L’école hors de la République : état des lieux | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Education
L’école hors de la République : état des lieux.
L’école hors de la République : état des lieux.
©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Bonnes feuilles

L’école hors de la République : état des lieux

Jacques Duplessy et Anna Erelle publient « L’Ecole hors de la République » aux éditions Robert Laffont. Pendant plus d'un an, ils ont enquêté sur un phénomène méconnu de l'opinion et de plus en plus embarrassant pour les pouvoirs publics : la multiplication d'établissements scolaires qui passent sous les radars de l'Education nationale. Extrait 1/2.

Jacques Duplessy

Jacques Duplessy

Après avoir travaillé au quotidien Ouest France, Jacques Duplessy a décidé de se consacrer aux reportages et à l’investigation. Il publie dans différents journaux et magazine, dont Paris Match, VSD, Le Canard Enchaîné, Le Point. Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN), il a été conseiller éditorial du livre Libérez Tombouctou, journal de guerre au Mali(Tallandier, 2015).

Voir la bio »
Anna Erelle

Anna Erelle

Journaliste et sous le coup d'une fatwa qui n'a jamais été levée, Anna Erelle ne peut pas dévoiler sa véritable identité. Son premier livre, Dans la peau d'une djihadiste (Robert Laffont, 2015), a été traduit dans quinze pays et adapté au cinéma sous le titre Profile.

Voir la bio »

Qu’en est-il réellement sur le terrain? Si l’instruction à domicile fait couler beaucoup d’encre, elle concerne en réalité moins de 25000 enfants sur 8,2 millions d’élèves, soit 0,3% de la population scolaire, selon la dernière enquête disponible datant de 2016 de la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO). Si on exclut les élèves instruits à domicile par le biais du Centre national d’enseignement à distance (CNED) en scolarité complète réglementée et qui représentent 60,5% de l’effectif recevant une instruction en famille, le pourcentage d’élèves réellement instruits à domicile par leur famille sans l’aide d’un organisme d’enseignement à distance ne représente, pour l’année scolaire 2014-2015, que 29,4% de l’effectif global, soit 0,1% des 8,2 millions d’enfants. Toutefois, bien que faible, ce dernier est en augmentation de 32,2% par rapport aux chiffres de l’année scolaire 2010-2011. Tout dernièrement, dans ses éléments de langage destinés à vendre le «projet de loi confortant les principes républicains», le gouvernement a annoncé que le nombre d’enfants scolarisés à domicile était passé de 36000 à 50000 élèves en trois ans, entre 2016 et 2019. Mais sans donner aucun détail. «De mon point de vue, c’est clairement surestimé à des fins politiques, estime un inspecteur général de l’Éducation nationale sous couvert de l’anonymat. Déjà, le point de départ de 36000 élèves en 2016 est faux, selon l’étude même de nos services, la DGESCO. En admettant que la tendance soit la même par rapport à la dernière étude avec une augmentation d’un tiers par rapport à 2016, on arrive à 32000 élèves, loin des chiffres annoncés.»

Le nombre d’élèves suivant l’école à la maison en France est donc négligeable. À titre de comparaison, aux États-Unis, il représente 3,5% de la population scolaire, soit 2,04 millions sur 58,3 millions d’élèves, au Canada 100 000 sur 5 millions d’élèves, soit presque 2% des effectifs.

Mais c’est la tendance qui inquiète l’Éducation nationale. Une autre source du ministère, elle aussi sous couvert de l’anonymat, rapporte que : «L’instruction à domicile s’observe majoritairement dans les classes du premier degré où les effectifs sont toujours plus nombreux que dans le second degré. Dans le premier degré qui comprend les enfants entre 3 et 11 ans, l’augmentation, depuis l’année 2014-2015, est très forte, allant parfois jusqu’au doublement des effectifs dans certaines académies. Dans le second degré, les chiffres restent stables, sauf dans les académies de Nantes, Rennes et Strasbourg – l’agglomération de Mulhouse, surtout – qui augmentent de manière notable.» Quelques exemples pour le premier degré, parmi les chiffres officiels que nous avons pu consulter : en Corse, on passe de 24 enfants en 2014-2015 à 44 enfants en 2016-2017. À Grenoble, la hausse est sensible : 213 enfants en 2014-2015, 267 enfants en 2016-2017; comme à Lyon, de 151 enfants en 2014- 2015 à 182 enfants en 2016-2017. À Limoges, l’augmentation est très forte avec 37 enfants en 2014-2015 et 66 enfants en 2016-2017. C’est carrément spectaculaire à Poitiers, avec un doublement des effectifs, de 20 enfants en 2014-2015 à 40 enfants en 2016- 2017 ou encore à Strasbourg avec une explosion de 207 enfants en 2014-2015 à 376 en 2016-2017. Pour le second degré, la situation est plus contrastée. Certaines régions baissent ou stagnent, d’autres augmentent parfois fortement. Il est clair que l’instruction en famille diminue pour le collège et qu’elle est encore plus exceptionnelle pour les classes de lycée.

Comment expliquer cette augmentation? L’Éducation nationale a tenté d’en savoir davantage sur les motivations des parents. Légalement, ceux-ci sont tenus, chaque année, au plus tard huit jours après la rentrée scolaire, de déclarer au maire de la commune de résidence et au directeur académique du département où ils résident, qu’ils optent pour l’instruction dans la famille. Si la décision de quitter une école est prise en cours d’année, il faut faire cette déclaration au plus tard huit jours après le changement. Cette déclaration concerne de simples renseignements administratifs, comme les noms, adresse et téléphone.

Mais les raisons personnelles qui incitent les familles à scolariser leurs enfants à domicile sont, dans l’immense majorité des cas, inconnues, la législation en vigueur ne faisant pas de cette déclaration une obligation qui, au demeurant, pourrait être aisément contournée. Toutefois, le relevé, fait en académies, de quelques motifs, permet d’en dessiner les grandes catégories : la défiance à l’égard de l’institution (baisse qualitative du niveau scolaire, violence à l’école…); le respect du rythme de l’enfant (état de santé ou la pratique du sport de haut niveau); le mode et choix de vie de la famille ; les raisons idéologiques, philosophiques et religieuses.

Extrait du livre de Jacques Duplessy et Anna Erelle, « L’Ecole hors de la République, Enquête au coeur des réseaux de l'enseignement parallèle », publié aux éditions Robert Laffont.

Lien vers la boutique : cliquez ICI et ICI

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !