds propres de l’entreprise et de repartir sur des bases plus solides. Le système bancaire n’est pas pour, parce qu’il se voit mal gérer ces participations. Bercy défend cette solution parce qu’elle lui évite d’avoir à inscrire des pertes liées aux garanties et d’alourdir ainsi son endettement.

C’est le joker que le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, garde sous la main pour freiner l’endettement.  

Pour ceux qui avaient demandé un prêt d’Etat en début de crise, en mars dernier, les lettres envoyées par les banquiers ont commencé à arriver. Dans ces lettres, les banques interrogent leurs clients sur la façon dont ils pensent pouvoir rembourser l’emprunt à garantie publique qu’ils ont souscrit depuis le mois de mars et dont la première échéance de remboursement devait arriver au bout d’un an. Beaucoup d’entreprises ne savent pas quoi répondre, car la fin du tunnel n’est pas encore visible.

Il faut dire, en plus, que le calendrier de remboursement était plutôt incertain et il a donc fallu éclairer les esprits. Une autre année blanche a donc été décidée, à la suite d’un accord entre Bercy et la Fédération Bancaire Française il y a une dizaine de jours. Les entreprises auront, à leur demande, un an de plus pour commencer à verser les échéances de remboursement. Mais le chef d’entreprise a aussi toujours le choix de demander à rembourser son prêt de façon anticipée quand il en a les moyens.

Au total, 642 000 entreprises, en grande majorité des très petites, ont fait appel à ce dispositif, proposé dès mars 2020 par le gouvernement, pour emprunter 134 milliards d’euros. C’est moins que ce que l’Etat avait mis à disposition (300 milliards), ce qui est un signe plutôt rassurant. 40% de ce montant a été prêté à des entreprises de moins de 10 salariés, pour un prêt moyen par entreprise de 92 000 euros.

Entre 85% et 90% des demandes de PGE ont été satisfaites par les établissements bancaires, selon l’enquête trimestrielle de l’autorité bancaire française, ce qui est plus élevé que pour les demandes de prêt classique.

Le financement s’est fait à des taux relativement faibles, la tarification maximale a ainsi été de 1,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2022 ou 2023 et 2,5 % pour des prêts remboursés d’ici 2024 à 2026.

Par secteur, on s’aperçoit que c’est l’industrie automobile (équipementiers et services liés à l’automobile) qui a été la plus consommatrice de PGE, avec près de 25% du montant total.

L’hôtellerie-restauration arrive sans surprise deuxième en termes de PGE souscrits et, sans visibilité sur une date de reprise, est la principale concernée par la mesure d’une deuxième année blanche.

Parmi les entreprises qui ont fait appel à un PGE, plus de 60% n’en ont pas encore consommé la moitié, selon une étude BPI France.

Pour beaucoup, cet argent a plutôt été demandé comme un matelas de sécurité, une trésorerie de précaution plutôt qu’un crédit destiné à payer un investissement ou uniquement destiné à face aux charges fixes en l'absence de revenus suffisants.

Même si cet argent n’a été pas été utilisé en totalité, il a servi de « confort » ou « une sécurité à conserver, vu le manque de visibilité ». Il a en tout cas permis d’éviter les faillites, puisque 2020 va rester une année historique avec un nombre très bas de faillites (32 000, contre 52 000 en 2019).

La Banque de France s’attend à ce que près de la moitié de l’encours soit remboursé la première année, mais elle a néanmoins revu à la hausse le risque de non-remboursement des PGE, initialement estimé par le gouvernement à 1%. Selon François Villeroy de Galhau, ce sont finalement entre 4,5 et 6% de crédits qui sont en risque de ne pas être remboursés.

Pour celles qui choisiront de bénéficier de la nouvelle mesure et de rembourser au-delà d’un an, la sortie de crise n’est pas encore tracée pour autant. Vient le risque de surendettement.

La catégorisation de ce PGE, comme dette moyen et long terme. Concrètement, ça change le ratio d’endettement de l’entreprise, et donc ses capacités de financement futures. Avec des résultats 2020 moins bons dans la plupart des secteurs, le numérateur du ratio d’endettement (résultat/dette) diminue et détériore le ratio encore plus.

La seule solution pour sortir de ce piège sera de transformer ces prêts en prêts participatifs au capital de l’entreprise. Bercy prépare le dossier. La décision politique n’est pas encore prise parce qu’elle revient à faire un cadeau aux entreprises bénéficiaires mais oblige à gérer derrière le contrôle de l’entreprise. Les banques émettrices sont assez peu enclines à s’engager sur ce terrain sur lequel elles ne sont guère préparées. Leur métier, c’est de monter des crédits, pas forcément d’installer des tours de table. Il faudra voir du côté de la BPI ou alors de certains établissements financiers spécialisés dans les petites et moyennes entreprises. Le projet n’est pas bouclé. Bercy a presque un an devant lui. Et en un an, tout le monde espère que le virus aura disparu.

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