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L’écologie, c’est (donc) la guerre !
©ALBERTO PIZZOLI / AFP

Rien que ça

L’écologie, c’est (donc) la guerre !

Pour l'ancien ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, nous sommes en "guerre" contre le réchauffement climatique.

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Si quelques sceptiques pouvaient encore soupçonner l’écologie d’être l’instrument d’une doctrine politique cachée, les propos tenus par Nicolas Hulot devraient les rassurer. A présent, le doute n’est plus est permis.  

Il y a eu « l’Affaire du siècle » par laquelle quatre organisations d’intérêt général – non marquées politiquement puisqu’il s’agit de Notre Affaire à Tous, Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France – ont assigné l’Etat français « pour inaction face aux changements climatiques ». Puis l’appel des 200 personnalités (de tous bords politiques) pour sauver la planète, puis la grève de l’école pour le climat, lancée par Greta Thunberg, et puis encore les multiples alertes scientifiques de la part des collapsologues.

Rien n’y a fait. Alors, ce dimanche, face à l’inconséquence généralisée, Nicolas Hulot a décidé d’enfoncer le clou, dans trois tribunes. Parce que trop c’est trop, l’ancien ministre a rappelé dans le JDD que « la mondialisation débridée emporte l’Europe dans une vague d’accords de commerce incompatibles avec la lutte contre le dérèglement climatique, la préservation de la biodiversité, la justice sociale, une alimentation saine et un élevage de qualité qui permette aux producteurs de vivre dignement de leur travail. » Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’effondrement de nos sociétés et de notre environnement a une source évidente et unique que nous connaissons tous, l’économie de marché. Dans le Monde, l’ancien animateur d’Ushuaia a décidé de le clamer haut et fort, lui qui en a « ras le bol », « la mondialisation, les traités de libre-échange sont la cause de toutes les crises que nous vivons ». Et dans Ouest France, il conclut « nous sommes en guerre ». Voilà. C’est clair.

Et si la rhétorique belliciste peut faire frémir, sur le fond, comment ne pas adhérer à ces propos pleins de bon sens. A l’instar des innombrables acteurs et collégiens qui se mobilisent pour la planète, Nicolas Hulot a une compréhension particulièrement fine de l’économie de marché et de ses conséquences sur la planète. La globalisation, qui se caractérise par une concurrence mondiale et une libre circulation des hommes et des marchandises, se traduit par une explosion des échanges et une intensification des efforts productifs qui requièrent eux-mêmes davantage d’énergies et de matières premières. Puisque les ressources existent en quantités limitées, ce système n’est pas soutenable. Pire encore, il est suicidaire car il pousse à la consommation de tout ce qui nous permet d’exister ! D’ailleurs, ce qui est vrai de la globalisation tient aussi au niveau national car le problème n’est pas l’échelle d’application mais le système lui-même : toute organisation qui favorise la croissance économique implique nécessairement de consommer des ressources dont la quantité viendra inévitablement à diminuer jusqu’à disparaître. La guerre pour le climat est donc avant tout une guerre contre la croissance.

Ce constat limpide et indéniable s’inscrit dans la lignée de ces illustres économistes à qui l’histoire n’a jamais donné tort. Déjà Platon observait, avec clairvoyance, que la population de son époque était trop nombreuse pour assurer la subsistance de tous. Deux mille ans plus tard, Malthus lui donnait raison en théorisant cette intuition géniale, alors que la population mondiale s’élevait à plus d’un milliard de personnes. Et dans les années 1970, les experts du Club de Rome et du premier Sommet de la Terre prédisaient qu’avant l’an 2000, la surconsommation de ressources provoquerait la plus grande famine de l’histoire de l’humanité, emportant entre trois cents millions et quatre milliards de personnes. Selon leurs prévisions, la pollution de l’air entrainerait une réduction de l’espérance de vie à moins de 50 ans et les stocks de cuivre, d’or, d’argent, d’étain et de zinc devait disparaître avant 1990.

Après plus de deux mille années à prédire la catastrophe, celle-ci semble donc imminente. Le temps presse et il conviendrait d’enfin appliquer les recommandations des analystes de l’effondrement. D’autant plus que leur solution est simple. Puisque toute action requiert de l’énergie et que toute dépense d’énergie implique en premier lieu une consommation de ressources, il faut limiter l’action. Lutter contre la globalisation et le libre-échange n’est qu’une première étape. A plus long terme, c’est la croissance dans son ensemble qui est visée, et encore plus loin, ce sont toutes les gesticulations superficielles qu’il faudra proscrire. Tout mettre en action pour instaurer l’immobilisme, voilà la clé !

Bien sûr, il y aura des mécontents, particulièrement dans les pays pauvres où la globalisation permet chaque jour depuis trente ans à plus de cent-trente mille personnes de sortir de la pauvreté. Privés de la croissance qui accompagne le libre-échange, les individus vivant dans la précarité au sein de pays en développement seront inévitablement sacrifiés par ce processus de sauvetage. Mais ce n’est pas si grave, puisqu’à terme, il faudra abolir la croissance et toute activité nécessitant d’utiliser des ressources. La pauvreté sera donc la qualité la mieux partagée du monde !

Et puis, il y aura naturellement des sceptiques, qui opposeront à ces mesures radicales que l’enrichissement est un préalable à la sauvegarde de la nature. Il est vrai que les pays les plus développés sont aussi les plus propres et les plus avancés en termes de protection de l’environnement ; en témoigne la Tamise qui fut déclarée biologiquement morte en 1957 et qui, grâce aux efforts de dépollution, abrite aujourd’hui plus de 120 espèces. Et au niveau global, la forte croissance des dernières décennies s’est accompagnée d’une augmentation de la surface forestière, sous l’impulsion des pays européens mais aussi des récents efforts de l’Inde et de la Chine. Face à cela, Nicolas Hulot et les autres rétorqueront sûrement qu’il est vain de s’activer pour dépolluer puisque cela réclame encore davantage d’énergie et de ressources !

Pour les opposants au libre-échange, tout cela n’a pas d’importance. Tant pis pour les plus pauvres et autant pour l’environnement. Car ce qui compte vraiment c’est la fin de l’économie de marché. Et on pourrait encore leur démontrer qu’elle est la seule organisation à même de concilier prospérité matérielle et protection de la nature, économie et écologie, ils n’en ont cure. Et pour cause, ils ne cherchent ni le consensus, ni la vérité, ils sont en guerre.

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